Malacca Straits 1

Depart de Danga Bay Marina/ Johor Barhu.

Et nous sommes partis de Danga Bay Marina le 20 octobre 2013 après un faux départ vers le 13, histoire de revisiter à nouveau le moteur. Papadjo pourtant trépignait sur ses laisses dans les eaux sales de Johor Barhu. Tant de temps au ponton ! à croire qu'il devenait un toutou devant la niche !

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C'était que la niche n'était pas forcément déplaisante; Danga Bay Marina sur Johor Barhu est une marina où nous avons bien vécu, avec de bons amis, dans une atmosphère tout de même urbaine, avec des virées à Singapour et à Johor mais rien que des pontons pour rappeler la navigation; En Malaisie, les marinas servent de décoration aux immenses condominiums crées sur du terrain conquis soit sur la mer soit sur les bras de mer comme à Johor. Elles sont gérées par des managers qui ne connaissent rien au bateau et à la voile en général et sont habituellement située à l'écart de tout.

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Et nous sommes partis pour remonter le détroit de Malacca (Malacca straits comme cela se dit ici en anglais), avec une tonne de recommendations, pas de quoi être enchantés de la navigation. Ce n'est pas la mer que nous allions voir mais des quadrillages. Premier quadrillage, celui du rail des cargos montant et descendant le détroit. Surtout à éviter celui-là. Second quadrillage, celui des remorqueurs de grosses barges, dans les deux sens aussi. Puis les chalutiers du coin, en tous sens. Puis les petits pêcheurs dans leurs pirogues à moteur posant n'importe où leurs filets.
-Et nous, dans tout ça, où passe-t'on ?
-Eh bien ! vous vous glissez dans le couloir entre les cargos et les remorqueurs.
Et ce n'est pas tout.
- Pas question de naviguer de nuit !
- Ah bon ! et pourquoi ?
- Parce que la plupart des bateaux de pêche sont mal ou pas du tout éclairés et c'est l'anarchie au niveau des filets qui peuvent très bien ne pas avoir de signalisation lumineuse. Et puis, c'est la nuit que les pirates attaquent les rails. Pas question de naviguer dans les eaux indonésiennes où ils pullullent. Restez bien dans les eaux malaisiennes. Tenez, je vais vous en donner un petit aperçu.
Cette fois-ci, c'est notre voisin amigo, el commandante Tintin, qui nous fait la leçon. Il a ses tiroirs secrets dans des logiciels professionnels concernant la piraterie dans les Malacca Straits. Et pour cause, il a commandé un cargo pendant 22 ans. Ca pose, ça !!
Et nous restons bouche bée devant la fenêtre internet qui s'ouvre; Une multitude de petits signaux jaunes sur le rail, particulièrement au 1/3 à partir de Singapour.
- Et c'est maintenant, ça ?
- Oui ! c'est maintenant.
Il y a de quoi couper le souffle et on en aurait presque le hoquet. On se rappelle cependant que les guides nautiques indiquent que les pirates de Malacca préfèrent le gros au petit que nous sommes. Ca rassure un peu, tout de même. Mais enfin !!!
Et on enchaîne :
-Etes vous bien sûrs de vouloir partir maintenant ? C'est encore la mousson du Sud-Ouest et vous pouvez vous prendre des coups de Sumatra. C'est mieux d'attendre le renversement du mousson vers la mi-novembre.
Oui, c'est mieux, mais comment dit notre ami Lawrence : you are now like the horse champing at the bit- comme le cheval qui a le mors aux dents et en langage marin invention du bord, comme le bateau écumant son sillage.
Donc, ce n'est pas étonnant qu'après tout ça, il y en a qui se figent à Danga Bay ou dans une quelconque marina pour des années. Nos voisins dans les marinas sont tapis  dans leurs bateaux, air conditionné à plein, invisibles et mystérieux. La mangrove pousse dans les barbes des coques et les huîtres bien plaquées et planquées s'y incrustent en colonie. Cela a un côté sympa. Nous sommes les seuls à investir l'extérieur et nos repas dans le cockpit n'incommodent personne. Et pourtant, s'ils savaient -car ils ne savent plus- combien le petit déj est délicieux à la fraîcheur du matin, qu'il fait bon dans la matinée et que le repas du midi peut se prendre aussi dehors. Après, bien sûr, ils ont raison. Mais c'est l'heure de la sieste et des ventilateurs. Et puis, le soir, Dieu ! c'est là qu'ils manquent ! les soirées sont divines avec les petites brises de mer et la lune qui vient se pencher vers vous avec son croissant argenté;  On ne voudrait jamais aller se coucher.

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Donc, pour les navigateurs,  la Malaisie, c'est une impasse de première. Pas de vent tout le temps ou vraiment trop pendant dix minutes seulement avec les dégâts que cela peut amener (attention aux voiles) -vie pas chère et marinas abordables (pourquoi aller voir ailleurs) ! eaux plus que sales et encombrées (attention aux hélices) ! bouchée par la piraterie dans l'océan indien (Vous risquez votre vie) ! Un bon bouchon que celui-là car il faut avoir le courage de s'extirper de l'humidité ambiante pour revoir la mer libre jusqu'au Cap de Bonne Espérance. Donc la Malaisie, paradis de certains, piétinement pour d'autres. Mais en tout cas, pire que la Méditerannée au niveau navigation. Seul intérêt : de là, vous prenez n'importe quel avion pas cher pour visiter l'Asie. Il faut dire que nous ne nous en sommes pas privés avec la Thailande, le Laos et bientôt l'Inde. Et seule philosophie :
- Votre bateau, c'est maintenant un appart ! vous ne bougez pas ! seulement pour un petit voyage en avion quelque part ou pour retourner dans votre pays à la saison humide.

Mais qu'est-ce qu'on vient faire ici ?????

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En tout cas, nous prenons dès maintenant la sortie, cad la remontée du détroit de Malacca qui débouche sur la Thailande et l'océan indien. Certains vous rigoleront au nez car ils ne croient plus qu'on puisse s'en sortir tant ils ont fait des allers-retours depuis des années avant de laisser les huitres et la mangrove envahir leur coque. D'autres vendent, vendent leur bateau-appart. D'autres comme nous, car il y a un lot de navigateurs tout de même, écaillent et débroussaillent leur bateau promu à de nouvelles traversées dans son élément naturel : la Mer.