BENGAR SERI BEGAWAN/Décembre 2012  

Une heure de bus et nous voici au terminal de BSB, tout près  du marché aux épices, poissons séchés et autres curiosités.
C'est une heure quasi matinale et nous sommes seuls à arpenter ce pittoresque marché qui domine un des canaux de la ville.

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Entre les pyramides de petits poissons séchés et les cônes des chapeaux asiatiques, s'est installé l'étal du guérisseur : beaucoup d'amulettes, de bois tordus, d'anneaux et de bagues bizarres sur lesquellEs sont sertis des pierres rondes et brunâtres. Le guérisseur est un petit homme trapu aux mains puissantes porteuses de la fameuse bague qui côute quand même dans les 5O dollars Bruneiens, soit 25 euros.

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Nous sympatisons avec le peu d'anglais qu'il peut produire et il commence par me prendre la main, puis l'index et à me planter la pierre de la bague juste sous l'ongle. Je sens soudain une douleur fulgurante et retire la main. Hervé pense à ses jambes. Et pourquoi pas ?

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L'homme le prend derrière son étal, lui demande de retirer ses bas de contention et l'opération commence. Le guérisseur s'attaque à un des orteils de la jambe malade, appose la pierre et appuie. Je guette les réactions d'Hervé. Tout se passe bien. Puis, changement dans la composition de son visage qui exprime un certain étonnement suivi d'un saisissement. Tout va très vite ensuite.
- C'est assez, c'est assez ! Stop, stop !
- Cette jambe n'est pas bonne. Il faut refaire. Essayez de tenir !
Il attrape une seconde bague sur son étal et l'applique sur l'orteil.

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On reprend : Visage d'Hervé impassible, en attente. Ca vient ! ça vient ! Hervé essaie de tenir le plus longtemps possible.
- Non ! non ! assez ! assez !
Le guérisseur s'y reprendra à trois fois. Hervé est pantelant. Il n'en peut plus. Pourtant ce n'est qu'une pression de cette pierre sur son orteil.
L'homme propose alors une huile de soin. C'est une huile noirâtre dans laquelle baignent des écorces d'arbre. Il en verse sur la jambe d'Hervé et commence un massage assez musclé.
Hervé est conquis :
- Je sens qu'il me fait un bien énorme. Si je le pouvais, je reviendrais le voir tous les jours.
Nous repartons avec la fiole et continuons le tour du marché.
- Je sens que ma jambe est devenue plus légère. C'est fou le bien qu'il m'a fait, cet homme-là./


La ville flottante de Campung Ayer

Du parapet qui domine le canal, nous hélons un de ces petits canots qui vous déposent aux quatre coins de la ville. Nous, nous voulons faire la balade autour de Campung Ayer, la ville flottante qui s'étire sur huit km le long de la Brunei River, face à BSB, la nouvelle capitale.

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Campung Ayer avec ses 3O OOO habitants est comme un défi à la modernité voulue par le Sultan;
Impossible de déloger ses habitants qui y vivent depuis des générations depuis le 10em siècle.
C'est bien là le début de Brunei, là qu'abordaient les jonques venant de Chine pour apporter les brocarts et la soie, là que se faisaient le commerce, l'administration du pays depuis le palais flottant des sultans. Il n'y avait pas de terre habitable,  il n'y avait que le fleuve nourricier sur lequel gagnaient les pilotis savamment plantés dans la vase pour supporter les multiples habitations.

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Il y a 10 ans, un grand incendie ravagea Campung Ayer et ses habitants furent relogés en face, sur la moderne capitale. Ils supplièrent le sultan de les réintégrer sur les maisons flottantes. Le sultan se plia donc à leur demande et fit construire des maisons aux matériaux ininflammables et tout un système de canalisations pour les eaux usées, pour le gaz et l'électricité sans compter les multiples écoles pour les enfants, les dispensaires et les mosquées.

C'est donc dans cet univers que nous pénétrons avec notre passeur à travers divers canaux. Puis, il nous lache sur les passerelles montées sur pilotis. A nous de nous débrouiller pour le rejoindre un peu plus loin sur un des canaux principaux. On aime se perdre sur ces passerelles de bois qui forment comme un labyrinthe borné par des maisonnettes de bois vétustes, tarabiscotées et colorées à plaisir.Sans doute, l'incendie d'il y a 10 ans n'a pas touché cette partie-là.

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D'ailleurs les parties retouchées par le Sultan se reconnaissent de suite : les maisonnettes sont toutes du même modèle. Maison A égale maison B. Monsieur A doit faire un effort pour ne pas prendre à tort la femme de Monsieur B. Plus de diversité, plus de charme. Le confort a entrainé l'uniformité.

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Notre passeur nous attend devant une guérite qui surmonte un escalier en pierre. Il nous voit et dirige la  pointe de son bateau sur les marches de l'escalier. La pointe du bateau remonte trois ou quatre marches et se stabilise par la poussée du moteur.Impressionnant la technique ! On peut embarquer sur ces bateaux sans perdre l'équilibre malgré la houle et les remous causés par la circulation incessante sur le fleuve.

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Nous allons visiter l'office du tourisme superbement installé entre la partie rénovée et la partie  ancienne d'un quartier de Campung Ayer. Des panneaux expliquent la vie de cette ville sur pilotis depuis son début connu, l'importance des petits métiers autour de la pêche, confection de piège à poissons, grand chapeau conique pour se protéger du soleil, poignard, le fameux Kriss, pour se défendre et vider le poisson. Les traditions qui rythment encore la vie familiale des Bruneiens y sont également expliquées, comme la circoncision pour les garçons à la puberté et l'excision pour les filles avant qu'elles ne marchent -charmant ! espérons que ce n'est plus en cours à l'époque actuelle- IMG_1380La mariée est toujours belle le jour de son mariage !!

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A midi, il est hors de question d'aller manger dans un de ces restaurants ultra-modernes du centre ville. Nous demandons s'il y a un restaurant dans la ville flottante. Une jeune femme nous amène à travers un dédale de passerelles jusqu'à une maison qui sert des repas. Personne ne parle anglais ici. On se débrouille pour avoir du riz et du poulet et un verre de Kesperi, sorte de citron pressé excellent ici.
Le charme de la ville flottante continue d'opérer. Des petites filles nous font des saluts. Tout le monde essaie de faire connaissance malgré la barrière de la langue. Hervé se sent de mieux en mieux. Le guérisseur du canal a fait fort.

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Il est temps tout de même de reprendre le bus car ce soir nous recevons des Bruneiens sur le bateau et nous avons tout à préparer avant leur arrivée.

Salamat Datang sur le Papadjo

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Hervé s'éloigne avec la barque pour aller accueillir nos Bruneiens à l'embarcadère du Royal Brunei Yacht Club. Le temps s'est un peu dégradé. En préparant les petits plats et les boissons, j'espère qu'il ne nous servira pas un coup de vent, comme il est fréquent dans ces pays équatoriaux.

Au ponton, Hervé trouve trois personnes, Yatie et Hopie, notre jeune couple Bruneien et une de leurs amies, Jo. Ils ont de suite très peur d'embarquer et demandent si Hervé a des gilets de sauvetage pour eux. Point ! Ils embarquent tout de même et mettent enfin le pied sur Papa Djo.

Nous avons connu Yatie et Hopie, de l'âge de notre fils ainé, dans un petit restaurant et ils ont de suite fait jouer l'hospitalité légendaire des gens de Brunei. Par deux fois, ils nous ont emmené à BSB après leur travail et la dernière fois nous avons goûté ensemble au plat national de Brunei dans un restaurant accroché à la mangrove.

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Ce plat, l'Ambuyat sert de lien entre une multitude d'autres petits délices du pays. L'Ambuyat est une espèce de bouillie blanche qui provient du fruit d'un arbre, l'Ambuyat. Pendant l'invasion japonaise, cette bouillie a permis aux Bruneiens de se maintenir en vie.
Nous goûtons avec la ferme intention de trouver ça bon; Hatie et Yotie nous observent religieusement. Ce ne serait pas bien de mentir non plus. Heureusement, la bouillie est très digeste. Le reste des plats est superbe : boeuf Rendang, poisson Selunsung couvert de batonnets de mangue, Huitres Kailan, omelette aux moules et coquillages recouvert d'une sauce au gingembre.
Que d'exotisme dans un cadre idyllique : une petite salle à manger sur pilotis s'avançant dans la rivière avec une vue nocturne sur Campung Ayer, la ville flottante aux milles petits éclairages mystérieux.
Le peuple de Brunei est très prospère. Yatie et Hotie ont deux très belles voitures comme tout le reste de la population car le Sultan finance une bonne partie du parc automobile de ses ouailles et le carburant ne coûte que 0,31 centimes d'euro, un rêve pour nous européens. Donc, ça roule dur à Brunei. On fait du shopping jusqu'à 10h du soir. Le weekend, il est courant que notre jeune couple s'offre des weekends en Malaysie, à KK ou à Miri....
Si ça roule, ça construit tant et plus dans le genre grosse maison coloniale américaine chargée de colonnes. Les magasins d'ameublement sont foison en ville. Yatie et Hotie attendent d'emménager leur maison de 5 chambres pour décorer enfin la chambre du bébé qu'ils espèrent bien vite concevoir. Au bord de l'autoroute qui conduit à BSB, on peut lire : construction de 4000 maisons.
Les grues sont partout.
Ainsi, nous nous devions également de faire jouer l'hospitalité du Papa Djo.

Nos invités ont pris place autour de la table du carré. Impossible d'aller dehors car il a commencé à pleuvoir. Tout va bien. Yatie me donne trois paquets : des cadeaux et un tas de petits sachets contenant des douceurs du pays. Hervé va pouvoir arborer une superbe cravate en soie pour Noêl et je pourrais mettre une très belle écharpe pour rentrer dans les mosquées du Sultan.

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Tout est bon. Nous nous régalons.

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Mais le temps se dégrade de plus en plus. La pluie redouble et on sent comme une différence dans l'atmosphère. C'est Jo qui commence à demander où se trouvent les toilettes. Yatie suit par deux fois. Le bateau n'est plus si stable. Les jeunes femmes se précipitent dehors prendre l'air. Il pleut toujours. Je comprend qu'elles ont toutes deux le mal de mer. Jo est la plus mal en point. Je lui passe une bassine. Ah ! quel dommage ! l'état de Hopie se rapproche de celui des deux femmes. Il faut les ramener à terre. Mais les vagues se sont formées dans le fleuve qui a beaucoup de fetch au mouillage où nous sommes. Yatie demande si nous avons des gilets de sauvetage et tout trois avouent qu'ils ne savent pas nager. Oh ! mon Dieu !
J'extirpe les gilets orange qui n'ont pas servi depuis des années et des années et les équipe les uns après les autres. Hervé décide de faire deux voyages car Jo est plutôt du genre lourd. Un mouvement intempestive pourrait faire basculer dans le fleuve assez démonté maintenant. Les deux femmes embarquent. Puis Hervé revient pour Hopie.

C'est dommage que l'hospitalité du Papa Djo, à cause de ce foutu temps, n'a pas été à la hauteur de celle de notre jeune couple. Hervé en revenant me dit que les deux jeunes femmes, ruisselantes sur l'embarcadère, n'en finissaient pas de rire, à l'abri du tanguage du bateau. Au fond, elles se souviendront sans doute longtemps de la frayeur qu'elles ont eu sur la petite barque d'Hervé.
- Elles étaient toutes mouillées et toutes terrorisés.

Salamat Datang à Brunei !!!!!