LES PIRATES DE MALACCA.

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C'eut été tout de même étonnant de ne pas les rencontrer. Nous faisons tant de mouillages forains qu'à la fin, on ne pouvait que tomber sur ces pirogues de malfrats.
Et bien, à l'issue d'une journée entièrement moteur, sur mer d'huile et soleil de plomb, nous voici près de la côte avant le coucher du soleil. Enfin, plus ce ronron désagréable mais il est vrai utile dans ces zones sans vent à 1° de l'Equateur. Hervé jette l'ancre avec le guindeau qui remarche. Il suffisait de changer la connection interne près des batteries alors qu'il s'escrimait à chercher le défaut au niveau du guindeau lui-même. Ah ! ca, c'est un bruit agréable que le guindeau qui marche et mon pauvre Hervé n'aura plus les 5O mètres de chaîne à remonter demain.

On se sert un "liquide vaisselle" c'est-à-dire un drink non alcoolisé, concentré d'orange allongé à l'eau fraîche du frigo. Ah ! c'est loin du petit Ricard ou du Caipirhinia mais c'est ainsi depuis la France et les kilos qu'elle nous a calés dans les mauvaises parties du corps. Autour de nous, la mer lisse, quelques maisons de pêche sur une côte s'étirant dans sa platitude.

Soudain, une barque sort derrière un alignement d'arbres. Elle s'arrête bien vite. Un homme lance une bouée avec son fanion. Il n'est pas tout seul dans la barque. On pense de suite à des pecheurs bien sûr. La barque se dirige maintenant franchement sur nous à toute vitesse. Chouette ! on va pouvoir leur demander du poisson. Nous avons fini le poisson congelé acheté à Port Dickson  et la moqueca de crevettes est un lointain souvenir. La barque arrive à hauteur de notre babord pointant dangeureusement sa proue recourbée. 7 hommes à bord, à l'apparence redoutable. Il ne leur manque que le poignard à la ceinture. Visages caramélisés, chevelures en désordre, yeux noirs et perçants, immenses bouches dévorantes, sourires carnassiers et avec ça, grands et costaux. Dieu du Ciel ! surtout ne pas montrer que nous savons que ce sont des pirates. Faire comme ci, parler de poisson. .
-Fish ? Fish ?

Ils n'en ont pas bien sûr. L'étrave de leur barque menace; Bouh ! il faut sourire, surtout. Etre bien décontracté et montrer ses droits; On fait un petit signe pour qu'ils mettent de la distance avec leur barque. Les 7 faces nous dévisagent. En Papouasie, on aurait eu peur du cannibalisme.

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Soudain, un qui semble être le chef consulte un gps et donne le signal du départ. Ils partent à fond la caisse. Ouf ! ce n'est pas nous qui les intéressons, mais le rail des cargos tout proche. Ils ont sans doute voulu nous sonder et voir si on pouvait être une menace pour eux.

Nous les voyons s'éloigner, planter soudain un autre fanion de pêche - ah ! les malins, ils font semblant - puis fuir à l'horizon alors qu'un garde-côte avance à toute vitesse dans leur direction. Ca prend des allures de cinéma et on observe à la jumelle jusqu'à ce que nos pirates disparaissent  totalement. Zut ! les gardes-côtes ne prennent réellement pas le bon cap pour les rejoindre. Enfin !
-Tu penses qu'ils vont revenir ici ?
-Je n'en sais rien.
- Peut-être ce n'est pas bon de rester la nuit dans les parages ?
- Eh bien ! on ne va pas changer maintenant.

Après tout, si on les avait vraiment intéressés, l'abordage du Papadjo eut été très facile avec nous deux désarmés comme nous le sommes.
Une demie-heure après, barque à l'horizon.
On se saisit des jumelles. Nom d'une pipe, serait-ce à nouveau nos pirates ! oui, ce sont eux et ils foncent sur Papadjo. Ma Doué Béniguet ! je n'ai même pas le temps de changer le petit haut très décolleté que j'arbore sur un petit short pour les chaleurs de Malaisie. Ils sont là, tous les sept, les mêmes avec leurs yeux brillants et leurs sourires carnassiers; nous n'avons pas le temps de nous mettre en situation que le chef sort un énorme poisson de sa glacière rouge.
- Vous le voulez ?

Nous regardons les 7 hommes. Il faut nous persuader et vite fait maintenant que ce sont d'authentiques pêcheurs et non des pirates. Gros sourires pour relacher la tension.
- Hou ! un peu gros. Nous ne sommes que deux.
Il extirpe un autre poisson dans les deux kilos bon poid.
- Celui-là est parfait. A combien  le vendez-vous ?
Et s'engage un marchandage hilarant entre nos "pirates" et nous. Nous sommes tellement heureux et soulagés qu'ils auraient pu nous demander le prix fort.
Bon pour la "Bouillabaisse des Pirates" ce soir ! Pardon, pour la bouillabaisse des pêcheurs !!!

Aujourd'hui nous avons pris les pêcheurs pour des pirates. Qu'en sera-t'il vraiment lorsque nous prendrons les pirates pour des pêcheurs !!!!