Eh oui! c'est décidé, nous partons le 1er pour le Brésil. Nous devions déjà partir mi décembre mais la Casamance nous a retenu pour Noêl. En fait Hyacinthe de Nioumoune, vu à Ziguinchor, n'a pas démordu jusqu'à ce qu'il obtienne que nous passions Noël chez lui.
Nous sommes repassés à Affiniam revoir Omar et ma petite filleule. Fatou, en l'absence de son mari, s'est chargé de nous et nous a entrainé dans un autre bapthème, celui de son petit neveu. P1010116Acceuillis royalement, nous avons mangé le repas de fête avec la famille proche. En soirée Fatou ainsi qu'Ami et Alimatou Evelyn sont venus à bord.
Omar de retour de Ziguinchor s'est joint à nous. Omar m'a un peu parlé de la Casamance, de leur combat pour préserver leurs droits. En fait, Abdou et lui font parti du mouvement des forces démocratiques de la Casamance. Abdou en est le porte-parole. Ils se sont exilés en Gambie pendant 1O ans, lors de la résistance.
"Nous avons beaucoup souffert", me dit Omar, beaucoup. Au début, nous combattions avec des batons et des flèches. Nous mangions un jour sur deux. C'était dur.
Qu'avions nous à voir avec le Sénégal? Rien, nos traditions, nos croyances ne sont pas du tout les mêmes. Même nos animaux sont différents."
Maintenant la résistance se passe par une insistance à préserver l'authenticité de ce peuple.
Abdou nous a bien dit à Ziguinchor, la dernière fois que nous nous sommes rencontrés.
"Dès que nous ne sommes pas d'accord, je fais du bruit, j'interviens à la radio. Je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas"
Ainsi notre musicien-poète-grand animiste-musulman-connaisseur en plantes, notre ami abdou est aussi une tête pensante de la Casamance.
Omar, le grand Omar, avec ses épaules de 3O cm, nous a confié qu'ils étaient ensemble dans le maquis, Abdou et lui. C'est de là qu'est
partie leur amitié.
Quel dommage, nous ne pouvons nous attarder à Affiniam. Nous sommes déjà le 22 et nous avons promis à Hyacinthe d'arriver à Nioumoune pour le 23. Ami, avant de partir, nous demande de rester en relation avec elle. C'est certain. P1010028Alimatou Evelyn et vous tous d'Affiniam, nous ne vous oublierons pas. Les nouvelles circuleront par Abdou, par Omar.Le 23, nous faisons du forcing pour arriver à Nioumoune avant le coucher du soleil. Il y a près de 2O voiliers au mouillage mais ce Noêl va se faire pour beaucoup à l'occidentale cad en petit comité. Seuls une quinzaine d'entre nous vont partager le réveillon du campement avec Hyacinthe qui nous entrainera ensuite tous à la messe de minuit.
La longueur du sermon n'a pas eu raison de notre patience. Une chorale déchaînée nous a propulsé dans une ambiance spirituelle des plus gaies.
Solange est là avec Jacqueline et tient à nous emmener de suite chez elle. Que faire lorsque pour nous honorer elle nous présente le plat de fête préparé par ses soins à base de salicorne des marais, ce que nous venions de manger au campement ? Nous avons goûté et déclaré que nous avions déjà bien mangé. Il n'y avait que trois plats de salicorne, pour cette nuit de noêl, trois plats pour la famille agrandie qui comptait au moins 5O personnes avec les enfants. Et tous se sont partagés le peu qu'il y avait. Les enfants se sont littéralement jetés sur leur plat.
Quand on pense à l'abondance de nos repas de fête, à la sophistication qui les entoure, aux coûts qu'il représente et quand on assiste en direct au Noël de Casamance, il y a de quoi se révolter. Se révolter contre notre appétit de luxe outrancier, notre démesure et notre inconscience.
Le 26, nous quittons Hyacinthe après un dernier apéro à bord et nous faisons route pour Carchiouane, ou plus exactement EnBoutcout, le belon derrière le village. Décidés de partir dans deux jours. C'était à nouveau compter sans la Casamance. Mamadou le sculpteur a mis le Hola dès le début "vous avez donné votre Noêl aux Chrétiens, il est normal que vous donniez le 31 aux musulmans" Et re-belote, nous voilà obligés d'accepter et de reculer notre départ. La grande fête musulmane "Tabaski" est prévue pour le 31. Mamadou nous attend pour la fêter chez lui. Il part à Ziguinchor pour chercher son mouton.
Alors, nous restons ces quelques jours. La préparation du bateau pour la traversée nous prend nos journées. Le soir, nous revoyions nos amis d'ici, Simon et Doudou qui construisent un bar sur les rives du  belon, Père Antoine qui fabriquent des petits objets artisanaux, Papies du Campement et Aurélie la douarneniste, Mamadou Le Flamboyant, ZIeng et beaucoup d'autres. Simon nous invite à partager sa pitance tout comme Papies et Aurélie qui nous acceuillent comme si nous étions leur famille. Tout le village est à la fête. Il ya des danses dans les cases  On nous fait de la musique et on nous introduit dans les danses. Comment va-t'on partir ? Avec quel coeur ? Plus grand, plus généreux, plus ouvert ? La Casamance, c'est sûr, nous a pris en main et nous a remodelé à sa façon. A nous de faire et d'être ailleurs aussi bien qu'elle ou approchant son excellence. Et pour le mot de la fin, l'expression d'Hervé concernant ce séjour parmi ce peuple Diola, si attachant et si hospitalier :
"Eh!bien, oui! nous recevons de pleine face les différences de l'Europe et l'Affrique., de la civilisation matérielle d'une part et la société traditionnelle d'autre part. Nous nous disons que voici quelques décennies nous étions un peu comme eux, et puis les satisfactions matérielles ont tout emporté . Notre vie sociale est vraiment égoïste. Nous ne saluons pas notre voisin, n'avons pas le temps de créer des relations,jouons de nos possessions, encore que je trouve que la génération de nos enfants est meilleure que la nôtre.

Bien sur il n'est pas question de fuir notre milieu social qui nous fait vivre, mais de comprendre et surtout d'essayer de vivre notre vie.

Il est indéniable que notre vie est trop matérielle et que nous y sommes attachés. Malgré nous, nous en tirons satisfaction face à ces sociétés dites primitives. Pourtant l'homme est spirituel, et nous avons eu l'étonnement d'avoir ici des discussions très poussées avec des Diola, ce que l'on peut rarement avoir chez nous.
Alors il faut savoir s'arrèter, et dans notre milieu faire en sorte de recadrer notre comportement et notre approche  des autres , Car je trouve que c'est là le point principal. L'égoisme, c'est d'être retourné sur soi; le spirituel regarde l'autre, parce que nous sommes tous de la même condition, appelés à être heureux ensemble "

Comme cela va être dur de ne plus dire "Kassoumaye" (bonjour)à tous ceux que nous croiserons !
Au revoir la Casamance ! Au revoir mais à un de ces jours, au terme d'une longue navigation à travers les autres continents qui nous attendent maintenant.