De Johor Barhu/Singapour à Cap Rachado/Port Dickson
1°28'.45N / 103°43'.35E                2°28N / 101°50E

DEPART ET PREMIERS MOUILLAGES.
 
A marée haute, le 20 octobre, Lawrence et un couple de français sont venus désamarrer le Papadjo. Captain Tintin et son épouse étaient venus juste avant pour un saludo d'amigos.

Ca y est nous sommes largués. Nous dépassons allégrement la marina, les complexes énormes qui se construisent sur le strait, reposant sur du terrain gagné sur l'eau à grand renfort de sable déversé par des barges géantes qui travaillent jour et nuit. Et nous prenons le lit du strait avec d'un côté, la jungle de Singapour et ses gardes-côtes, immobiles, à l'affût du moindre écart que l'on pourrait faire pour dépasser l'invisible frontière que Singapour a avec la Malaisie sur le strait. Passé le pont qui enjambe les deux pays, on met à la voile  pour gagner l'eau libre en parant les cargos amarrés dans l'embouchure du strait. On connait bien cet endroit -à lire les tribulations de Papadjo- et on ne désire pas du tout, mais pas du tout s'y attarder.

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Le but de la journée est de gagner un mouillage pas du tout protégé en dehors des straits.
On se rend compte qu'il y a tout de même quelque chose qui cloche dur. Et surtout le lendemain quand nous gagnons le second mouillage, plus protégé celui-là, les îles Pisang. On a tout contre : le vent et les courants. Impressionnant ! souvent, on avance à un seul petit noeud. Nom d'une pipe, on a parlé de tout et de rien, sauf des courants.

Arrêt aux îles Pisang, bien jolies. Enfin de l'eau à peu près propre. Hervé décide de plonger pour nettoyer à nouveau le Papadjo. Je fais de même mais dans la documentation nautique pour découvrir que nous ne devons remonter le Malacca Strait qu'à marée descendante; Ca ne fait pas très logique mais c'est pourtant le cas. Nous avions tout faux les deux jours précédents.
Comme Hervé a tout faux avec le guindeau qui ne veut pas remonter les 4O mètres de chaîne malgré tout le soin qu'il lui a donné au ponton. Et Ho hisse, Captain ! A ton bras courageux !!

Après les îles, nous sommes bien dans le vif du sujet. Voici le rail, impressionnant avec tous ces cargos qui se suivent à un ou deux milles de distance, les longues barges tractées par les pousseurs, les chalutiers et les petits pêcheurs. Mais il y a tout de même de la distance pour naviguer avec Papadjo sauf quand on quitte un mouillage de nuit près de la côté et qu'on doit zigzaguer pour éviter les filets des petits pêcheurs. Ils sont là, comme s'ils vous attendaient, en ligne verticale les uns après les autres, immobiles devant le drapeau qui signale leur filet, filet qui s'étend considérablement. Bien sûr, Papadjo, dériveur intégral, peut passer dessus sans problème. Mais gare au pêcheur qui veut vous faire croire que vous avez endommagé son filet et réclame illico une compensation.
- Hervé, il vaut mieux gagner le rail que de continuer en oblique ainsi. On va faire que ça, rencontrer ces filets. Tiens, un autre à nouveau.
- Quoi ! tu veux rallonger la route ! déjà, nous n'avons pas de vent et le courant se fait contre.
Et on évite le dernier.

 

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Mouillage sauvage près de piquets qui servent de piège à poisson. Le coucher de soleil est superbe sur ces étendues d'eau tranquille et un pêcheur revient justement du piège à poisson. On le hèle. A-t'il quelques poissons pour nous ? Le type s'approche, on lui tend un seau qu'il remplit de crevettes et de poissons lune; super ! quand on sort le porte-monnaie pour le payer, il refuse. Combien de fois n'a-t'on pas été pris d'admiration pour cette générosité des petits  pêcheurs !

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Au repas de ce soir, moqueca de camarao, comme au Brésil- mijotée de crevettes aux épices et au lait de coco, servie avec du riz; Hum ! un delicio !
Ca, c'est la vie de mer comme on aime. L'imprévu ! la beauté de la mer aux derniers rayons du soleil et le petit pêcheur qui revient avec sa pêche et vous l'offre, comme un cadeau des Dieux pour vous, passant les océans.

MALACCA ET LE GRAND VOILIER BLEU.

Nous faisons route aujourd'hui sur Malacca, le célèbre comptoir portuguais qui a donné son nom au détroit. Normalement, les bateaux ne s'arrêtent plus là car la seule marina qui pouvait les accueillir s'est depuis ensablée ! Du large, ca ne paie pas de mine, mais il parait que la ville ancienne est fort interressante; Le mouillage donné ne nous inspire pas du tout, si bien que nous sommes prêts à repartir quand, après consultation de la carte, nous voyons que nous pourrions nous abriter derrière une petite île toute proche. Il y a du fond pour son approche et nous pourrons mouiller dans 5 à 7 mètres. Et nous nous engageons.

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Au loin, un voilier qui semble au point mort entre deux cargos. Il semblerait maintenant que le voilier se dirige vers nous à grande vitesse. Tiens ! Et c'est vrai. C'est un énorme bateau bleu marine, pratiquement le double du nôtre avec du peuple à bord, pardi ! Il porte un nom italien quelque chose comme une femme de mauvaise vie, un nom lugubre. Ils arrivent à notre hauteur et de suite virent de bord pour faire route avec nous? Tiens !

Les profondeurs sont bonnes, 7 mètres en constant. Ce quillard n'a rien à craindre en nous suivant.Mais il a le tord de se placer à notre babord à une dizaine de mètres de distance où les fonds sont moindres.
- Tu vas voir, Evelyn, ils ne peuvent pas, avec leur tirant d'eau, continuer ainsi
 La petite île est pourtant là avec son air accueillant. Et comme l'avait prédit Hervé, le voilier bleu, soudain, s'arrête, vire de bord et prend la direction du port.

AH ! comme  c'est bête, car où va-t'il mouiller maintenant ? On a vu combien c'est risquou dans le coin avec des hauts fonds partout dans la baie.
Et nous sommes déjà ancrés alors qu'on peut voir le grand voilier bleu cherchant de ci, de là où poser son ancre. Il disparait dans les infrastructures du port; Il a dû trouver un fond convenable, sans doute.
Et nous l'oublions !!!

Mais, lui, ne nous oublie pas. Le lendemain, à l'aube, nous partons pour rattraper la descendante et le courant qui va avec. Direction Port Dickson ou s'il n'y a pas de vent, un mouillage à l'abri du cap Rachado. Très tôt, un voilier apparait et aux jumelles, on voit que c'est le voilier bleu. Vue sa taille, la puissance certaine de ses voiles et moteur, pour sûr, il va nous avaler comme le requin un petit poisson. Mais, non ! incroyable ! il vient mais reste toujours sur notre bord et à petite distance de nous. Et nous ! nous avançons sous voile, petit, petit, dans les 3 nds. Lui, a déployé un bout de génois.  
- Et si nous allions au mouillage du cap Rachado puisqu'il n'y a pas de vent du tout ?
- Alors, changeons de cap !

Le cap Rachado est en vue, assez impressionnant dans cette côte malaisienne qui étire en longueur sa platitude. Le voilier bleu se cale immédiatement dans le même cap que nous.
- Tiens ! le voilier prend le même cap que nous maintenant.
- Je te dis qu'il fait la même chose qu'à Malacca, il nous suit.
Bizarre !! un voilier de cette envergure ! suivre un petit Papadjo ? C'est peu croyable !

Le cap est bien en vue maintenant mais se fait sentir une bonne brise qui gonfle nos voiles. Du 3, on passe au 5. Nom d'une pipe ! ça fait du bien ça !
- Evelyn, tu veux toujours aller au mouillage !
- Que non ! on va se la prendre cette brise, même si ce n'est pas pour longtemps. Au moins, elle nous fera passer le cap sans problème.

Nous sommes alors à 5 milles du Cap et donc à 15 milles de Port Dickson.
Changement de cap pour parer le Rachado qui est défendu au large de sa pointe par une bouée! le voilier bleu continue  vers le mouillage jusqu'à ce qu'il se rend compte de notre changement de direction. Mais voilà, il est maintenant trop bas pour parer le cap Rachado. Il a toujours le bout de génois. C'est malheureux tout de même, avec les belles voiles qu'il doit avoir ! maintenant il réagit et à fond la caisse, il prend un nouveau cap, génois et moteur, nous remonte sur notre babord et peut-être un peu vexé, nous double et prend bien l'avant. Nous ne sommes pas les seuls; Un first 40 s'amuse, toutes voiles dehors à dépasser tout le monde. Ils sont gités à mort dans la brise qui forcit. Et ça forcit, diable ! nous n'avons plus le temps de nous occuper de qui que ce soit.
- Et si on réduisait ?

Ca, c'est une phrase qu'on a pas entendue depuis longtemps. Réduire alors que jusqu'à présent c'est plutôt affaler et mettre au moteur.
Nous sommes à douze noeuds de vent, voiles toutes. Le Papadjo gîte. Hervé va au mât et prend un premier ris.

On passe à 14-15-16 noeuds; C'est trop. Il faut réduire à nouveau. Le First est en train de pulvériser la bouée du cap. Le voilier bleu qui a marché bon train au moteur, semble immobilisé au niveau de cette bouée. Son génois est enroulé.
- Mais qu'est-ce-qu'il a ? regarde ! il a quitté son génois et ne bouge plus. Il s'est peut-être pris un filet.

Nous marchons maintenant avec trois ris dans la grand voile. Il a fallu ramener diablement le génois en lui laissant son mouchoir. Et nous sommes trois quarts arrière; La joie !Heureux car nous avons retrouvé tous nos réflexes dans les manoeuvres de voile. Et nous voici à hauteur de la bouée et du voilier bleu.
- Mais qu'est-ce qu'il fait ici, Bon Dieu ?
- Il nous attend.

Aussi incroyable que vrai, il nous attend. Car dès que nous le passons, il reprend la route avec nous, au moteur seul, dans cette mer agitée maintenant, là où l'on sait que la voile est supérieure au moteur.
Il faut parer les hauts fonds du Cap Rachado avant de virer pour rejoindre Admiral marina près du Port Dickson. Le voilier bleu nous suit maintenant sans chercher à se mettre sur un de nos bords. Il a remis une partie de son génois. Enfin, nous sommes à hauteur de la marina. Nous virons.
Mais le voilier bleu n'est plus dans notre sillage.
-Regarde ! il est parti. Il prend la pleine mer.
- Mais, c'est fou, ça ! c'est fou !

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A la marina de Port Dickson, un voilier de 66 pieds est attendu. Je reconnais son nom qui est affiché sur le tableau. C'est notre voilier bleu.
- Vous attendez ce voilier ?
- Oui, ils nous ont envoyé un mail pour réserver pour trois ou quatre jours.
- Eh bien ! je doute que vous les voyiez un jour.