Ce petit ruisseau, d'où vient-il au fait ? nous en avons l'explication en bavardant avec un malais qui vient d'arriver près d'un endroit pique-nique aménagé.
- L'eau douce vient de la grotte.
- Et on peut accéder à cette grotte ?
- Mais oui ! je vais vous expliquer. Venez à ma suite !

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Nous suivons le guide jusqu'à la sortie du coin pique-nique côté jungle. Il y a comme une petite plage en pente qui se termine sur le ruisseau, mais beaucoup plus haut que l'embouchure. Le ruisseau ici forme comme un bassin ceinturé de mangroves.
- Voyez ! vous descendez ici et vous suivez le cours du ruisseau. Vous verrez une première ouverture de la grotte. Ne prenez pas celle-ci. Continuez à gauche jusqu'à une autre entrée. L'eau vous arrivera jusqu'au cou avant d'accéder à l'entrée.

C'est à marée haute que nous nous présentons le lendemain matin, bidons en chaque main, pour cette virée dans la grotte. A l'endroit pique-nique, il y a du monde pour préparer un repas. Nous confions nos affaires à un type en lui disant que nous allons à la grotte.
Il y a beaucoup d'eau dans le bassin. Mon pied s'enfonce dans une vase molle. Pouah !
- Hervé, cela ne me dit rien d'aller dans cette vase.
- Ce n'est rien qu'un passage. Regarde !
Et le voilà traversant le bassin à mi-corps en s'enfonçant dans la vase du fond.
- Alors, tu viens ?
Bouh ! ce n'est pas plaisant, l'histoire. Je préfère me jeter dans l'eau et nager jusqu'à lui.
Après cette introduction, je mets un pied devant l'autre en me gardant bien d'appuyer. Mais le sol est maintenant plus ferme et l'eau ne monte qu'aux chevilles. En suivant les indications du malaisien, et après une autre plongeade du même genre, nous nous retrouvons devant l'entrée de la grotte. L'eau suit un boyau étroit qui plonge très vite dans les ténébres de la terre. Nous progressons lentement dans le conduit et découvrons très vite à la lueur de nos lampes un plafond bastravaillé de superbes stalactiques. Ici, c'est le silence de la pierre, l'obscurité profonde des entrailles de la terre. La lumière de nos frontales dévoile des merveilles sculptées patiemment depuis des millénaires par l'eau qui goûte d'en haut, toutes scintillantes de cristaux de quartz.
Ecouter ce silence, contempler ces roches anciennes aux robes de dentelle, admirer ses veinures coloriées, voir cette limpidité de l'eau.
 
Il faut souvent progresser en passant sous les stalactiques tout en trainant nos bidons. Quelle aventure ! A-t'on idée d'aller faire de l'eau dans un endroit pareil !
- Justement, c'est ça qui est bien.
- Tu parles ! trainer des bidons dans une grotte !
- comment trouves-tu l'eau maintenant ?
- Je pense qu'elle est claire. Je l'ai goûtée, elle n'est pas salée.
- Mais, nous allons prendre l'eau à la source.
- Enfin, ce n'est pas nécessaire. Cette eau-là est parfaite pour les besoins domestiques.
- Non ! on va plus loin.

Quand Hervé s'entête, pas question de résister.
- Attend ici, je vais prospecter et voir si la source est dans le coin.

J'attend. Enfin il arrive.
-Viens, je l'ai trouvée, ce n'est pas loin. Nous remplirons les bidons là-bas.
Ce n'est peut-être pas loin mais il y a tout un contour de stalactiques basses à effectuer. Puis il faut atteindre le bassin de la source en escaladant la roche. Sympa avec les bidons !

L'eau, bien sûr, est limpide ici. Les bidons sont vite remplis. Nous les ferons flotter tout le long du parcours de retour et n'aurons donc pas à les porter.

- Prête pour le retour !
- Oui !
- Passe à l'avant !

Nous reprenons le boyau avec nos bidons flottants, trois pour moi de 8 litres et trois pour Hervé de 10 litres chacun. Ca se passe bien; Cependant, je trouve que ce trajet de retour est bien long.
- C'est long, tu ne trouves pas ?
- Oui, et je ne reconnais pas les mêmes choses.
- Moi non plus ! et il n'y avait pas tant d'eau à l'aller, non plus. Ecoutes, on s'est peut-être trompé.
- Oui, je pense aussi. Laisse-moi les bidons et va prospecter.
- Ok ! éteins ta lumière pour économiser.

Et je pars seule dans le boyau. J'avance assez bien de l'eau à mi-jambe. Décidément, ce n'était pas si profond à l'aller. Plus j'avance, moins je reconnais les détails de la grotte. Puis, j'entend un sacré bruit d'eau. Ca alors ! c'est de l'eau qui arrive et non de l'eau qui sort. Ce n'est pas normal, l'histoire ! le boyau me conduit enfin devant une salle d'assez grande proportion; Je suis sûre maintenant que nous nous sommes trompés dans notre retour. Demi-tour !
j'avance bien mais mon short se déchire sur les aspérités des stalactiques basses. Enfin, je rejoins Hervé.
- Hervé, nous nous sommes trompés. Il faut faire demi-tour. Mais le mieux est que je retrouve d'abord la sortie.
- Ok ! je reste avec les bidons et je t'attend. Mets ta lumière en économique.
Ah ! oui ! les lumières. Si ça nous lâche, on est bon ! mais ce ne sont pas ces pensées là qu'il faut avoir dans cette situation. Je repars. En avançant dans le boyau, j'inspecte toutes les excavités. Aucune ne donne une issue. J'arrive enfin dans un espèce de grand bassin. A droite, le boyau se termine sur la muraille. A gauche, rien. Devant, en traversant le bassin, la roche forme comme une sculpture obstruant le boyau. J'y vais; escalade la sculpture et retrouve le boyau. Après un coude, subitement, apparaît le jour et l'entrée de la grotte. J'éteins ma frontale pour en être bien sûre. Oui ! pas de problème ! voilà l'issue !
Retour vers Hervé.
- J'ai trouvé la sortie ! Suis- moi !
Et tirant chacun la ficelle qui maintient nos bidons respectifs, nous nous retrouvons dans le grand bassin devant la sculpture. Il faut hisser les bidons un à un, puis les laisser glisser dans le boyau de sortie. On n'a rien sans rien.
La sortie ! ouf ! ouf !
- Alors, ce n'est pas une aventure ?
- Ah ! tu peux dire; on s'en sort bien.
- Et toi qui ne voulais pas venir au départ !
- Oui ! mais une fois dedans, on ne se pose plus de questions.

Il faut repasser par l'espace vaseux qui me dégoûtait à l'aller; j'envoie mes bidons vers la rive et plonge pour nager à leur suite. Enfin, fini !
Je me demande encore si le type qui était resté à l'endroit pique-nique aurait  donné l'alerte s'il ne nous avait pas vus revenir ? Et puis, je n'ai toujours pas compris où nous nous sommes trompés dans notre chemin de retour. Il n'empêche que l'aventure est toujours extra quand on s'en sort. Ce n'est pas la troupe de singes juchés sur un arbre, attenant le pique-nique, qui va nous faire peur maintenant !!!