FESTIN ROYAL SUR LA ROUTE DE PENANG. 04°46'42/100°22'50

Nous quittons notre charmante baie pour une navigation de deux jours qui va nous mener à Penang.
Il y a environ 70 milles à faire. C'est trop pour une journée avec ces foutus courants et ces vents faibles. Ainsi, nous avons décidé de nous offrir à nouveau un mouillage forain au milieu de nulle part. Ah ! ce n'est pas souvent que nous rencontrons ce genre de navigation. Fort heureusement !
A nouveau, debout à 5h du mat pour prendre le courant de marée. Le chenal de sortie entre Pangkor et le continent n'est pas simple. Il y a pas mal de roches et de hauts fonds. Nous nous en sortons bien et parons le dernier promontoire de ce chenal alors que le paysage s'éclaire aux premières lueurs du jour. A nouveau, le ronron. Le courant est si fort qu'il nous porte à 6nds sans pousser du tout le moteur.

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Nous arrêtons la navigation à mi-parcours lorsque justement le courant s'inverse et rend cette navigation encore plus pénible. Hervé a repéré des zones de moindre profondeur où nous pourrons ancrer entre 6 et 8 mètres. Tout ce qu'il nous faut. Dès que nous rentrons dans la zone, j'ai l'oeil scotché sur le sondeur. Enfin nous avons une bonne profondeur en constant. Allons-y pour les 50 mètres de chaîne !
Ce plateau est une zone de pêche. Nous ne serons pas seuls. Il est courant dans ce détroit de Malacca que les petits pêcheurs restent la nuit autour de leurs filets sur les plateaux. Mais pour l'instant, on ne voit âme qui vive à l'horizon.
Il est vers les 3h de l'après-midi. C'est bon pour faire la sieste dans le hamac installé dans le cockpit. Tiens ! en accrochant le hamac, que vois-je, flottant à l'arrière du bateau, des bouts de filet. Hervé rapplique.

- Tu vois ce que je vois ?

- Il faut que je plonge voir ça tout de suite.

On n' est jamais tranquille. Allons-y pour faire passer le maillot ou plutôt l'espèce de truc trouvé sur le marché de St Antonin par notre belle-fille et qui sert de slip-maillot de bain -voyez le genre- palmes, masque.....

- Pas besoin de tuba. J'y vais en apnée.

Il plonge et me demande de suite son couteau.

- Il y en a ?

- Oui ! et pas mal, tu verras.

En effet !

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C'est qu'il n'est pas heureux, notre capitaine. Un peu plus et on se faisait un remake des "tribulations de Papadjo autour de Singapour".

Je me remets dans mon Hamac. Bruit soudain de moteur.
- Evelyn, il y a un pêcheur qui vient sur nous.
- Oh! il va nous éviter tout de même et ce n'est certes pas nous qui pouvons l'intéresser.
Eh bien non ! on a tout faux. Le pêcheur vient pour nous, expressément.
Il se rapproche. Nous ne voyons d'abord que deux hommes encagoulés pour se protéger du soleil. Ils ne bougent pas; Puis, le bateau stoppe à notre hauteur.
- Mais qu'est-ce qu'ils veulent, MdameBondieu !


Le patron sort de sa cabine et nous hèle en anglais. Ah ! c'est qu'on a de la culture dans les parages.
- Vous avez des problèmes !
- Non, non, merci ! c'est juste que nous mouillons ici pour passer la nuit.
Le patron remet à la route quand Hervé le rappelle.
- Peut-être auriez-vous du poisson pour nous ?
- Ah oui, bien sûr ! envoyez moi un seau !
Le bateau se met presqu'à couple. Il y a un tas de poissons que trient les deux hommes encagoulés. On fait passer le seau. Le patron commence à nous montrer sa pêche en ouvrant ses grandes glacières. Ouh ! une glacière pleine de langoustines plus longues que mon majeur !
- Vous en voulez !
- Oui ! oui !

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Rien qu'à les voir, on salive d'avance. Il en met une bonne douzaine dans le seau. Le voilà maintenant qui ouvre une autre glacière. Des crabes qui s'y font la bagarre.
- Vous en voulez !
- Oh oui, oui !
Ca devient le festin. On imagine de suite la maillo qui va accompagner tout ce beau monde.

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Et maintenant, il ne nous demande plus rien. Il ouvre d'autres glacières et remplit carrèment le seau avec une dizaine de soles, quelques raies et une dizaine de gros rougets.

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- Eh ! nous ne sommes que deux. C'est bon, comme ça. Combien vous doit-on pour tout cela ?
- Non, non, c'est pour vous.
- Attendez, nous voulons vous payer tout de même !
Le type nous regarde en souriant. C'est niet ! il ne veut rien; Son plaisir, c'est de nous donner le poisson. Alors, nous aussi, on lui sourit très grand. Comme c'est sympa de sa part.
Merci ! merci !
Il démarre son bateau et nous, nous faisons des grands signes d'adieu.
Et nous confirmons notre dicton : on n'est jamais seul même au milieu de nulle part.

Nous avons des kilos de poisson et de fruits de mer. Un sacré boulot en perspective pour conditionner tout cela.

Et en avant cocotte pour la première partie, crabes et langoustines ! Il faut chercher la méga cocotte minute logée sous ma couchette car la plus petite ne pourra pas contenir tous les crabes. On cuit tout ensemble, crabes et langoustines. Ce soir, il n'est pas question de se rationner. N'empêche que nous en mangerons pendant trois jours.

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Mais le suprême du suprême, c'est le lendemain soir au mouillage de Penang avec les soles préparées à la meunière. Un délice qu'on ne peut pas décrire ! Hervé en déguste 5 et moi quatre, jusqu'à plus que plus faim !
Pendant ce temps, la méga cocotte est encore de service pour cuire en court-bouillon les raies et les autres poissons avec des pommes de terre; Ce n'est que vers 11h du soir que la cuisson s'arrête. La cuisinière est vannée. Mais, quel bonheur !

Ah ! nos amis, si vous aviez été tous là, nous aurions eu la joie de manger ça ensemble !!!