Jour 6 /13.11.2OO8

1°O6'37 N par 42°14'67 W

Eh oui ! nous sommes aujourd'hui dans l'hémisphère nord. Le passage de l'équateur s'est fait tranquillement hier à 19h2O, heure locale. Nous sommes rentrés donc dans la zone dit"pôt au noir". Mais franchement, cela s'assimile plutôt à "la croisière s'amuse" avec une mer splendide, un vent de Sud-Est bien établi le jour à 15 noeuds environ, permettant une navigation bateau tangonné des plus confortables, un vent d'Est de nuit de même puissance qui nous met de travers tout en nous laissant bon cap et bonne navigation. On rêve. Papadjo, la dérive relevée, glisse sur les vagues à 6-7 noeuds, soulevant des gerbes d'embruns bouillonnant et les poissons volants qui décollent, tels des Mig 29 argentés, pour se poser quelques 2o mètres plus loin. C'est le pilote au vent qui dirige immanquablement le bateau. Nous le réglons le matin au changement d'amure. Hervé s'installe dans la jupe avec un harnais de sécurité. Je me poste devant la barre à roue et met en route le pilote automatique pour obtenir un cap très précis. La mise en place du pilote à vent nécessite d'abord un positionnement de l'aérien et de la pâle qui est dans l'eau. L'aérien doit être dirigé dans le lit du vent et la pâle dans l'eau doit être verticale. Une fois ces conditions acquises, Hervé me demande d'être prête au niveau du pilote automatique pour que le passage de l'un à l'autre se fasse instantanément; J'ai donc le pouce prêt à appuyer le bouton off et la main gauche prête à lever la manette de débrayage. Au "top" d'Hervé, je débraie le pilote automatique par ces deux mouvements simultanées pendant que ce dernier tire et bloque sur leurs poulies respectives les deux bouts bleus qui vont actionner la barre franche en fonction du travail de l'aérien et de la pâle à ce moment même actifs. La barre à roue se meue toute seule maintenant. C'est magique ! On peut le refaire, ça remarche; Dire qu'il a fallu des années de patience d'Hervé (d'impatience, pour Evelyn) pour arriver àce résultat. Car ce pilote "Atoms", a été adapté au bateau, de façon à ne pas entraver la jupe. En fait, il en est incorporé. Mais, ce ne fut pas sans souci et maintes modifications ont été requises pour en arriver aux performances d'aujourd'hui. 9 pilote au vent Et c'est précieux car nous naviguons avec seulement deux batteries et la batterie Vetus, achetée il y a seulement un an aux Canaries donne des signes de faiblesse. Nous ne pourrions pas faire marcher les pilotes automatiques de nuit. Dans deux jours et quelques heures, Papadjo se trouvera en face de l'Amazone ! A 2OO milles des côtes cependant. Là, nous sommes bien. L'horizon entièrement à nous, bien marqué par la mer bleue. Un seul cargo de jour ! Ce crétin, il n'a mis son radar en route qu'en croisant devant le bateau. Nous sommes sortis comme des trombes pour le voir se pavaner devant nous. Mais, ne râlons pas ! la nuit, faute de batterie costaude, nous n'allumons pas les feux de route. Par contre, nous nous faisons voir dès qu'un cargo se pointe. De toutes façons, leur radar leur signale notre présence et ce ne sont pas nos deux petits feux qui feront la différence. J'aurai hurlé, il n'y a pas si longtemps, si on m'avait dit que nous naviguerions ainsi. Il semble qu'au fur et à mesure, nous assimilions un tas de choses et relativisons en conséquence pas mal de nos opinions et de nos positions antérieures.

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Cargo en vue

Le poisson, ça ne donne pas encore. Hier, un gros nous a mangé l'hameçon qui termine le rapala. C'est encourageant. Cela signifie qu'un autre, plus rapace, ira s'essayer plus avant et se faire prendre. Hervé a remis à l'eau le rapala et a réparé le moulinet israélien pour mettre une autre ligne. C'est dire que nous ne désespérons pas alors que nous n'avons, il est vrai, pas apporté de soins à notre équipement. Il nous manque du fils transparent et les poissons semblent se méfier du fils costaud mais marron qui date de notre départ de France en 2OO1. Le menu des repas,malgré l'insuccès de la pêche, est toujours aussi bon : excellents fruits et légumes du Brésil et pain tout frais que nous avons cuit hier. Nous sommes plutôt végétariens maintenant. Le frigo ne marchait plus à Cabédélo. Branché sur du 22OV, il ne refroidissait plus et faisait un boucan d'enfer. Donc pas de viande, pas de poisson ! Cet idiot s'est mis à remarcher sur 12 V. Maintenant c'est trop tard et on a fait autrement.