ALIMATOU,EVELYN, ma petite filleule Diola

Il est des jours où nous sommes conduits à des expériences tout à fait hors du commun. Qui imaginerait en Europe, se voir introduire dans un milieu musulman, au plus intime d'une famille, pour une célébration sacrée comme un bapthème ? Dans tous les pays du Maghreb, les mosquées nous ont été interdites : lieux exclusivement réservés aux pratiquants.
Nous en avons ressenti comme un manque car nous étions aussi venus pour comprendre les musulmans dans leur foi et dans leur pratique. Or, ce qui s'est passé à Affiniam m'a touché au plus profond de moi-même.
Omar, le copain d'Abdou, a insisté pour que nous assistions au bapthème  de sa petite nièce, faisant retarder en cela notre départ. Avec les Diolas, impossible de refuser. Ainsi nous avions rendez-vous tôt le matin pour nous rendre chez sa soeur dont le  bébé allait être bapthisé.
P1010011Lorsque nous arrivons dans l'enceinte de la case, une assistance déjà nombreuse animait les lieux : les femmes en train de piler farine et arachide pour constituer cette pate spéciale qui sert aux cérémonies, les hommes à l'ombre de l'acacia géant devisant entre eux et les enfants allant de l'un à l'autre groupe. Deux grandes chaises nous sont réservés dans le groupe des hommes. Nous attendons. Un peu à l'écart, entre deux branches d'arbres, pend la chèvre que trois hommes commencent à dépecer. Puis Omar vient nous chercher pour nous présenter à la famille et au bébé à l'intérieur de la case. Dans la chambre obscure, se trouve la mère et l'enfant, une toute petite fille agée de quelques jours. La mère est très belle, dans un boubou mauve, coiffée d'un turban de même couleur, boucles d'oreilles et collier en or sur une peau d'un noir lumineux. L'enfant est posée sur le lit et dort. Elle est si petite et si belle déjà. Je la prend en photo, comme on me le demande. Elle ne porte pas encore de nom. Le nom sera donné et dévoilé lors du bapthème.
Puis, nous sortons. Arrive le père, aussi magnifique. Décidément c'est la famille des "je suis beau". C'est comme un honneur de photographier la beauté qui irradie de ce couple. Vais-je la rendre ? C'est là toute la question. Tous les membres importants de la famille se font faire le portrait. Puis, je rejoins Hervé toujours sur la chaise. Nous attendons à nouveau. Deux imans sont là pour la cérémonie. Nous sommes présentés. Après un certain temps, Omar vient me chercher et je me retrouve sans m'y attendre dans la pièce maîtresse de la case dans un cercle constitué par une parente assise à la Diola, cad les jambes étirées en avant, avec l'enfant sur son giron, les deux imans et quelques femmes de la famille. Omar et quelques autres sont à l'arrière plan. Les parents par contre ne sont pas présents.
Je réalise alors que la cérémonie du bapthème va commencer et j'y suis! incroyable mais vrai !

P1010031C'est très émouvant. Tout se fait en silence et en receuillement. Le premier iman tout de blanc vêtu s'installe devant l'enfant sur la natte et se penche sur elle, les deux mains posées délicatement sur son front pour la bénir. Il murmure une courte prière et laisse la place au second iman tout en bleu. P1010030On ressent comme une vénération pour le petit être venu au monde. C'est un acceuil hautement spirituel. Un panier rempli de la pate d'arachide est passé à l'iman qui distribue des portions à chacun. Sans doute, voulant m'honorer il m'en donne une pleine poignée. C'est bien consistant. Comment avaler tout cela ? Je suis sauvée par les femmes qui veulent se faire photographier autour de l'enfant. Prestement je dépose une grosse portion de ma boulette dans le panier qui est resté au centre du cercle et prend l'appareil photo. Le bapthème est fini maintenant.C'était court mais intense. La petite s'appelle Alimatou, Radi, Evelyn. Eh! oui! je suis marraine. Ca je ne m'y attendais pas. Cela va au coeur directement et quand le père me demande mes nom, prénoms, adresse pour l'état civil, j'ai du mal à contenir mon émotion. Ah! je me sens reliée désormais spirituellement à ce peuple Diola par ce bapthème. Où que je sois dans ce monde, Alimatou me retiendra à la Casamance et nous y retournerons.
Bien sûr, ils veulent tous que nous restions pour le repas. Mais la marée n'attendra pas et nous disons à Omar qu'il est temps pour nous de partir. Omar nous accompagne et me donne un sac qui contient de la viande de chèvre que la famille a tenu absolument à nous donner. Quand on pense qu'ici on ne mange de la viande que pour les cérémonies, ce don me laisse rêveuse quant à la générosité de ce peuple par rapport aux gloutons que nous sommes !