TRIBULATIONS DE PAPADJO A LANGKAWI

Vous vous souvenez de la superbe photo d'Hervé en maillot de choc dans Malacca Strait VI ?
Il tenait dans ses mains un filet juste dégagé de l'hélice.


Nous étions encore à des milles de Langkawi, juste avant l'escale de Penang, c'est dire !
Eh bien, ce foutu filet avait fait des siennes, sans que nous ne nous en rendions compte. En effet, le moteur a bien répondu jusqu'à ce que nous arrivions à Langkawi après notre escale prolongée de Penang.

A Langkawi, nos amis canadiens nous avaient réservé une place dans leur marina au nom très pompeux de "Royal Langkawi Yacht Club" où nous étions serrés comme moules sur un bouchin avec vue directe sur les voisins et surtout sur le "mur des lamentations" du coin, un énorme brise-lâme formé de pieux en béton joints bout à bout. Trois jours dans cette atmosphère, cela vous donne une sacrée envie de décamper même s'il y a piscine, imposant Yacht club etc......
Et c'est ce que nous faisons le jour même où nos amis partent pour la Thailande; Nous gagnons le mouillage devant la ville principale de l'île, Kuah, avec vue, mais très distante sur le fameux mur. Il est prévu de compléter notre shopping et de rejoindre nos amis.

Jour de départ : Hervé remonte les 5O mètres de chaîne au guindeau petit à petit, pendant que je brosse l'ancre qui s'est gainée de boue. Cela nous prend bien du temps. Quand enfin l'ancre décroche, je pars aux commandes, mets en prise pour dégager le bateau du mouillage.
 Point ! rien ! pas un pouce ! pas un centimètre ! Nom de Dious ! le bruit du moteur est normal. L'eau jaillit normalement. Mais, Saperlipopette, rien n'avance.
- Hervé, viens voir. Je n'arrive pas à avancer.
- Mets donc à fond.
- C'est déjà fait.
- Marche arrière.
- Déjà fait;
Alors il vient pour constater la même chose.
Le bateau, cependant, dérive sur son voisin.
- Eh ! il faut lancer l'ancre à nouveau.
L'ancre patiemment nettoyée !

Opération réussie. Maintenant, que se passe-t'il ? Hervé ouvre sur le moteur et voit immédiatement le problème : l'arbre de transmission n'est plus relié à la boite de vitesse.
Le filet ! le filet avant Pénang.
Que faire ? Nous envoyons un message à un copain, Jef, qui vit sur Langkawi depuis des années. Hervé part le rejoindre au resto qui regroupe à midi les franchouillards du coin. Je reste sur le bateau en veille. Nous n'avons pas pu mettre beaucoup de chaîne et les fonds sont instables.
J'attend mon Hervé pendant des heures. Je reçois enfin un appel téléphonique lapidaire :
- Evelyne, c'est Carole. Notez bien "ASTARTE"
- OK, je note, mais peut-être mon mari est-il avec vous ?
- Oui, oui ! je vous le passe.
Eh bien donc !
- J'ai trouvé du secours. Le mari de Carole, Jef, est meccano. Il vient voir le bateau demain.

Enfin Hervé arrive. Ce n'est pas tout à fait la soupe à la grimace.
- Eh bien ! tu en as mis du temps !
- Tu t'inquiétais ?
- Euh ! qui est-ce, cette Carole.
- Ah ! elle est charmante (super !). Tu verras ! c'est quelque chose !
Ok ! je ne lui demande même pas combien de cannette de bière il a dû boire avec les français. Il est évidemment très gai. Tant mieux, dans ces circonstances. Et après tout, il a trouvé quelqu'un pour nous dépanner.
- C'est Jef 1; il m'a de suite présenté à l'ami de Carole, un autre Jef, Jef 2 si tu veux. Jef 2 va venir demain voir le problème.

Lendemain. Jef 2 se pointe au quai des pêcheurs où nous amarrons les dinghies. Il a l'air sympa au diable ce garçon. Dans les quarante cinq. Un baroudeur de la mer qu'il a naviguée en deux tours du monde.
Hervé ouvre le capot du moteur et lui montre l'arbre de transmission.
Le verdict est net.
- Ah ! tu as pris une saloperie qui a bougé l'arbre.
- Oui ! on a pris un filet avant Pénang.
- Eh bien ! c'est ça, pas de doute.
Il y a deux boulons qui ont été faussés par le choc à retirer et deux nouveaux à replacer.
- Ecoute ! je viendrais demain faire le boulot. J'amène mon bateau au mouillage au cas où j'aurais besoin de mes outils et on fait l'opération.
Sur le point de nous quitter, Jef 2 nous déclare;
- J'ai l'impression de vous avoir déjà rencontrés.
- Comment s'appelle ton bateau ?
- Astarté.
- Cela ne me dit rien.
Nous passons à autre chose. Soudain Jef 2 nous parle des Fidji.
- Les Fidji, ah oui ! nous y étions aussi, à Savu Savu et puis à Vuda Point pour le départ.
- Vuda Point, c'est là où j'ai dû vous rencontrer.
- Mais, nous y sommes restés que le temps de la sous-marine-
Eh, soudain, je tilte !
- Mais par hasard, tu ne serais pas le type qui avait deux nanas sur ton bateau, une fidjienne et une française.
- Oui, c'est moi.
- Ah ! alors, je me souviens de toi maintenant; Tu étais le seul type sympa dans toute cette atmosphère de bateaux luxueux.
Et qu'as-tu fait de ta Fidjienne ?
- Elle est venue avec moi jusqu'ici. Elle a fait un beau voyage;
- Mais, tu n'avais pas les cheveux plus longs à l'époque.
- C'est Carole. Elle me les as fait coupés il y a deux jours.
- Mais, c'est pour cela que je ne te reconnaissais pas. Les cheveux !

Le lendemain soir seulement, "Astarté" arrive au mouillage avec sa figure de proue, Carole, très sexy, moulée jaune fluo pour le haut et petit short assorti pour le bas. Ca change de la fidjienne en paréo.
- hola, Papadjo !
- Hola, Astarté !
On se retrouve de suite sur "Astarté" pour l'apéro.
C'est que Carole, c'est une sacrée ! on ne perd pas de temps en préambule et on ne s'ennuie pas. C'est un jolie bout de femme, avec un caractère bien dessiné et une tchache d'enfer.

Jour suivant : opération moteur. Carole s'installe sur Papadjo pour l'internet. Pendant qu'elle pianote allégrement sur son ordi, les deux hommes s'activent auprès de ces fichus boulons. Hervé, la veille, avait réussi à en retirer un. Le deuzième est récalcitrant. Jef 2 décide de le forer. Le boulot est réduit en limailles. Jef 2 taraude à nouveau l'orifice et remet un autre boulon à la place.
Au bout de la journée, l'affaire est conclue. On fait les essais. Ca marche. Le bateau avance et recule normalement. Ouf ! ouf ! ouf !
L'apéro du soir est plutôt bienvenu et joyeux !
- Que faites-vous demain ?
- On fait le dernier shopping et on se casse ! et vous ?
- Nous allons rejoindre Jef 1; il a une fuite de gasoil dans le réservoir qui est dans sa quille et après nous irons à Satun et reviendrons ensuite ici.
On se reverra donc sur Langkawi un de ces jours. Merci Jef 1 et 2, merci Carole.

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Quant à nous, il n'est plus question d'aller rejoindre nos amis en Thailande. Le mauvais temps est tombé sur la mer des Andamans où ils sont; des bateaux ont été jetés à la côte. Ici aux Langkawi, le temps s'est couvert d'une chape de nuages. Il bruine quand nous partons vers les îles, nous planquer dans quelque baie protégée du Nord-Est, le vent de mousson actuel.