Sultanat de Brunei/Décembre 2012

Actualités internationales.
Scandale dans le petit sultanat musulman de Brunei :
Une française défiant tous les codes et tabous du pays vient d'être arrêtée, mise en geôle et condamnée par le Sultan à la lapidation,  en dépit de l'intervention de l'ambassadeur de France.

Nous sommes à Brunei, sultanat d'obédience musulmane, régi de manière absolu par Hassanal Bolkiah, 39em sultan d'une dynastie remontant au 15em siècle, sultan qui a tout pouvoir de vie et de mort sur ses sujets.

Brunei 1 (10)


Brunei, par le passé, possédait la totalité de l'île de Bornéo et une bonne partie des
Philippines. Son pouvoir s'est effiloché au cours des temps et ses sultans ont dû céder des morceaux entiers de territoire pour aboutir maintenant à un état aussi petit qu'un département français et dont la grosse majorité des terres est couverte par une épaisse forêt vierge. Mais, miracle ! le pétrole jaillit de la mer un peu partout. Au lieu de joindre la fédération d'états qui forment l'actuelle Malaisie, le sultan précédent, Omar Ali Safuddien, pour sauvegarder son pactole, oeuvra pour
l'indépendance de son pays tout comme Singapour à leur grand avantage. Le Sultan de Brunei est maintenant un des plus riches du monde, le troisième dans le top 10, avant la reine d'Angleterre reléguée, la pauvresse, à la 12em place !

La richesse, la modernité infiltrent l'air que nous respirons ici. Tout est propre, bien aligné, bien composé, démesuré. Le pays obéit à l'islam. Les femmes sont voilées dans leur lieu de travail. Par contre, elles bénéficient de plus de liberté en dehors. Le vendredi est bien respecté, tout commerce ou organisme public étant fermé. Deux énormes mosquées rivalisant dans leur splendeur dorée, l'une édifié par le sultan Omar Ali Saifuddien, l'autre par son fils,  l'actuel sultan, rappellent au milieu de la ville, qu'Allah, s'il est bon et miséricordieux, s'il supporte toute la modernité et
le luxe, ne permet pas d'oublier les cinq prières quotidiennes et le respect du vendredi.

Brunei 1 (19)


C'est dans cet univers que nous arrivons en une fin de matinée, pénétrant dans le fleuve et atteignant le mouillage réservé aux yachties, devant le superbe, extra-moderne Yacht club avec machine à laver de 10 kg, piscine  entourée de palmiers, douches immaculées avec eau chaude, eau froide et une sécurité presqu'absolue puisque nous bénéficions de rondes fréqentes de la police navale, basée tout à côté.
Et c'est de suite que nous reconnaissons un bateau ami, les canadiens avec lesquels nous étions à l'île de Tiga. Ils sont ravis de nous revoir et nous amènent dans la soirée visiter la capitale, BSB cad Bangar Seri Begawan.

Nous revenons tard. Le vent a pris de la force depuis l'après-midi. Un tiphon de grande intensité est attendu pour le lendemain sur les Philippines et affecte déjà la
Malaisie par un vent assez musclé qui, avec le courant du fleuve, fait lever des vagues dans la grande étendue d'eau où nous sommes.

IMG_1268

 

Le retour sur le bateau en annexe est très pénible. Je suis ultra-crispée et toute mouillée. Aussi, la première chose que je fais en rentrant c'est de me débarrasser de mes vêtements.  Hervé attend dans l'annexe que le moteur ait consommé toute
l'essence. Nous avons décidé de ne pas le monter à bord tant il y a de houle et de le laisser dans le fond du bateau.

C'est en petite culotte que j'entend Hervé jurer. Ca arrive souvent. Cette
fois-ci, on sent qu'il est vraiment ennuyé. Je sors du carré dans ma tenue de demie-Eve.
- Qu'est-ce-qu'il se passe ?
- Ta pagaie ! elle s'est enroulée dans l'amarre et quand l'amarre s'est tendue, elle a été projetée dans l'eau, regarde !
En effet, ma pagaie, ma jolie petite pagaie indienne, que nous affectionnons, est en train de partir. Zut !

- J'ai envie de sauter dans l'eau pour la récupérer.
- Mais tu es fou ! il fait nuit noire et il y a beaucoup de vagues et de courant.
- Vas me chercher les autres pagaies.

Le temps d'amener les pagaies et une lampe frontale, la pagaie est hors de vue.
- Tu veux que je vienne avec toi pour te diriger et éclairer.
- Oui ! mais fais vite !
- Mais je suis en petite culotte.
- Et alors, quelle importance !
Je saute dans la barque, nous larguons l'amarre et sommes de suite emportés par le courant.

Nous nous laissons dériver pour avoir quelque chance de suivre la pagaie dans le lit du courant. Je balaie le fleuve noir et agité avec la torche. Nous sommes en train de dépasser les derniers bateaux du mouillage. C'est vraiment trop loin, maintenant.
- Arrêtons ! ce n'est plus la peine. Il faut revenir au bateau.

Hervé ne veut pas remettre le moteur car il vient de le nettoyer et ne veut pas refaire l'opération. Il se met aux pagaies.
Le courant est fort. Les vagues freinent. J'ai conscience de ma nudité et cela m'exaspère.
- Mais, ce n'est pas possible comme je suis !
- Et alors ! personne ne te voit.
Ce n'est guère une consolation. Nous progressons vraiment très très lentement.
- Tu ne veux pas mettre le moteur ?
- Non !
Ca, c'est bien le breton qui parle. La belle affaire ! il va mettre toutes ses forces en jeu pour regagner le bord.

C'est alors que nous entendons un bruit de moteur. Oh ! ciel !
- Evelyn ! éclaire-nous, sinon ils peuvent nous rentrer dedans.
Ah ! c'est une situation à laquelle je n'avais pas réfléchi. Oh ! mon Dieu,  si ce sont des musulmans ! c'est que moi, je ne suis pas du tout voilée. Je suis plutôt presque complètement dévoilée ! La police, les douanes, l'immigration, tous ces gens qui contrôlent et surveillent sont tout près de notre mouillage. Il pourrait s'agir d'un de leurs bateaux.
J'éclaire. Le bruit de moteur au lieu de s'éloigner se rapproche.

- Ah ! mais c'est Tony, notre canadien.
- Eh guys, vous avez des problèmes ?
C'est ça, on a un sacré problème : je suis quasi-nue et on remonte comme des forçats vers notre bateau.
- Non, non ! on a juste perdu quelque chose. C'est OK, Tony ! on remonte au bateau. Pas de problème!

J'éteins immédiatement ma torche. Un rire éclate dans l'obscurité. Ca y est, c'en est fait de ma pudeur. L'ami Tony a vu. Mais  Tony a aussi compris que nous ne désirions pas être aidés et son dinghy s'éloigne.
J'ai du mal à réprimer un accès de désespoir et de fureur. Mon pauvre Hervé, lui, rame, rame sans désarmer et je lui refile toute ma mauvaise humeur.
- Mais bon sang ! tu ne vas pas t'arrêter !
- Mais, tu as vu comment je suis et Tony m'as vue. Et en plus, tu te rend compte combien c'est dangeureux ici avec la douane tout près et le reste !
- Arrêtes, tu ne peux rien y faire maintenant. C'est moi qui fais tout et c'est toi qui gueules !
Donc il a bien raison. Rien à faire qu'à espérer que nous ne ferons pas de mauvaises rencontres.Alors je me concentre pour trouver les lumières rouge et verte de notre bateau. Elles sont loin, punaise !
Alors je compte par dizaines les coups de rame qu'il faut selon la distance que j'estime afin de donner une mesure à Hervé. Mais je suis constamment en train d'en rajouter :
- dix de plus ! encore dix ! nous approchons mais il en faut encore dix.

Et cela prend du temps. Je connais mon Breton. Il ne lâche jamais. Je sais que nous arriverons. Et nous finissons par y arriver. Prendre l'amarre qui pendouille du bateau, mettre le premier pied qui assure la montée, enfin dans le cockpit, enfin dans le bateau.
C'est épuisés que nous sommes tous les deux, Hervé par l'effort et moi par le stress.
Avant de nous coucher, Hervé lache :
- En attendant, j'ai payé cher la pudeur de ma femme. Tony qui venait pour nous,  il ne pouvait pas approcher. Il ne pouvait pas nous aider à remonter jusqu'au bateau.
Ah ! comme j'en ai conscience ! comme ce fut dur ! mais c'était vraiment impossible que Tony nous aide.
- Hervé, c'est sûr ! je ne peux que te remercier. Tu as préservé la pudeur de ta femme.

Ce n'est que vers le soir du lendemain que nous revoyons nos canadiens. Ils viennent d'arriver d'une excursion. C'est Connie que nous voyons la première. Va-t'elle aborder le sujet ? Enfin, j'essaie dur de la faire dériver sur leur visite de la journée. Mais soudain, je sens comme une
lueur sur son visage. Ca y est, on va y passer !
- Vous avez eu des problèmes hier. Nous nous sommes fait un sang d'encre pour vous. Nous avons vu votre dinghy dériver dans le noir et Tony s'est dépêché pour vous rattraper et vous étiez déjà bien loin.

Alors, qu'est-ce que je fais ?Je ne vais pas me lancer dans la vérité absolue. Ca, non!
- Conny, nous avons perdu une petite pagaie et nous y tenions car nous l'avions des indiens de Panama. Nous avons essayé de la récupérer mais c'était impossible.
Conny ne va pas plus loin, ouf !
Tony arrive, le grand Tony, avec un immense sourire.  Il s'adresse immédiatement à Hervé :
- Eh ! Elvis !  hier,  tu étais dans un sacré pétrin, n'est-ce pas !
- Euh, oui !
- Et bien oui ! je t'ai vu avec une sirène !
Et son regard se détourne d'Hervé pour me foudroyer droit dans les yeux !
Oh ! bazar ! un fou rire indescriptible s'empare de nous tous ! tout ce qu'il y avait de comique dans la situation s'échappe pour s'exprimer. Plus besoin de rien cacher.
- Tony, ce qui s'est passé, c'est que j'étais en petite culotte quand nous avons perdu notre pagaie et que je n'avais pas le temps de me rhabiller si nous voulions avoir quelque chance de la récupérer. Alors, j'ai sauté telle quelle dans la barque. Merci pour l'aide tu voulais nous apporter..

Actualités internationales suite :
La femme d'origine française dont l'identité n'a toujours pas été révélée et qui est menacée de lapidation dans le sultanat de Brunei,  a été trouvée en petit appareil sur une barque en compagnie de son mari. Ce sont les douanes de Brunei qui ont intercepté le couple. La femme a de suite été remise aux autorités policières du port de Muara et rhabillée , malgré les protestations de son époux. L'ambassadeur de France ainsi que les instances internationales font pression auprès du Sultan Hassanal Bolkiah pour la libérer.