Jour 8 - 15.11.2OO7
4°11'S/45°28 W

     Minuit 2O. Dans dix minutes, la relève. De la couchette du carré, j'entend un claquement de voile. Je me précipite dehors. C'est le génois tangonné qui fait des siennes. La grand-voile est à contre. Je me précipite vers les commandes du pilote à vent pour le désarmorcer. La poulie tribord a lâché.C'est la cause de l'empannage. Je dégage la poulie babord et me rue vers la barre à roue. Impossible de ramener la grand voile. J'hurle "Hervé, vite, le moteur". Hervé met le moteur en route, prend la barre de mes mains et renvoie la grand voile à sa place.
-Ce n'est rien, me dit-il. Je vais réparer ça. En attendant qu'il cherche vis et boulons, je mets le pilote automatique.
Puis, la réparation faite, nous réamorçons le pilote à vent qui reprend fidèlement son service. Il est une heure du mat.
- Ne t'inquiète pas ! je te redonne le quart à 3h.
- Ok ! Captain !

       Heureusement que cette fois-là, le hallebas de grand-voile, lequel permet de contrer l'empannage, était bloqué plus à l'avant du bateau. L'autre jour, par saute de vent, on a évité l'empannage mais un chandelier s'est tordu sous la force  du hallebas placé au centre du passavent qui empêchait la grand voile à contre de passer l'autre bord. L'empannage, pour ceux qui veulent comprendre, c'est ce qui se passe par vent arrière, lorsque le bateau passe la ligne du vent et que la grand-voile, prise à contre, passe de l'autre côté du bateau. Instant redoutable si la grand voile n'est pas retenue par un hallebas, car à ce moment-là, elle se flanque du côté inverse avec violence pouvant entraîner force dégâts et mettre à l'eau le marin qui se trouve sur le pont. C'est ainsi que Taberly y a trouvé sa fin, projeté en mer par la corme de son bateau;
Ce matin, j'ai eu du mal à me réveiller. Il est vrai que je rêvais des Carraibes, il y avait des couleurs fantastiques et un carnaval et je voulais tout photographier; Hervé m'avait attendu en vain pour le petit déj.
         Même constation que cette nuit, le vent est aussi fort, Papadjo surfe presque sur la vague, mais a perdu un noeud, voir deux noeuds en vitesse. Que se passe-t'il? On pense à un courant contraire. Nous sommes en face de l'embouchure de l'Amazone, mais à 3OO milles au large. Je sors le Jimmy Cornell (la bible pour les grandes traversées). Effectivement il parle d'un courant contraire dans cette zone et le réseau du Capitaine que nous consultons à 9h nous le confirme également; Il faut dépasser l'Amazone pour rattraper devant la Guyane Française, le fort courant de Guyane qui nous propulsera à nouveau en avant.
Hervé va faire son tour sur le pont et ramène un superbe poisson volant : vidé, coupé menu et bien citronné, voilà qui nous fera un bon apéro avec le Caipirinhia.

10

Poisson vole !
      Côté pêche, il faudra se contenter du poisson volant. Côté propreté, il est temps de nettoyer le cockpit et le capitaine sinon ça va sentir le phacochère dans les cabines du Papadjo. Alors douche intégrale sur le pont et on ne se plaint pas avec plus de 31° dans l'atmosphère !

10 B Capitaine clair et net
      La mer est toujours aussi belle. On ne se lasse pas de la contempler. On pourrait d'ailleurs se demander pourquoi. C'est toujours la même chose. Mais non. Le regard se pose sur l'étendue bleue et s'apaise. La pensée, éternelle rongeuse, se calme et se tarit. Devant l'horizon qui fuit et le mouvement incessant du bateau qui avance poussé par les vagues sans cesse renouvelées, avec le bruissement continuel du ressac sur la coque comme un grand souffle qui anime et régénère, l'esprit ne connait pas la limite qu'impose tout paysage terrestre, aussi beau soit-il. Tout n'est qu'évolution, transformation et pourtant, tout se meut dans une harmonie indéfinissable qui pacifie l'être et l'ennoblit de participer par sa présence dans ce grand jeu de la nature.
        A côté de ces considérations, il y a le côté pratique; Qu'est ce qu'on va bien manger à midi ? Pas de panique. Il reste de tout. Ce sera chou rapé à la vinaigrette et gratin de christophines à la tomate suivi du dernier fruit de la passion que nous allons partager.
Pas d'arrêt au Surinam. Nous irons d'une traite à Tobago. Je rêve de me baigner dans les eaux cristallines et de voir les fonds sous-marin des Antilles. Il y a le temps de voir venir car nous sommes à plus de la moitié du parcours. Si le vent tient, après ce contre-courant qui nous ralentit tout de même, il est possible de terminer la traversée avant l'anniversaire de notre fils le 24 Novembre. Ce serait super de le lui souhaiter de