PORT KLANG   -     ILE DE PANGKOR/LUMUT
03°6'N/101°18'E    04°16'/100°33'

NAVIGATION DANS LES RAFFINERIES

Ah ! comme c'est romantique la côte ouest de la Malaisie ! superbe cette ligne ininterrompue de côtes basses et ennuyeuses ! odorantes à merveille ces raffineries qui marquent le paysage de leurs ferrailles blanches,  ces ports pétroliers aux fumées noires qui s'avancent sur la mer.

En plus de ça, on a la joie de se lever de plus en plus tôt pour attraper le bon courant de marée. 5h du mat, sans petit déj qui pourrait alourdir l'estomac, munis de nos talkies-walkies pour la remontée de l'ancre, on ouvre nos yeux éblouis dans la nuit noire.
Nous avons trouvé bien ce système de correspondre. Plus besoin de Gueu....ler pour se faire entendre. Soft ! soft !

On aborde ainsi la journée en douceur dans le ronronnement constant du moteur. Chouette, le moteur !une vraie navigation de bonheur !
- Hervé, là, nous avons un petit vent pour nous. Et si on le coupait un peu !
- Comme tu veux ! mais ce petit vent ne nous fera faire que du 3nds et quelque à la voile. Quand on n'aura plus le courant pour nous, on tombera à 2nds et on n'arrivera jamais au mouillage. Comme tu veux !
- Bon ! juste une petite demie-heure ! -
- Vas-y !

Ah ! comme ça fait du bien ! là, on a vraiment l'impression de naviguer ! Hou !
Eh oui ! il a piétrement raison, notre captain ! nous n'avançons pas assez. Du 3,5 alors que nous étions entre 4,5 et 5, tout à l'heure. 20 minutes et on remettra le "ronron".
Et c'est parti pour la journée.

Aujourd'hui, nous devons atteindre Port Klang dans un enchevêtrement de canaux où sévissent de forts courants. Intérêt d'être à la montante pour atteindre le mouillage prévu situé près du canal nord qui nous renverra le lendemain dans la direction de Lumut.

 

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Et voici, l'entrée du chenal bien balisé et le superbe paysage bleu que nous dessert le port Sud des Klang, portiques de grues alignés à ne plus voir, cargos de tous pays sagement saucissonnés les uns après les autres. Impressionnant tout de même ! il y a deux cargos français de la CA-CGM
dont l'un se dégage des quais manoeuvré par trois remorqueurs; Ah ! c'est tout de même beau à voir. Mais ne perdons pas le cap et surtout l'attention dans ce chenal très visité : vedettes rapides de la police maritime, petits pêcheurs, barges, gros cargos montant et remontant;
Ce chenal Sud est interminable !

 Enfin on arrive à la fourche où se trouve le port nord, aussi bleu et interminable que le port sud et aussi le chenal où nous allons chercher un mouillage.
Après une petite pointe, nous trouvons de bonnes profondeurs pour ancrer mais quel peuple déjà sur place : barges, remorqueurs, cargos..... On se met un peu à l'écart de ce beau monde, de façon à éviter au maximum en cas de coups de Sumatra ou d'orages intempestifs.
Au fait, on n'en a pas eu bcp de ces coups de Sumatra ou de ces orages accompagnants qui devaient nous rendre les nuits infernales. A l'exception d'une nuit dans les îles du début, près de Singapour, tout a été super calme, jours comme nuits d'ailleurs. On devient caramélisé comme les pirates, c'est dire !

Ah! comme ça fait du bien d'avoir fini sa journée !
- Intérêt à bien nous éclairer ce soir !
- Oui ! intérêt !
De toutes façons, pour la nuit, Papadjo est visible même aux aveugles ! clignotants verts et rouges à l'avant, lampe gueularde blanche néon dans le cockpit.
Nous prenons notre "liquide vaisselle" et assistons in live aux manoeuvres savantes de mouillage des nouveaux arrivants. Ah ! c'est passionnant ! un remorqueur vient aider un cargo en attente à se mettre à une bouée, une barge avant nous. La grosse vedette blanche de la police maritime malaisienne se met à couple de la barge. D'autres gros se pointent maintenant dans l'obscurité
ambiante, s'agglutinent autour des barges tenues par les bouées. Le ciel est de plus en plus noir, zébré à l'horizon par des éclairs fulgurants. Mettons le tuyau de récupération d'eau de pluie !  ça tombera peut-être cette nuit.


EN ROUTE SUR LE GRAND SUPERMARCHE DE LA MER POUR LUMUT PAR L'île ANGSA ET LA RIVIERE SUNGAI

Cette fois-ci on attend le lever du jour pour dégager du mouillage; nous ne sommes pas les seuls. La police et un cargo quittent les lieux. A nous de parer la petite pointe avec le courant puis de prendre le chenal nord qui longe le port nord pour nous amener vers la sortie des Klang et une petite île, île Angsa, à environ 17milles où nous irons mouiller très tôt et passer la nuit éclairés par son phare.

Le courant est avec nous et nous porte à 5,5nds. Pas de vent comme d'hab et le "ronron" solo. Avec le courant, nous avons un échantillon complet du supermarché de la mer. C'est qu'ici, on est riche en tout.

- Collection de tongs en tout genre et toute taille. Elles sautillent sur les eaux, solitaires. Il n'y a plus qu'à choisir sa pointure dans l'échantillon qui passe, sachant qu'il est unique et qu'en faisant 20 milles de plus, on ne pourra même pas trouver la paire. On ne peut donc marcher qu'à cloche-pied sur la mer maintenant contrairement aux Ecritures.

-Un choix énorme de bouteilles plastiques labellisées, représentant des marques d'eau de boisson, d'huile et de jus de fruit sans oublier le célèbre coca.

-emballages plastiques divers allant des pop-corns au sac de riz; Tiens une série de paquets de kleenex qui fait croisière.

- l'industrie n'est pas en rade par rapport à l'alimentaire avec des plaques d'isolant bien jaune qui servent d'îles flottantes aux rares oiseaux du détroit, avec des blocs de feraille inquiétants qu'on prendrait presque pour des lorgnettes de sous-marin.

- Il reste les objets non identifiables. Des bouts de çi et de ça. Importants cependant car nappant les eaux entre le reste, apportant la touche difforme et hideuse qui porte injure aux flôts. Car cela fait certainement longtemps que ces détritus circulent dans leur plastique dégradé et leur carrière de navigateurs solitaires est promis à bel avenir sur nos eaux polluées.

- Et tout l'attirail du bon pêcheur. On peut se servir gratis en bouée, filets et j'en passe.

Ca, ce n'est que la surface. Bien que l'opacité de l'eau les défende, les pernicieux gros et épais plastiques qui bloquent les hélices donnent d'eux un aperçu sinistre de temps en temps. Ah ! celui-là est passé à côté ! Ouf !

Imaginons maintenant le fond de mer ! cela a dû changer depuis des lustres le paysage des crabes et des langoustes.

Et le ramassage des poubelles de la mer ? Qui s'en occupe ?
A coup sûr, les filets des pêcheurs, les hélices des bateaux. Mais c'est trop de travail pour trop de détritus.
On a voulu donner notre petite contribution en mettant notre ligne à l'eau. On a vite ramassé du plastique et même une de nos lignes s'est cassée net sur un gros paquet de déchets. Depuis, on n'essaie plus.

C'est à l'île Angsa que nous mettons fin à la tyrannie de la courroie de l'alternateur. Depuis notre départ, elle grinçait comme un violon mal accordé. Déjà qu'il fallait supporter le "ronron", ça, c'était de trop et Hervé lui coupait le mauvais sifflet dès que nous avions assez chargé pour les batteries.
- C'est peut-être parce qu'elle n'est pas assez serrée !
- Pourtant Lawrence l'a serrée avant que nous partions et elle a déjà fait la chanson.
- On peut toujours resserrer et voir.
Nous nous y mettons. Hervé soulève l'alternateur pendant que je dessère les boulons avec une clef à pipe.
- Maintenant, arrête ! Vas-y, ressère ! encore ! laisse maintenant, je vais finir !
Nous verrons demain si le remède est bon.

MOUILLAGE DE NUIT DANS LA RIVIERE SUNGAI

Nous sommes partis à 5H30 du matin, encore ! on devrait dire comme les Philippins : seulement !
Toute une philosophie de la vie qui tend à l'optimisme.
Petites voiles et "ronron" obligé. Ah ! la courroie ! matée, la garce !

Nous arrivons en fin de journée sur le plateau des 5 mètres pour nous engager dans le long chenal qui mène à l'embouchure de la rivière Sungai où nous passerons la nuit, mieux abrités que d'habitude. Le plateau est très fréquenté par les bateaux de pêche, petits et gros et dans ses parties de hauts fonds, Il est planté de piquets à perte de vue.  Bouh ! ne pas dévier de la route pour faire sauter une maille du tricot !
C'est long cette remontée vers l'embouchure ! le courant s'est inversé et la vitesse s'est réduite. Il etait temps d'arriver lorsque nous choisissons notre mouillage, à l'abri d'un rideau de grands arbres, dans 5 mètres de fond. Il y a un sacré passage dans la rivière avec tous les bateaux de pêche qui rappliquent maintenant. Intérêt à bien se signaler !
Demain, départ dans la nuit pour Lumut, comme d'hab !