Jour 15
13HO5 heure locale
6°9 N par 54°44W
26 milles de la première bouée d'arrivée au Surinam

        Nous sommes tout tout proches après 16OO milles de traversée au grand large. Nous voyons déjà la terre, celle du Surinam. Le temps est fabuleusement beau et l'approche rendue aisée dans ces faibles profondeurs par une mer presque lisse, d'un vert tendre.
 

       Ce matin à la radio, tout le monde sur le réseau du Capitaine et sur Radio Cocotier nous souhaitait bon atterrissage, nous fournissant tous détails concernant l'approche, la marée, le mouillage d'attente, les formalités.
Depuis ce fameux jour 12 où Papadjo a eu son avarie de barre, nous avions l'impression de naviguer en sursis. Un autre orage en pleine nuit, au large de la Guyane Française, nous a replongé dans le même problème : la barre a cédé de nouveau et Hervé a travaillé de 11heures du soir à 4h du matin, comme un bagnard, pour remettre le bateau en route. Alors, nous avons décidé de parer à toute éventualité et d'éviter à tout prix les coups de barre subits et désastreux. Car la journée, il fait toujours un temps superbe. Il n'y a qu'une petite brise qui fait doucement avancer le bateau. Du coup, nous naviguons toutes voiles dehors. L'orage quand il intervient,de nuit à chaque fois, ne prévient guère et on passe d'un vent très faible à un vent violent qui lève la mer, dans une situation d'urgence :équipage à réveiller, voiles à réduire, hublots à fermer.......

        Hier donc, sus à l'orage : avant le coucher du soleil, alors qu'il n'y avait qu'une toute petite brise, nous avons mis trois ris dans la grand voile (le maximum), un mouchoir de génois bien tangonné, et le moteur. Quart de surveillance des cargos certes mais surtout des nuages. Toute accumulation suspecte était signalée et l'équipage en entier devait se trouver sur le pont. Le réseau du Capitaine nous avait signalé pour la nuit des vents de 2O à 25 nds. Et bien, on a dû faire peur aux nuages car nous n'avons eu qu'une alerte sur toute la nuit et le nuage est passé à côté.

         Ainsi va se terminer cette longue traversée de 15 jours, avec 8 bons jours d'intense navigation par bon vent portant, deux ou trois jours sous petite brise dans un courant contraire puis le reste à vivoter sous faible vent à la merci d'orages qui ont causé des dégâts. C'est la loi de la mer, élément sauvage auquel il faut de temps en temps payer un tribut. Celui-ci est précieux : la pâle de notre pilote à vent.
Bien sûr nous aurions pu nous mettre au moteur depuis plusieurs jours pour gagner quelques noeuds. Mais malgré les avaries rencontrées, la vie à bord était tellement superbe qu'il aurait été idiot de la gâcher par le ronronnement continu du moteur; Nous avons bien vécu cette vie si particulière hors de tout sauf de la mer, du ciel, du vent, des astres et de leur lumière et de notre mutuelle compagnie.
      Scoop à 21 milles de l'arrivée : le deuxième poisson a été pêché, le même que le premier, un peu plus costaud. Le premier, c'était le cadeau d'adieu du Brésil et celui-ci, le cadeau de bienvenue du Surinam.

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Deuxieme poisson