A PENANG ENTRE SINGES ET GRATTES-CIEL.

5°25'N/100°20'E

Enfin, nous arrivons à Pénang où nous devons rejoindre nos amis canadiens, Tony et Connie, venus en ferry de Langkawi pour faire un visa pour la Thailande.

L'île de Penang jouit d'une position stratégique dans le détroit de Malacca. Ce fut un carrefour commercial d'importance au moment de la colonisation britannique. Un certain capitaine Light y aborda en 1786 et y établit un comptoir pour contrebalancer ceux des hollandais en Indonésie avec l'aval du Sultan de l'époque qui obtenait en contrepartie protection contre ses ennemis.

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Les terres y étaient marécageuses et porteuses de malaria. Light eut l'astucieuse mais cruelle idée de les faire nettoyer par des coolies chinois en  bombardant littéralement les eaux marécageuses de pièces de monnaie d'argent chargées dans la gueule des canons de son navire. Combien sont morts à la cueillette ! Cela semble ne pas avoir beaucoup d'intérêt pour l'histoire.

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Il en est resté tout de même de ces chinois qui ont réussi par leur travail et leur habilité à traiter avec les anglais à se hisser dans la société, à faire venir leurs congénères. Pénang devint leur île plutôt que celle des malais. Ils y bâtirent des temples somptueux et regroupèrent leurs clans en sociétés secrètes.

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Le clan des KHOO à l'heure actuelle.

Quand les anglais préférèrent s'installer à Singapour, ils laissèrent l'île en location aux chinois. Penang devint alors le tripôt de l'Asie, avec ses bordels et ses fumeries d'opium, enrichissant considérablement certains chinois tout en expédiant beaucoup au cimetière.

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LE TEMPLE KHOO KONGSI

L'île a acquis son indépendance en 1957 et fait partie maintenant de la fédération de Malaisie. Georgetown, sa ville historique, est classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2008 et connait depuis un véritable renouveau culturel et touristique.

Nous abordons l'île par le sud et passons par un premier pont tout nouveau et non répertorié sur nos cartes- qui relie Penang au continent malaisien sur quelques 34 km de long !!!


Nous nous dirigeons immédiatement après ce pont vers l'île de Jejewak, qui longe l'île de Pénang et fait face à la grosse ville moderne hérissée de gratte-ciels à quelques milles de Georgetown, la ville historique.

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Nous progressons lentement pour trouver un mouillage adéquat. Les profondeurs sont variables. Une très jolie baie ceinturée de plages et de rochers prolonge de sa couleur de sable et d'eau bleue la muraille de jungle qui s'élève sur les collines. Allez, c'est bon sur 7 mètres de fond !

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Nous mouillons à environ un mille d'un petit débarcadère de pêcheurs.  Mais qu'importe ! nous sommes bien chez nous dans cette baie et l'oppression de la ville moderne ne nous y rejoindra pas.

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On prend un café dans le cockpit et de suite, le regard est attiré par des mouvements sur la plage. Une bande de singes s'y agite. C'est fou ce qu'il y en a. Peut-être une quinzaine. Les plus gros ont des allures de félins. Ils ne sont pas les seuls d'ailleurs à investir les lieux. Un énorme lézard que je prend pour un crocodile, se déplace lentement et lourdement pour disparaître ensuite dans les hautes herbes qui bordent la plage. Bouh ! ça me parait craignos, cette jolie plage ! je ne me vois pas du tout en situation de marcher sur le bout de queue de ce monstre. Et pour le bain, merci beaucoup, car au fil des jours, on en verra des congénères de ce reptile, plus petits certes, mais dans le même genre assurément, avec la langue qui se lance et se rétracte, aller faire trempette sur le bord et aussi plongette un peu partout. Alors, imaginez un peu. Vous y allez dans votre petit maillot. Vous pensez que c'est une algue qui vous chatouille et vous voyez apparaître un ignoble reptile. Il y a de quoi s'évanouir sur place. Très peu pour moi ! je le dis tout de suite à Hervé.
-Cette plage, c'est trop sauvage. Je n'irai pas.
- Mais tu es folle, ce ne sont que des singes !
- Oui ! et qu'est-ce que tu fais des lézards géants ?
- Enfin ! si tu ne veux pas y aller, moi, j'irais tout seul.
Eh bien voyons, vas-y, mon capitaine ! no problem !

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En face de toute cette sauvagerie, à un mille donc, il y a la jungle de la ville moderne, supermalls, gratte-ciels en désordre dans l'espace. Et au milieu , sans chercher du tout à relier ces deux mondes si différents, les aigles pêcheurs, blancs aux ailes bleu-gris, qui planent en cercles de plus en plus menaçants  sur leurs proies aquatiques. C'est beau jusqu'à ce qu'ils se groupent sur les arbres de l'île et fassent entendre leurs cris de satisfaction ou d'appel semblables à de vulgaires coincoins de basse-cours

Le décor est posé. C'est ici que nous allons vivre une bonne dizaine de jours.