COMMENT VISITER L'ILE DE PANGKOR SANS LE SAVOIR ET COMMENT DANSE-T'ON LE "MACAQUARIBO" ?


Surtout, ne vous adressez-pas à une agence de voyage ! faîtes comme nous ! Vous arrivez à la voile par le chenal sud entre le continent et l'île de Pangkor avec le courant qui vous pousse au nord, bien sûr. Vous détournez de suite vos yeux de la superbe nouvelle marina inserrée dans un condominium de luxe qui vous servira le même menu que les autres marinas : pontons, piscines sophistiquées et salle de gym.


Et vous avancez en découvrant une à une les baies de l'île, encerclées de rochers et tapissées par la jungle des collines. En cherchant votre mouillage, vous passez les villages de pêcheurs où les bateaux s'encastrent dans des rateliers comme des chevaux avant la course. Curieux bateaux. Du jamais vu. Ce sont comme des chateaux flottants, de toutes les couleurs, avec leur tour d'observation et de commande nichée très haut au-dessus des étages d'habitation.

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Mais tout cela ne donne pas d'endroit où mettre l'ancre. On vit au feeling dans ces instants-là.

   - Regarde, là-bas ! après les rochers. Il y a moins d'habitations  et comme une baie.
- Oui, peut-être. Ca correspond bien avec la carte.

Nous parons un alignement de rochers qui s'avancent sur le chenal et délimitent  une baie assez spacieuse cerclée d'un ruban de sable, de quelques maisonnettes de pêcheurs et d'un petit chantier naval. C'est tout bon cela. Reste à voir les profondeurs.
- Hervé, pas de problèmes. J'ai du 7 en constant. Tu peux aller à l'ancre.
Et nous voici  à distance respectueuse des rochers et pas trop loin de la berge tout de même.

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- Pas besoin du moteur pour la barque. On fait ça aux avirons.
- Tu crois ?
- Sans problème.
Il faut faire confiance au capitaine breton pour lequel la marche à la godille ou aux avirons n'a pas de secret. Ce sera pour demain, cependant.
Ce soir, on se sert deux verres de notre "liquide-vaisselle" et nous nous installons dans le cockpit pour observer les allées et venues des bateaux-châteaux qui vont ou reviennent de la pêche. Ah ! ce n'est pas dans la marina trucmachin qu'on pourrait voir tout ça. En plus, le spectacle est gratuit, Msieursdames !

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Le lendemain, mise à l'eau de notre barque "Nénette". C'est qu'elle s'est bien reposée celle-là depuis Bornéo et aussi depuis que nous sommes partis de Danga Bay/Johor, nous n'avons trouvé aucun intérêt à aller à terre.  Nous sommes à l'étal et c'est sans difficulté que nous accostons près du petit chantier naval. La nénette est hissée sur la plage et amarrée à un arbre. Nous cachonsles avirons dans une maison en ruine et  rejoignons les hommes du chantier qui nous indiquent un sentier conduisant à la route.

Ah ! c'est que nous nous retrouvons sur du bitûme, mais du bitûme en pleine jungle; Et si nous ne le savions pas, les singes qui se balancent sur les gros cables électriques au-dessus de nos têtes nous le font vite sentir.
- Ah ! tu as vu....les singes.
- AH ! mais attend ! tu vois celui-ci. Il avance sur nous.

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Il s'agit d'un mâle et son allure n'a rien de rassurant; On se souvient de suite des attaques de mâles au parc de Bako sur l'île de Bornéo. Et là, c'est plus délicat avec ce zig juste au-dessus de nos têtes. J'en ai comme mal à mes cheveux, nom d'une pipe ! Hervé, pire, car il se souvient d'un singe sur le rocher de Gibraltar qui avait investi, sa tête d'abord, ses épaules ensuite.
- Hervé, allons vite chercher des bâtons !!

Et je cours de mon côté. Je me saisis d'un gros gourdin; Hervé de son côté a trouvé un bon bâton. Et nous nous rejoignons tous deux. On brandit nos bâtons vers le macaque. Ah ! ça ne lui plait pas trop ! comme qui dirait, il a moins d'allant. Il rejimbe à avancer maintenant. Disons plutôt qu'il repart sur son cable, la queue entre les jambes et le reste de la troupe a compris qu'ils ne danseront pas le "macaquaribo" sur nos épaules en nous cherchant des poux dans la tête.
Ouf ! ça va mieux !

Tiens, un panneau de signalisation. La ville est dans 3km. Pas de problème ! on est armé et on a besoin d'exercice après tous ces jours de mer sans débarquer. Mais le passage de petits minibus roses remplis de péquins ranime les auto-stoppeurs faigneants que nous ne cessons d'être.
-ça irait plus vite !
Lapallisse en aurait dit autant !

Au troisième minibus, nous voici embarquer pour la ville, du moins, le pense-t'on!!!!

                                                                                                 
ALLONS A L'AVEUGLETTE


Dans notre minibus, il y a une petite famille d'Indiens de Malaisie : le père, la mère et leurs deux ados, fille et garçon.
Nous pensons que tout ce monde se rend en ville comme nous. Le chauffeur nous dit que tout d'abord il va s'arrêter ailleurs. Nous ne comprenons pas trop mais c'est ok.
Défile un premier village de pêcheurs. Puis, le minibus bifurque et s'éloigne de la route principale. Nous sommes tout sourire et prêts à tout après les singes. Quelle n'est pas notre stupéfaction quand le minibus passe sous un portique genre dolmen aux pierres décorées et stoppe le véhicule au beau milieu d'une douzaine d'autres minibus roses dégorgeant des touristes chinois, Indiens et Malais devant un temple chinois peinturluré en tous sens et étageant ses toitures en pagode sur une colline.

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Nom de Dious, on ne s'y attendait pas à cela. On nous fait comprendre dans un mauvais anglais qu'on nous reprendra après la visite pour nous emmener en ville. Il suffit de repérer notre tribu indienne. OK ! OK !
Nous commençons à comprendre que ces minibus roses sont affrêtés par des petits groupes pour la visite touristique de l'île.
Ok ! Ok !

Ce temple chinois n'est certes pas des plus anciens et des plus beaux. Son bassin constitue le point le plus intéressant. Y nagent dans très peu d'eau d'énormes poissons très épais, d'au moins deux mètres de long au milieu des traditionnels poissons rouges ou blancs. Les femmes malaises, toutes voilées, aux longs habits difformes et bariolés tout comme les chinoises en mini short ou jupette et les indiennes en sari,  s'absorbent dans la contemplation de ces poissons spéciaux. Nos indiennes, elles, sont modernes sans exhibition. La jeune fille porte un T.shirt blanc sur un jean orange bien coupé. Sa mère n'a rien de traditionnel non plus à l'exception du troisième oeil bien rouge au milieu du front.

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En Malaisie, ce contraste entre les Malaises musulmanes, les Indiennes Hindouistes et les Chinoises libérées est toujours saisissant. On dirait que ces dernières en font d'autant moins que les autres en font plus. Les petites malaises sont voilées comme leurs mamans. Et on se dit qu'elles vont passer leur vie entière dans cette barricade qu'est le voile alors que les garçons malais, eux, sont vêtus à l'occidentale. Sympa, les mecs !!!!                      

Nous commençons à sympatiser avec notre petit groupe. Le chauffeur arrive avec notre minibus et en avant pour la ville. C'est ce que nous croyons ! Et bien, non ! nous nous arrêtons devant un fortin en briques rouges datant de l'occupation hollandaise, il y a environ 400 ans. Dans un pays qui a peu de vestiges anciens, ce fortin constitue un summum d'ancienneté.

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Le chauffeur va s'arrêter un peu plus loin devant deux rochers monumentaux donnant sur une petite plage pour nous montrer le dessin gravé d'un dauphin , gravé par qui ? par un hollandais du temps de Louis XIV bien sûr ! AH ! c'est suprême. Nous allons expirer !! n'empêche qu'on s'y fait très bien, à ces temples chinois peinturlurés, à ces fortins en ruine et à ces rochers historiques. Continuons la balade ! c'est ce que nous faisons comprendre à la petite famille en lui disant que nous participerons aux frais. Le chauffeur, de suite, nous fixe le prix. Et en avant pour le reste !Le minibus redémarre et cette fois-ci se gare en ville devant un restaurant indien, bien sûr. Nous avons 45 minutes pour apaiser notre estomac avant qu'il ne nous reprenne.

Les Indiens et nous faisons maintenant table commune. Ils sont en vacances sur l'île; Autrement, ils habitent à Port Klang d'où nous venons en bateau. C'est sympa, on peut déjà parler de lieux que nous connaissons. Nous nous présentons réciproquement. Il nous reste en mémoire que le garçon de quatorze ans s'appelle "Krishna". Facile ! quant aux autres prénons, nous les oublions aussi vite que nous les avons entendus.

Notre chauffeur nous reprend comme prévu. Où va-t'on ? il semble que nous sortons de l'agglomération principale. Et oui, nous prenons le large maintenant. Une plage apparait luxuriante. Une autre. C'est bien beau tout cela. La route serpente le long de la mer parmi la jungle. Nous débouchons sur une grande plage cernée par des campings et des petits complexes hôteliers. Le minibus s'arrête. Tout le monde descend.
- Notre hôtel est là. Mais vous pouvez retourner en ville avec le minibus si vous le voulez.
- Oh ! merci ! mais nous allons rester un peu sur la plage;
Nous payons tous le chauffeur et nous nous séparons en remerciant cette petite famille qui nous a permis cette visite de l'île à l'improviste.

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A nous la plage maintenant. Il n'y a que des touristes de Malaisie ici. Les indiens et les malais se baignent tout habillés. Les chinois arborent des maillots de bain, bien sûr. Les malaises, tout engoncées dans leurs habits difformes, s'amusent comme de petites folles à chevaucher les flôts dans un espèce de gros canapé en plastique bariolé tracté par un speed-boat. Elles sont obligées de sauter dans l'eau avec leurs longs voiles quand le tour est fini. Savoir comment elles vont faire sécher tout cela ou se changer... C'est une énigme.

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En fait, tout le monde est éjecté à l'eau sur ces bateaux rapides qui font la navette entre les îles également. Un groupe de jeunes chinois en jeans venant avec un canot se jettent à l'eau pour permettre au canot de se mettre à sec. Incroyable, mais vrai ! le canot débarrassé de ses passagers fonce à tout allure sur la plage. Le conducteur, au dernier moment, lève le moteur et propulse le canot sur dix mètres sur le sable sec. Ca s'appelle "se mettre au sec aussi sec !" je crois.

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Comment est-on revenu sur le bateau ? avec un minibus rose, évidemment !