5°1O N par 46°28

          Ah! ce foutu courant contraire ! il chahute la mer à qui mieux mieux; On se croirait dans un champ de pomme de terre ou en haut d'un cocotier secoué par le vent. Papadjo se dandine comme un canard, sa vitesse réduite à 3, 4 nds alors que nous étions entre 6 et 7 et plus auparavant. Nous sommes en plein de la zone intertropicale de convergence, cette étendue de mer où converge les deux hémisphères, sujette à vents variables, orages, trombes.... Déjà hier, en pleine sieste, dans le cockpit, j'ai senti dans mon dos l'immense frémissement d'un orage à venir. Devant tout était bleu, à l'arrière, du gris plombé et nous voguions insouciants toutes voiles dehors. Hervé est vite sorti de sa banette et nous avons mis quelques tours au génois. Le grand souffle est passé, se décalant vers l'Ouest et l'Amazonie toute proche. le soir venu, que faire ? Comment parer le bateau pour ces coups de torchon aussi violents qu'imprévus, encore que nous soyions à la bonne saison et que normalement les coups de vent ne doivent pas atteindre plus de 25 nds. Nous nous décidons pour larguer le tangon. Le soleil va mourir d'ici une demie-heure. Il faut faire vite. Le bateau est enfin paré pour sa nuit, le pilote à vent amorçé.

      Aîe, le cap est si mauvais, nous renvoyant à 9O° en pleine mer, que force est de le constater, tout est à reprendre : le tangon....
La nuit est venue, bien sournoise pour compliquer les choses et la lune naissante n'est pas assez puissante pour éclairer le pont; Du coup, on rate des manoeuvres; Il faut refaire; Le tout nous prendra deux bonnes heures. Le génois est réduit, en cas d'orages imprévus et la grande voile a pris deux ris. Nous mangeons, épuisés et chacun prend son quart. Milieu de nuit, le vent a faibli, le tanguage dans le bateau est effrayant. Le bateau avance à moins de 2 noeuds. Et on recommence : larguer un ris dans la grand voile, larguer plusieurs tours de rouleau du génois. Papadjo reprend un noeud et est plus vivable; le pilote à vent malgré ce régime contrarié tient son cap.  Il y aura des réparations à faire; Un bout a lâché dans le 2em ris et hervé a fait, de nuit, une réparation de fortune qu'il convient d'affermir.

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Hervé à la voltige
          

        Ce matin, 9h, à l'écoute du réseau du Capitaine. Confirmation du fort courant contraire. Nous sommes mieux en pleine mer que près des côtes où ce courant se renforce. Donc on continue !
Que faire à midi ! tiens donc, du chou- patates douces. Aie ! c'est bon mais cela a trop chauffé dans la cocotte et Hervé de corvée de vaisselle, se plaint :
- Tu n'as qu'à la faire, la cocotte !
- Tu sais bien, Hervé, que ce n'est pas mon genre de faire la cocotte !
Et toc ! mais on essaie un truc qui marche, faire bouillir de l'eau de javel pendant 5 bonnes minutes. Ca décape sec et la cocotte est nickel.

            N'empêche que notre sieste est fort perturbée, non par le chou mais par un tanguage affreux. Un regard sur le GPS; Eh, bien, oui ! c'est normal : nous sommes tombés à O,9 noeuds. Papadjo, il y a peu de temps, tel un prince de Hawaï, surfait sur les vagues à plus de 7 noeuds et le voilà maintenant avançant comme une vieille femme aux béquilles chancelantes. Moteur ! Ca nous permet juste d'atteindre 2 noeuds. Dérive ! Ah! oui ! on aurait pu y penser plus tot. Le tanguage est réduit considérablement. Il est temps car on commence à sentir nos os.
Il faut passer ce contre-courant et rejoindre le courant de Guyane qui lui, va à nouveau nous propulser; Tiens, une bande de dauphins pour consoler Papadjo de sa lenteur. Ils sont bien petits ceux-là, mais toujours aussi joueurs et magiques. Comment va se passer la nuit : au moteur !