Coups de vent au royaume des Aigles pêcheurs

Petite île dans l'archipel de Langkawi, à l'extrême bord de tout un groupe que ceinture un très bel ensemble d'îlots formant comme une mer intérieure.
Au moins là, pensons-nous, nous ne subirons pas la pression continuelle des pirogues à touristes qui, dés 9h du matin jusqu'à 5 le soir, vrombissent pour dégorger leurs passagers vers quelques curiosités, plage ou lac intérieur.

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C'est beau, ici. De suite on sent la présence unique de la nature, son silence, ponctué de cris d'oiseaux, de clapotement de mer, de bruissement de vent.  L'ile se creuse autour d'une petite plage d'où s'envolent deux aigles à notre approche. Nous mouillons dans 5 mètres d'eau, protégés du vent de NE par le rempart que forme l'île en s'incurvant vers la plage. Deux gros îlots, blocs de roche plutôt, coiffés de quelques arbres, donnent une protection du grand large.

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Le beau temps a fui les Langkawi depuis des lustres; le paysage est comme brouillé. Mais cette atmosphère de crachin n'est pas sans beauté. Peu de voiliers se sont risqués aux mouillages divers de cette zone sauvage. C'est l'avantage. Et là, enfin, nous sommes bien seuls.

A l'eau, le dinghy pour explorer les contours de l'île côté mer. Nous passons entre les rochers et nous accédons à un autre monde :

- Celui des aigles pêcheurs d'abord. Ils planent au-dessus des roches en nombre : 9 d'abord, 12 ensuite; Il y en a des noirs et blancs et des roux, les plus beaux. Ils plongent à la verticale, se saisissent du poisson avec leurs serres et repartent en battant de l'aile pour regagner l'altitude où ils trouvent le vent ascendant qui leur permet de s'élever en planant et de se poser sur l'arbre où se trouve la nichée. Beau, tout simplement !

-Celui du minéral : la falaise côté mer se dresse quasi verticale. Elle se casse en grandes tranchées qui avancent sur la mer, menaçantes, laissant à l'arrière comme des cavernes infernales, repaire de chauve-souris ou de petits oiseaux dont on récolte les nids pour en faire des soupes chinoises. La pierre, travaillée par la mer et les pluies s'égoutte de-ci, de-là, en gargouilles monstrueuses. L arbre s amuse a pousser a la verticale.

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Au retour, c'est marée basse. Stupéfaction ! Tout le devant de la petite plage est découvert et forme un platier menaçant qui se prolonge sous l'eau  très près du bateau. A l'inspection, au dinghy, ce n'est guère réjouissant. On peut taper la roche avec la petite pagaie à une dizaine de mètres de notre mouillage. C'est que nous n'allons pas pouvoir rester ainsi. Le moindre coup de vent dans la mauvaise direction nous propulsera sur ces zones noirâtres.

Levée de l'ancre. J'avance le bateau le long du rempart rocheux en m'éloignant de la petite plage dangereuse. Il faut essayer de garder une protection du NE. Ce sera certes moins bien qu'auparavant;
 Il y a du fetch venant des hautes falaises de l'île Dayang Bunting où nous étions au mouillage auparavant. Et, il y a plus de courant. Le temps est très mitigé mais le vent dominant ne souffle pas trop fort. Une nuit, et c'est bon.

Et bien non, ce n'est pas bon du tout ! pendant la nuit, nous essuyons un sacré coup de vent. Les rafales qui dévalent les hautes falaises de l'île Bunting se font successives. ZBOUM ! ZBOUM! Zboum ! A leur passage, le vent hurle dans les haubans en sons aigus qui vous déchirent les oreilles,  le bateau s'ébranle et tire résolument sur son ancre. Il commence à chasser, de quelques cm mais, c'est à craindre car il chasse vers les deux rochers qui bloquent la pleine mer.
Leurs masses sombres dans ce ciel sans lune se chargent d'hostilité.
A l'écran de contrôle, on voit bien la dérive du bateau mais nous ne sommes pas encore aux limites extrèmes. Nous décidons de tenir jusqu'à l'aube. Hervé assure la veille;
Avant l'aube, il est allé se coucher; A la première lueur, après contrôle de l'écran, je sors comme une flêche pour découvrir tout proches ces foutus rochers. Il n'y a plus place à l'hésitation.
- Hervé, vite ! on fout le camp.
Nous remontons l'ancre dans le vent furieux avec facilité et nous revoilà libres pour affronter les éléments. L'aube se fait plus présente. Nous sommes au milieu d'une nasse de rochers traversée par de forts courants, avec le vent contre qui ralentit notre allure. Soudain, au milieu des rochers trois bateaux de pêcheurs sont là, contre une muraille, à l'abri du vent. Les hommes sont comme abrutis par la nuit qu'ils ont passée. Nous essayons de mouiller à côté d' eux. Mais l'espace du mouillage est trop réduit, les courants trop forts et nous préférons repartir pour rejoindre notre ancien mouillage sur l'île Bunting,  peut-être moins abrité des rafales mais plus franc. Au passage, nous rencontrons un petit bateau qui s'est mis aussi à l'ancre derrière un monticule, on lui fait un signe, il ne répond pas, lui aussi doit être trop fatigué de sa nuit.
 
Ile Bunting. Nous nous sentons plus en sécurité. La chaîne est donnée au maximum. Les rafales se suivent mais nous tenons bon et si nous reculons c'est sur la pleine mer. Pas de souci ! un voilier vient nous rejoindre au mouillage.

Le surlendemain, il fait un temps superbe. Nous refaisons un tour en dinghy pour photographier les cavernes et les gargouilles de notre petite île.

Nuit qui suit, coup de vent à nouveau. Nuit quasiment blanche. Au matin, le voilier qui était devant nous au mouillage est bien derrière.
Il n'empêche que c'est fatiguant tout ça. On est obligé de se planquer tout le temps. Retourner à Kuah, au "mur des lamentations" du célèbre "Royal Langkawi Yacht Club", trés peu pour nous.

L'aigle qui plane sur ces îles sauvages nous a pris dans les serres de sa magie. Puisse t'il y attraper un peu de beau temps maintenant !