AO CHALONG/SOIREE D ADIEU CHEZ ROSI

    A notre première venue dans la baie d'Ao Chalong de Phuket où se trouve le centre d'immigration et après les longues et fastidieuses procédures d'entrée du Papa Djo, nous avions besoin d'un bar où nous poser. Déambulant sur le front de mer, nous nous sommes arrêtés par hasard, chez ROSI, un petit bar bien coquet, bien propret, donnant sur la plage bordée de palmiers. Nous nous sommes tous trois juchés sur de hauts tabourets en bois avec dossier et la serveuse a déposé trois bières sur une rondelle de bois vernissée servant de table. Suspendus en devanture de petits gling glings tibétains qui chantonnent à la brise, acrochés au mur des envolées d'oiseaux en bois sculptés et au plafond de vrais nids d'oiseaux.
Patrick fait une inspection du fond du bar et découvre la douche maison entièrement carrelée et d'une propreté impeccable. Il faut savoir qu'en Thailande, les toilettes peuvent se doubler d'une douche ou d'un grand bac avec une puisette qui permet de prendre une douche.
Notre ami Patrick sait dénicher toutes ces commodités et il emporte toujours avec lui son nécessaire à toilette.

Ne connaissant rien, ni personne, nous demandons des renseignements à la serveuse.
Elle nous dit que Rosi est son amie et qu'elle ne vient,elle, que de temps en temps pour lui rendre service.
- Comment vous appelez-vous ?
- MIAOU !
- Comment dites-vous ?
- MIAOU !
Nom d'une pipe, quel prénom !
- Eh bien, Miaou, pourriez vous nous renseigner? Nous cherchons un mécanicien.
- Pas de problème !
Et voici Miaou qui appelle un de ces amis Western. Elle le somme de venir au bar de Rosi pour nous renseigner. Ce simple service va nous permettre, le même jour, de tout trouver, l'atelier de mécanique qui va nous confectionner une nouvelle poulie pour notre alternateur, le shipchandler le plus proche, et les utilités comme coiffeur, masseuses, papeterie....

Le lendemain, nous nous pointons chez Rosi et c'est elle en personne qui nous accueille. Petite bonne femme adorable à la figure lunaire, aux yeux pétillants, toujours habillée quasi légère en mini shorts ou en robelette mini transparente. Au fond du bar, elle officie dans sa cuisine et concocte des plats thailandais délicieux. Hervé ne jure que par Rosi et cela a failli nous causer par la suite un souci de taille. Mais n'anticipons pas !
Le bar de Rosi n'est pas le seul de la rue de front de mer. Il y en a cinq ou six aussi. Yves, notre ami-navigateur, nous avait prévenu qu'il y avait des bars à filles dans AO Chalong. En fait, il y en a deux ou trois autour de Rosi. Le soir venu, ces jeunes filles à la tenue assez débridée, mignonnes pour la plupart, s'attablent avec de vieux westerns en quête de compagnie et souvent de chair fraîche. Chez Rosi, il n'y a pas apparemment ce commerce. Elle a toute une troupe d'habitués qui viennent pour son accueil, sa cuisine et sa bonne humeur.

Aussi, c'est chez Rosi que nous finirons par toujours revenir lorsque nous sommes en escale à AO CHALONG. Rosi devient notre QG.

Ainsi, pour notre dernier jour à Phuket, nous retenons une table à midi. Car après les formalités de sortie de territoire du bateau, nous comptons savourer une dernière fois les Massaman, green ou red curries de Rosi.

Vers les 9h du matin, départ pour le centre d'immigration et de douanes situé tout près du mouillage du bateau. Tout va très vite à l'immigration. Il n'y a que nous là où d'habitude il y a queue pour passer. Pareil aux douanes. Sauf que :
- Avez-vous les derniers documents de douane, Madame ?
Nous montrons les papiers reçus à la dernière entrée. Ce n'a pas l'air de convenir. Mais nous n'avons que cela. Aux douanes, le 15 Décembre, après une heure de queue et d'attente, nous étions repartis sans aucun papier d'entrée et nous nous en étions inquiétés auprès du préposé mais il nous avait signifié que nous pouvions partir ainsi.
Y aurait-il un lézard là-dedans ? Mais oui; Le type n'est pas d'accord pour faire la sortie. Je demande à ce qu'il vérifie que nous avons bien fait notre entrée en date du 15 Décembre; En effet, il retrouve dans son livre d'entrée le nom du bateau à la date donnée.
- Mais avez-vous bien fait l'enregistrement ?
- Oui, nous avons attendu une bonne heure avant qu'on ne s'occupe de nous.
- N'avez-vous pas donné ces papiers pour un autre bateau ?
- Nous n'avons pas reçu d'autres papiers que ceux que je vous ai présentés. Les papiers du bateau restent propriété du bateau.
 Ca devient un peu Kafkaien, l'histoire. Il faut garder son calme.

Le type prend alors son téléphone, appelle un supérieur qui fait des vérifications dans les archives au centre de PHUKET TOWN. Notre enregistrement est retrouvé. Ca parait tout bon maintenant. Mais non !

Le préposé me passe son supérieur.
- Madame, vous rendez-vous compte que nous ne pouvons pas faire la sortie de votre bateau sans
 l'original de votre enregistrement.
Alors là, ça devient un peu grave. Nous avons déjà le tampon de l'immigration sur nos passeports et si les douanes ne veulent pas faire la sortie, et si nous arrivons à demain...... et si ?
 
- Je suis désolée mais pour moi, tout est en ordre. Je n'ai pas reçu ces papiers et ne peux pas les produire.
- Alors, madame, il vous faut aller à la police, faire une déclaration de perte de votre enregistrement.
L'affolement perce chez moi.
- La police ? mais enfin, puisque le bateau est bien enregistré chez vous.
- Madame, vous devrez fournir une photocopie de l'enregistrement détenu au centre de Phuket Town pour avoir votre sortie de territoire à AO CHALONG;  Mais pour que nous vous la délivrions, il nous faut une déclaration de perte consignée par la police d'Ao Chalong.
Gardez son calme et ne pas contredire !!!!
- Entendu, Monsieur !

C'est alors que s'engage un duel entre le préposé d'Ao Chalong et nous.
- Monsieur, pouvez-vous me donner l'adresse de la police et du centre des douanes de Phuket Town.
D'autre part, il nous faudrait un papier de votre part expliquant dans votre langage ce qu'il convient de déclarer comme perte.

Le type se fait mou comme une chique. Il nous amène à l'immigration et explique l'affaire aux officiers d'immigration. Ceux là ont du mal à tenir leur sérieux devant cette situation. Ils ont l'air de penser.
QUESACO, cette affaire ! le bateau est bel et bien enregistré aux douanes et on va pourrir la vie de ces gens là en les envoyant à la police et après au centre des Douanes qui est à perpète.
Nous, on pense carrément qu'on est en plein processus de corruption.

Nous insistons : nous voulons un papier, nous voulons les adresses. Le type des douanes nous laisse à l'immigration. Je le poursuis dans son bureau.
- Monsieur, pouvez vous nous faire un papier pour la police s'il vous plait.
Devant ma détermination, il se met à écrire un petit texte. Il appose un cachet et me tend le tout et nous revenons ensemble à l'immigration.
- Monsieur, où se trouve la police ?
Pas de réponse.
- Monsieur, où se trouve le centre des Douanes à Phuket Town ?
Pas de réponse.
Les sbires de l'immigration ne veulent pas trop s'en méler.

Je prend alors la liste d'équipage où sont enregistrées les adresses de chacun. Je prend la nôtre.
- Vous voyez, Monsieur, nous, nous habitons 6, rue de l'Eglise à St Antonin..... France.
La police, le centre des douanes, ont une adresse aussi. Pouvez-vous nous indiquer où ils se trouvent.
C'est alors que Patrick tend une carte de Phuket. Les deux têtes de l'immigration et la tête des douanes se penchent sur la carte; l'un désigne un carrefour près duquel doit se trouver la police. Ils s'y remettent pour les douanes et calent devant ce gros problème.
C'est Patrick à nouveau qui trouve sur la carte où se trouve le centre. C'est écrit en toutes lettres sur la carte de la ville.  Incroyable mais vrai !

L'air affolé, la tête de Douane s'interroge.
- Et comment allez-vous y aller ?
Ca, mon pote, c'est notre affaire et on ne va pas te le dire. Tu veux nous faire CH....er. A nous
de nous réserver la manière.

Nous allons au petit Yacht club où nous avons pris un mooring. Nous  louons deux motos; le type du Yacht Club nous tend deux casques dont l'un a dû servir un jour à  un mineur de fond.

- Prenez toujours, nous dit-il, ça ne peut certes pas vous sauver la vie mais au moins vous echapperez à l'amende !!!!

C'est Hervé qui met le casque de mineur. AH! la rigolade !!

et en avant pour la police. Hervé a inscrit sur son I.Pad les itinéraires. Il n'y a plus qu'à suivre. J'enfourche sa moto, l'I.PAD ouvert sur son dos et Patrick suit.
La police n'est pas à moins de 10 mn. Qu'est ce qui nous attend là- bas ?
L'accueil est des meilleurs. L'officier de police interroge Hervé :
- Papa, qu'est ce qui vous amène ici ?
Je tend le papier. Le policier remplit illico un formulaire qu'il fait signer à Hervé. Cela n'a pas duré 5 mn et nous sortons avec le sourire.
En avant maintenant pour Phuket Town situé à 12 km de là.

Grace à l'I.Pad, nous finissons par dénicher ce fameux centre de Douanes où nous attend le sbire que je commence à bien redouter.
Nous entrons dans un grand espace où tout le monde est plutôt occupé à grignoter. Il n'y a personne devant les ordinateurs. Pourtant ce n'est pas encore l'heure du déjeûner.
Nous sommes introduits devant l'officier.
Je lui tend le papier de déclaration de perte de documents. Il s'en saisit. Alors on pense que tout va bien aller. Le voilà qui se plonge dans ses archives. N'avait-il pas déjà trouvé notre document puisqu'il nous en avait promis une photocopie ?
Il fait recherche sur recherche. On commence à bien s'inquiéter. Qu'est-ce-que cela veut dire ?
- Quelle date ?
- le 15 Décembre.
Les classeurs défilent.
- Quelle date ?
- Le 15 décembre; 1.... 5;

Enfin, en suivant des yeux les documents qu'il découvre les uns après les autres,  nous voyons le nom du bateau.
- C'est celui-là.
Il faut bien qu'il accepte l'évidence.
Il se saisit du papier. Et Là, le voilà qui se referme. Dieu ! que va-t'il se passer ?
- Vous comprenez, Madame, que c'est très grave, cette perte de papier.
Que veut-il que je lui réponde ? rien !
- La loi de notre pays punit cette infraction. Il vous faut payer 1000 baths d'amende.
Nous y voilà !
Hervé s'agite. Le type est mauvais.
- plutôt 1080 baths.
- Oui, oui, monsieur, nous payons. Nous payons immédiatement. Aucun problème .
- Ne voulez vous pas vous absenter pour le déjeûner ?
- Non, Monsieur, nous préferrons régler cette affaire immédiatement.
Patrick marmonne dans sa barbe que tout ceci a un air de corruption. Je sursaute. Le type a dû saisir le sens malgré la prononciation française. Du coup, il se fait fort d'exhiber par deux fois devant mon nez un reçu de la somme encaissée. Ouh !

 

Le voilà maintenant qui sort des imprimés. On croyait qu'il s'agissait que d'une photocopie !
ca dure, ca dure.
- Il vous faudra attendre une demie-heure. Le chef qui doit apposer sa signature sur les documents est à sa pause déjeûner.

Du coup, nous nous levons. Nous partons déjeûner aussi dans la gargote du coin. Hervé râle.
- Dire que nous devions aller chez Rosi !

Quand nous revenons, c'est encore des paperasses. Le moment de la signature arrive. Où est le chef ? Notre sbire se penche sur les documents et c'est lui qui les signe. Ah ! Ah !
Enfin, nous les avons. Patrick et moi, nous ne demandons pas notre reste et nous sortons. Hervé s'attarde et je l'entend parler de cuisinière bonne et mauvaise. Qu'est-ce-qu'il nous fait là ?
Quand il revient, il nous explique qu'il a rouspété auprès du sbire parce qu'il avait loupé un bon repas. Le type, au départ, a cru qu'il se plaignait de lui :
- Est ce que vous êtes en train de me dire que je suis un mauvais homme ?
Hervé a réussi à s'en sortir. OUF !

Enfin, tout est clair. Nous revenons à AO CHALONG; la sortie nous est accordée. On se donne rdv chez Rosi pour le soir.

ROSI LE SOIR/SOIREE D'ADIEU

Quand nous arrivons chez Rosi, il est vers les 7h du soir; Patrick est déjà là. Miaou aussi !!!
Rosi surgit pour nous dire bonsoir. Hervé lui raconte sa mésaventure aux Douanes. Nous rions tous comme des damnés. L'ambiance commence. Rosi nous propose de suite de nous faire à tous les trois le même plat. Super ! En fait, elle veut nous offrir le repas, ce que nous saurons plus tard.
Pendant que Rosi s'active en cuisine, Miaou nous sert les bières. Ce soir, cela va carburer plus que d'habitude car Patrick a prévu de faire un plein au Seven Eleven, en complément de la bière chez Rosi. Ne croyez surtout pas que c'est la consommation courante ! mais avec le plein d'émotions que nous avons eu et les adieux à Rosi-Miaou, il nous faut du remontant Chang-Léo (marques des bières locales).

Le soir est bien venu. Les lumières se tamisent. Miaou s'approche de nous et s'amuse comme d'habitude à plaisanter Hervé.
Ici, il faut s'attendre à toutes sortes de propositions. La veille au yacht club, j'ai surpris une conversation d'un genre particulier entre un Western dans les 60 bien passés et deux nanas thais, assises à ses côtés.
- Oh ! je sais, c'est 10 000 baths la journée.
- Oui ! mais vous pouvez changer de fille tous les jours.
Le type éclate de rire :
- Ah mais, je ne pourrais pas, vous ne voyez pas que je suis vieux !

Aussi, lorsque notre amie Miaou en est allée de ses propositions pour se moquer d'Hervé qu'elle taquine à chaque fois qu'elle le voit, j'étais bien au courant des tarifs.
La voilà qui commence :
- pour toi, ce sera 35O et pour Patrick 310
Hervé a l'air perplexe, il n'a pas l'air de comprendre de quoi il s'agit et je me surprends en train de traduire.
- Voilà, Hervé, pour toi, la passe, c'est 350 baths et pour Patrick 310;
Et soudain, je m'arrête net. Je regarde mon mari.
- Mais pétard, je suis en train de te traduire le tarif des passes.
Patrick et moi qui comprenons le comique de la situation, éclatons de rire ! ça alors, c'est quelque chose. Miaou qui est super contente de sa farce vient vers moi en riant et m'embrasse.
- Mais, Miaou, pourquoi 350 pour Hervé et 310 pour Patrick ?
je crois comprendre que c'est une question d'expérience plus pour l'un que pour l'autre.
Enfin, on rit franchement; Cette Miaou est une sacrée drôlesse. Elle sait comment vous aborder sur des sujets scabreux et jouer avec. Mais pour nous, ce n'est pas du business -enfin, c'est ce que je crois- c'est de l'amitié !!!!! AH ! AH !

Rosi arrive avec trois assiettes bien pleines et délicieuses. Nous n'arrêtons pas de plaisanter et de rire. Ah ! quelle soirée !
- Rosi, as-tu un dessert pour nous ?
Elle nous amène à la suite des crèpes thailandaise que nous nappons avec du miel. C'est délicieux.

Le moment de se séparer est venu. Rosi veut que nous ne payions que la bière consommée. Hervé insiste pour régler le tout. Je chipe à Rosi, avec son consentement, des porte-bière isothermes en souvenir. Nous nous embrassons tous et nous quittons.
Ah ! si vous allez à AO Chalong, ne manquez pas Rosi, et Miaou !!!!