TYPHOON RANDONG
Philippines 3/TANBOBO/23.12.2011
09.03'550N 123.07'594E
Typhoon, mansoon....Nous sommes en Asie du Sud-Est maintenant et le
roman de Louis Bromsfield "la mousson" devient d'actualite, ici,
aux Philippines ou une severe tempete tropicale a affecte tout
particulierement dans son sud, l'ile ou nous sommes, l'ile
Negros,l'ile du sucre.
300 morts, 600 puis au fil et a mesure que la mer redonne les
disparus, 1000 comptes au journal d'hier, 22.12.2011.
Tanbobo bay ou mouille le Papadjo, 7 morts.
Dumaguete, la capitale de l'ile, 78 morts. Et ailleurs,
ailleurs.....
Revenons quelques jours plus tot.
Apres notre echouage intempestif sur les coraux a l'entree de la
baie de Tanbobo, nous sommes alles mettre l'ancre dans le
mouillage des yachts, bien en retrait, en fond de baie. C'etait
alors le 15 decembre. Le 16, dans la matinee, Sylvio, un suisse,
vient nous parler francais avec son accent lent des montagnes.
- une tempete tropicale est annoncee pour minuit. Prevoyez au moins
une ancre supplementaire. Ou, alors, deplacez votre bateau jusqu'a
cette bouee qui est libre. Elle est solide. Un bateau de 15 metres
vient juste de la liberer pour partir en Chine.
Vous voyez, elle est entre mon cata et le bateau alu de Jacques qui
est un suisse comme moi.
Ceci n'est pas rentre dans les oreilles d'un sourd. Nous deplacons
Papadjo sur la bouee.
Il y a alors quelques formations nuageuses sans plus sur la
montagne qui domine dans le lointain. Le temps est souverainement
calme et en soiree, nous ramons sur l'eau lisse pour rejoindre les
yachties chez Arlynne, une Locale qui donne un buffet excellent
tous les vendredi soir. C'est justement mon anniversaire -65 ans
moins une dent perdue aux Vanuatus-
Il y a la le groupe francophone avec surtout nos voisins les
Suisses, Sylvio deja cite, Jacques, nos concitoyens avec Christophe
et Claude. Herve joint le club pendant qu'Evelyn fait connaissance
avec un couple d'israeliens et de Nouvelle Zelande. Particularite
de la soiree, presque chaque homme, qu'il soit suisse, francais,
americain, autrichien, japonais.... a sa petite couleur.
Une petite couleur, ici, c'est un minuscule petit tanagra habille
short court avec top sexy.
Herve et moi rejoignons tard le bord, dans le calme olympien de la
nuit philippine etoilee. Mais, as-t'on dit, ca doit se declarer a
Minuit. Un bateau de peche avec 7 hommes a bord se trouve deja au
large, sourd de tous les avertissements. A Dumaguete, un seul gros
cargo est reste a l'ancre dans la baie ouverte du port.
La biere locale fait son effet , nous dormons comme des loirs comme
bien sur toutes les familles Philippines, habitant pres de la cote
et le long des cours d'eau.
Premieres pluies qui reveillent. Je sors dans le cockpit pour
installer la recuperation d'eau. Les vents ne sont pas tres forts.
Il n'y aura donc peut-etre que de la pluie. Et c'est ce que se sont
aussi dit les habitants de Negros que les typhons epargnent la
plupart du temps: De la pluie, quelques branches cassees a faire
bruler au petit matin, mais rien de dangereux comme dans les
Philippines du Nord qui sont, elles, habituees a la grosse
castagne.
La pluie commence a crepiter fortement sur le roof. Dans les
montagnes, au loin, au loin, devant l'etendue verte des rizieres,
sillonne de petits ruisseaux, ou, de jour, s'abreuve le buffle, les
precipitations se font monstrueuses, entrainent deja la terre qui
se fait boue et qui comme une lave rejoint les jolis ruisseaux.
Ca gonfle, ca gonfle, pendant que la petite famille philippine fait
des reves d'amour, de peche et de vie.
Apres avoir veille a la recuperation d'eau, je retourne a ma
couchette. Quelle heure est-il donc maintenant ? minuit est passe
depuis longtemps. Dans les quatre heures du matin, peut-etre ? Mais
c'est que je ne peux plus dormir maintenant. Le vent s'est mis a
souffler pour de bon. Je sors. Tiens, mon aloe vera qui commence a
lutter contre le vent. Il est temps de la mettre a l'abri. Herve
continue a bien dormir comme notre majorite de Philippins.
Ma citerne de 25 litres est remplie ainsi que les 4 bidons de 8
litres qui l'ont remplacee a la suite. Je n'en aurais guere plus
car le vent trop fort maintenant fouette la pluie hors du taud qui
protege notre cockpit. Mais enfin, ce n'est pas la tempete
tropicale que nous avons essuye au Port de Puerto de Naos, sur
l'ile de Lanzarote, aux Canaries ! Essayons de dormir un peu !
Aie ! un tiroir qui s'ouvre, les coquillages sur la table du carre
qui se font la malle. Papadjo commence a giter, a valser, dans tous
les sens, sacre Dious! Dehors, c'est tout brouille, tout noir
encore. Herve se leve, Ca devient donc serieux!
-Heureusement que nous avons bien ficele les tauds de trinquette et
de grand voile !
- Aie, le taud du cockpit menace. Regarde ! il s'est decousu au
milieu.
- On sort et on retire tout.
Herve lutte contre le vent pour defaire l'amarrage du taud pendant
qu'Evelyn, accroupie dans le fond du cockpit, y met de toutes ses
forces pour retenir la toile liberee. Le taud n'a pas de dechirure.
Il est juste entierement decousu.
Aube. La tempete fait rage maintenant. Tout est blanc gris, la
surface du lagon, les collines tout autour. Dans ce fond indistinct
et spectral charge d'embruns, les bateaux, tels des fantomes dansants, gitent et valsent d'un cote et de l'autre
du lit du vent. Le Papadjo,lui, gite comme s'il avait toutes ses
voiles. Soudain, l'appel lugubre d'une corne de brume : Jacques,
notre voisin, previent le mouillage. Il vient de se liberer d'un
gros voilier a coque noire qui a rompu ses amarres et a drosse son
bateau. Il est menace egalement par un lourd voilier en ferrociment
dont le proprietaire n'est pas non plus a bord.
De l'autre cote, Sylvio, en cire orange, assure une veille
permanente. Sur le lagon echevele de vagues blanches. le vent siffle et hurle de plus bel.
Crash ! la coque noire s'encastre dans le premier
catamaran qu'elle rencontre a la sortie de la baie. Vroush ! un
autre cata rompt ses amarres et s'engouffre dans la mangrove. A
Dumaguete, le cargo ne tient plus et derive dangeureusement sur les
hauts fonds. Impossible de redresser. Il atteint les vases
mouvantes pres d'un ruisseau ou les boues deversent depuis quelques
heures et s'enfonce subitement ne laissant qu'un tiers de sa lourde
carcasse a la surface. En mer dechainee, sombre le bateau de peche
de Tanbobo avec ses sept hommes a bord. En terre ravagee par les
laves de boue, les pauvres baraques des Philippins sont arrachees,
abattues, inondees et la mere, l'enfant, le grand-pere, la
grand-mere, la fiancee, l'ami, cueillis dans leur sommeil par la
force irresistible de l'eau, s'eloignent dans un dernier sommeil
dans la mer qui les noie.
En cette veille de noel, nos pensees iront a toutes ces familles
endeuillees. Et Grand merci a Sylvio qui nous a prevenus ! Merci a
tous les amis et parents qui se sont inquietes pour nous !
A tous, bonnes fetes de fin d'annee et bonne et heureuse annee
2012.
ALII des Rocks Islands !(bonjour !)

Novembre 2011/Rock Islands/Palau
Imaginez une petite musique ! un jazz doux ? non ! un rock lent,
alors? que non, vous n'y êtes pas, mais pas du tout ! C'est une
petite musique de lagon.
Imaginez un musicien ! un pianiste, un violoncelliste, un flutiste
? que non, vous n'y êtes pas, mais pas du tout ! C'est un oiseau,
voyons ! un oiseau du lagon qui, jour comme nuit, joue
continuellement sa petite musique de lagon. Et, souvent, ils sont à
deux à enchanter le lagon.
Imaginez une couleur ! du bleu ? commun ceci ! cherchez mieux ! un
vert, peut-être ? vous approchez. Un vert de lagon, un vert qui
tient du bleu et du jaune, qui miroie au soleil, un vert
indéfinissable où le regard plonge incrédule. Vous l'avez, vous y
êtes !
J'imagine une île ! non, désolée ! pas une île, mais des îles !
des îles grandes ? non, de toutes petites, des mignonnes,
rondelettes, bien assises sur leur socle de roche.
Des îles avec des arbres ? oui ! beaucoup d'arbres, de toutes les
essences, dans toutes les nuances du vert, des arbres qui épousent
la forme de la roche et composent des dômes de dentelle.
Et la mer ? Ah ! vous ne pourriez la voir ! Elle est dans le filet
des îles.
Le lagon alors ? Ah ! comme vous êtes chiche ! non pas un lagon
comme vous dîtes, mais des enfilades de lagons ! car
les îles innombrables, avec de petits passages lumineux entre
elles, engendrent continuellement des lagons aux eaux d'émeraude
avec de temps à autre, au fond, une plage d'un blanc éclatant.
Et ces îles ont des becs, des becs pointus pour signaler les
passages, et les coraux qui habitent dans les fonds. Ah ! les
coraux ! imaginez la gorgone du Pacifique ! vite, un livre sur les
coraux ! que non ! plongez ! voyez la merveille ! celle des
Caraibes ne vaut rien à côté. Elle, celle du Pacifique, c'est une
dentelle d'un rose aérien, quelque fois parme, nervurée de rouge
vif. Et quelle beauté, quand une bande de poissons papillon jaunes
à oeil noir s'amusent tout autour ! Vous avez laissé la couleur du
lagon pour trouver celle du jardin des coraux : des bouquets rose,
jaune, blanc, bleu, marron, beige, orange, vert même. Vous suivez
la-dedans le joli fouet jaune du poisson cochet, le perroquet
multicolor, les chirurgiens noirs tout sérieux avec leurs marques
jaunes, les admirables équippidés comme des geishas en kimono noir
et blanc et vous tombez sur un bouquet d'anémones héteractis
magnifica, rose pâle, défendue par une petite troupe d'adorables
poissons clown orange à trois bandes blanches. Pause !
Et on reprend. Tiens ! une tortue qui broute les fonds ! vite elle
se cache dans l'infractuosité d'un corail, laissant entrevoir juste
sa petite tête. Passons ! laissons-la tranquille ! Oh ! quelque
chose passe, quelque chose de gros ! Zut ! un requin, un requin de
belle taille. Il file vers l'autre lagon et vous, vous filez vers
la barque.
Vous y êtes ? oui, mais comment ? en bateau, voyons, c'est bien
mieux et si vous le voulez, sur le Papadjo. Ainsi, vous êtes dans
les Rock Islands, au milieu d'un lagon qui donne sur un autre lagon
et sur un autre, et un autre; Vous êtes entourée de petites îles
champignons, toutes mignonnes et toutes vertes. L'oiseau musicien
donne sa petite musique de lagon, jour comme nuit. Sur la surface
émeraude du lagon, des Swiftlets, de petits oiseaux de mer, comme
de grande hirondelles à tête et bec blancs sur leur plumage noir,
rasentl'eau lisse. Vous les suivez du regard comme ils longent les
pourtours des îles à la cueillette de petits poissons.
Tout cela vous occupe ! vous avez tout oublié, le quotidien, la
routine. Mais ce vert des îles si mélangé de tous les verts, ces
lagons merveilleux aux passages secrets, cette vie de l'air et de
l'eau, ça, impossible à oublier ! la beauté dans les Rock-Islands
de Palau, est impossible à oublier.
Dommage pour nous, cette merveille se trouve de l'autre côté du
globe, à 7 degrés de l'équateur. Une autre vie pour y retourner !
Parés pour les Png ! parés ! envoyez !
Ils sont venus, ils sont tous là, Ah! les gens du PNG !
Les gens du PNG, on les craint dés Honiara, la capitale des
Solomons. Des récits circulent sur les agressions, les vols que
peuvent subir les bateaux de passage.
Dès les dernières îles des Solomons, nous avons préparé Papadjo
pour la Papua New Guinea. Ecoutant les uns et les autres, nous
avons fait un bilan des actions dissuasives que l'on pouvait
déployer pour nous protéger et protéger le bateau. Nous nous sommes
entraînés comme des petits soldats à partir des Solomons. Il est
vrai qu'aux Solomons, on reçoit en paquet un harcèlement continu de
curieux, de demandeurs et on peut toujours se demander si les
visites diurnes ne précèdent pas les visites nocturnes. Nous
n'avons jamais rien eu de cette sorte. Il est vrai que nous avons
soigneusement évité les endroits à risque, les trous touristiques
où les mentalités locales sont modifiées par l'attrait du gain
rapide.
Alors, manoeuvre de pont dès l'arrivée. Le commando Hervelyne,
sitôt l'ancre mouillée, déploit un peu de génois. Les trois écoutes
de génois sont alors une à une retirées du point d'écoute, lovées
et remisées dans la baille-avant ainsi que l'enrouleuse de génois.
Que reste-t'il ? les deux écoutes de grand voile. On les love et on
les camoufle soigneusement dans le taud de grand-voile. En bas du
mât, une toile entoure toutes les drisses et écoutes qui seraient
visibles. On passe ensuite aux cadenâts sur tous les coffres
extérieurs.
Ah ! ça devient très net, tout cela ! Papadjo est lisse comme un
crâne chauve. Allez chercher l'erreur.
A l'intérieur, consigne est donnée de ne laisser trainer aucun
ordinateur, appareil photo.... Et puis, Evelyn va dormir dans le
carré. Ca l'arrange d'ailleurs car approchant de l'Equateur, les
cabines manquent d'aération.
Question itinéraire : que des îles qui font l'objet de rapports
positifs ! on évite les grands centres, sauf bien sûr pour les
clearance d'entrée et de sortie.
Parés pour les Png ! parés ! envoyez !
Première alerte à Bukka : deux visites nocturnes de gens
complètement saouls qui veulent monter dans le bateau. Ca paye de
dormir dans le carré. Ils n'ont pas le temps de mettre le museau
dedans qu'Evelyn est dans la jupe pour les refouler et qu'Hervé,
réveillé par les éclats de voix, se précipite pour la seconder.
Deuxième alerte, en mer : Ah ! c'est bon d'être en mer, en pleine
nuit. Plus de moustiques en vue. On peut éclairer le cockpit comme
un petit versailles et voir enfin ce qu'il y a dans l'assiette. Et
on s'éternise après le repas dans ces flôts de lumière inhabituels.
Nous naviguons au large de l'île de Lihir qui s'auréole malgré
l'obscurité d'un grand hallo doré provenant, on le saura plus tard,
de la mine d'or dont l'exploitation se poursuit jour et nuit. A
part ça, c'est nuit noire, opaque, sans lune.
Brusquement, Evelyn prend conscience d'un bruit de moteur, d'une
forme blanche allongée se dirigeant vers le bateau. Maintenant elle
est toute proche : c'est un bateau rapide à moteur. Impossible de
voir autre chose. Sensation d'un abordage. Evelyn invective les
gens. Hervé plonge à l'intérieur pour couper l'électricité qui nous
rend aveugles. Mais même, on les distingue mal dans cette nuit
noire. Evelyn se saisit d'une lourde pagaie indienne et continue à
les invectiver :
- Partez ! Partez ! vous n'avez rien à faire ici. C'est la nuit. On
ne vient pas la nuit. Partez !
Et elle leur présente fermement sa pagaie avec la détermination de
repousser leur canot à la moindre approche. Ils reculent puis
reviennent à l'assaut. On ne les voit toujours pas. Tout le monde
est dans le noir complet. Là, que va-t'il se passer ? Evelyn entend
comme une voix de femme qui a peur. Le canot arrête l'approche. Ils
partent. Ouf !
Mais, qu'est-ce que c'est ce pays ! nom d'une pipe ! trois visites
noctunes en une semaine !
Ile de Tabar : à part le grand Poukpouk qui pourrait se montrer
agressif si on lui caressait l'échine, nous ne trouvons que des
gens extrémement gentils. Ils nous escortent dans les visites de
village, nous gavent de fruits et de légumes et même nous font
l'aubade le dimanche, à la sortie de la messe, chantant et dansant
pour nous.
Nous quittons l'île de Tabar avec l'espoir d'en retrouver quelques
uns sur Kavieng où nous nous dirigeons maintenant.
- Pas question de mettre les feux de mât. On navigue incognito.
Papadjo, c'est maintenant le bateau fantôme pour déjouer les
agressions nocturnes.
Ile de New Ireland / Ville de Kavieng.
Bryan, notre copain australien nous a recommandé de mouiller en
face, sur l'île de Nusalik où se trouve un petit resort composé
d'une dizaine de bungalows pour touristes. Ayant mouillé face à la
ville, il a dû quitter précipitamment pour raison de sécurité la
nuit.
Kavieng, nous irons en bateau taxi. En quelques huit minutes, ces
canots à moteur extrèmement rapides vous déposent en face, sur la
plage de Kavieng, près du grand marché public. Et nous y voici à
Kavieng. Tomas, notre gourou de Tabar, vient de suite nous
accueillir avec sa femme. Ah ! ils ne payent pas beaucoup de mine,
ces deux-là ! notre gourou arbore un polo jaune canari décousu aux
épaules sur un paréo noir tout élimé et il a planté une casquette à
bord jaune sur ses bouclettes. Sa femme, vêtue d'une longue blouse
à fleurs défraîchie sur un paréo aux teintes indistinctes, marche
carrément pieds nus, pieds nus sur la piste inégale et
poussiéreuse, sur le bitûme aux nids de poule, sur les crachats
sanglants de betel qui colorent le tout. Ah ! mais comme ils sont
heureux de nous revoir, de nous guider à travers cette ville
informe et grouillante du petit peuple des iles environnantes qui
vient s'y approvisionner. Nos batteries sont à changer. Tomas nous
guide dans les quatre magasins où on peut en trouver. Après
réflexion, nous achetons les deux batteries au New Ireland Auto-
parts, le premier établissement où nous nous sommes rendus avec
lui. Il est dirigé par une femme, Ronda. Il est vrai qu'elle est la
veuve d'un anglais qui lui a laissé l'affaire. Le lendemain, c'est
Ronda qui prendra le relais. Elle quitte son business et fait avec
nous tous les magasins pour que nous trouvions les articles dont
nous avons besoin. Une amitié s'installe. Quatre heures de parlotes
ininterrompus, d'éclats de rire, ça soude.
Troisième jour à Kavieng, nous venons de faire un gros marché de
fruits et de légumes. Le cady est plein à déborder. Il est très
lourd et nous devons remonter la côte pour atteindre la ville qui
est en hauteur. Un homme voit notre hésitation.
- Si vous avez le temps, je peux vous amener en ville.
Il a dans la soixantaine, bien habillé, pas du tout le genre de "je
traine nu-pied". Nous acceptons et dix minutes plus tard, nous
montons dans sa jeep, le cady encombrant hissé par d'autres mains
est calé à l'arrière. C'est ainsi que nous revenons chez Ronda et
c'est toujours ainsi que nous allons passer cette matinée de
shopping et de courses-bateau. Le type, Minson, c'est son nom,ne
nous lâche pas. C'est son plaisir de nous accompagner, de mettre
son véhicule à notre disposition et il le fera jusqu'au water-taxi
qui nous ramènera à notre charmant mouillage de Nusalik.
Tomas, sa femme, Ronda et maintenant Minson. Aîe ! sommes-nous
toujours dans le pays des visites nocturnes ?
C'est Bryan qui refroidit un peu notre enthousiasme en nous contant
par le menu l'aventure advenue tout récemment à un catamaran
américain qui sortait de l'archipel des îles de l'Amirauté où nous
devons nous rendre après Kavieng.Croisant au large, Bryan entend un
appel de cet américain : le cata à la sortie de Lorengau, la
capitale de Manus,l'île principale de l'archipel,
est abordé par un canot rempli d'hommes qui se prétendent être de
la douane. Ils lui intiment l'ordre de les suivre. Le type vient de
faire sa clearance de sortie des PNG. Il ne voit pas ça du bon
oeil. Pourtant il les suit et se fait conduire dans une petite baie
très isolée. C'est à ce moment que Bryan capte son appel et lui
conseille de faire un appel pour assistance à tout bâtiment
de guerre Australien croisant dans les eaux de Manus (et il peut y
en avoir). Le type fait l'appel, lequel est entendu par le canot
des faux douaniers qui immédiatement se volatilise dans l'espace.
Donc, pas question que nous allions à Manus comme prévu. La
réputation de cette île où nous
voulions faire notre sortie de territoire est trop entachée
d'histoires de flibustiers. On fera comme Bryan. De Kavieng, où
nous ferons notre clearance de sortie, nous irons directement aux
dernières îles des Png, les îles Hermit, si vantées pour leur
beauté par le commandant Cousteau lui-même.
Troisième nuit à Nusalik : bruit de moteur à 3h du mat. Levée de
corps. On commence à être bien entraîné.
- Messieurs, sorry, mais nous n'acceptons pas de visite à cette
heure-là.
C'est dit calmement. Les types partent. Ils ont intérêt car tout
proches dans le village, et sur toute l'île, au moindre cri, les
chiens auraient remplacé l'oiseau flûteur qu'on a retrouvé ici.
Les deux dernières nuits à Nusalik : ils sont venus, ils sont tous
là. Ils chantent toute la nuit pour l'enterrement d'un des leurs.
Ils chantent de façon magnifique, hommes et femmes, du coucher du
soleil à son lever. Et nous, de temps à autre, nous nous levons de
nos cabines. Nous allons dans le cockpit écouter leurs chants.
Ah ! vous les gens de Papua New Guinéa, vous nous impressionnez.
Quand l'un de vous a besoin d'aide, l'autre est là. Quand l'un de
vous s'en va de ce monde, vous êtes tous rassemblés pour l'aider
dans son départ, par vos chants, par votre esprit. Sûr qu'il ne
doit pas se sentir seul dans l'atmosphère !
Et nous, certains d'entre vous ont voulu nous faire peur, mais ils
ne nous ont pas enlevé la certitude que vous êtes un bon peuple.
Nous avons connu chez vous l'amitié, l'aide désintéressée, le don
du coeur. Vous nous avez touchés et nous reviendrons meilleurs de
vos îles.









