Traversée Bornéo/Kutching- Singapour

Nous avons fait un check-up avec Georges, notre voisin hollandais sur son immense catamaran. Les vents sont favorables pour la traversée de la mer de Chine.
En ce dimanche 20 janvier, Papadjo quitte donc le mouillage de Santubong pour aborder la passe de la rivière pour l'étal
de marée haute. Isis, le cata, apparemment suivra demain car du linge sèche encore sur les bastinguages. Ausprey, le bateau australien reste aussi au mouillage. Parti pour la traversée, il y a deux jours avec deux autres bateaux, il nous est revenu. Panne de pilote devant le cap Datu après 10 h d'ardue remontée au près. Son capitaine répare pour repartir aussi sec. Tout le monde craint cette traversée pour Singapour. Il a fallu attendre plus de deux semaines pour que le premier bateau de notre groupe s'élance à l'assaut du Datu; rude traversée pour Sage avec Tonnie et Connie, nos amis canadiens, maintenant à l'abri dans une marina de Singapour.

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La montagne de Santubong est encore encapuchonnée de brume se dissipant lentement pour faire place à un ciel clair. Nous prenons l'alignement de sortie puis celui d'une épave et sortons sans problème. La mer est houleuse, reste des derniers jours de mauvais temps. Aux abords de la petite île derrière laquelle nous voulons ancrer, elle se charge de gros rouleaux. Pourvu que l'on soit bien protégé pour la journée et la nuit. C'est une île assez haute faisant parti d'une réserve naturelle. Nous voyons déjà de gros tourbillons produits par les tortues qui font légion ici.
Le mouillage derrière l'île n'est pas trop turbulent. Une tête de la grosseur de celle d'un homme émerge et disparaît aussitôt. Mais l'eau est plutôt trouble et n'invite pas à la baignade.
Toute la nuit, il pleut. Décidément, cela n'arrêtera jamais dans ce pays. Au petit matin, on se trouve dans le capuchon d'une épaisse couche nuageuse grise et violette. Tant pis ! nous partons.
Et c'est la remontée vers le cap Datu distant de quelques 40 milles. Hervé a monté la grand-voile.
Le vent est faible et instable, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, vent arrière, vent de travers, plus au vent, n'importe quoi. Gouttes de pluie ! c'est sûr que cela devait nous arriver avec tous ces mauvais nuages. Et puis, c'est le déluge, mais le déluge pendant des heures et des heures. Hervé reste à l'extérieur pour gérer la voile sous la pluie intense, dans le tonnerre et les éclairs. A peine a-t'il commencé à établir la voile d'un côté que le vent change de direction et l'oblige à tout refaire. De guerre lasse, il établit la voile au centre et tâche de la porter d'un côté ou de l'autre suivant les humeurs du vent. Le vent est portant mais on ne l'utilise guère car on ne peut pas établir convenablement les voiles. N'empêche qu'Hervé reste là dehors, à évaluer la situation, à voir la houle attaquer le bateau et le faire chahuter d'un côté et de l'autre, sous la pluie diluvienne, sous les éclairs et les coups de tonnerre. Je ne juge pas utile de le rejoindre surtout qu'un torticolis tenace m'oblige à me tenir au chaud.
 C'est enfin l'heure du repas.On se retrouve tout malheureux et ahuris à l'intérieur. Ce n'était pas du tout le temps prévu. Déjà les vêtements mouillés s'entassent dans la salle de bain. Tout ce qui peut donner de l'eau le fait : la bouche d'aération de la cuisine orientée au vent, celle que l'on a oublié de colmater et qui donne sur les coussins du carré, le panneau central que nous n'avons pas bien fermé. Encore une fois, malgré la pluie drue, Hervé sort pour changer l'orientation de la bouche d'aération de la cuisine. On arrive enfin à bien fermer le panneau du carré. Il reste la bassine sur les coussins du carré qui se remplit sans contrainte.
Et on endure, on endure en mangeant notre poulet-purée. On entend la grand-voile qui claque. Hervé pense de suite que nous avons changé d'allure et que nous sommes maintenant bout au vent.
En regardant la grand-voile à travers un carreau ruisselant, j'ai l'impression d'un vide dans le tissu mais je ne peux pas y croire. Pas encore ! la grand-voile fasseye.  A nouveau Hervé sort et il tarde à rentrer. Par le panneau, je peux voir qu'il est toujours à poste au pied du mât. Je m'équipe pour sortir. Et là, je constate qu'il est en train de descendre la grand-voile. Mais pourquoi donc, il n'y a que 12 nds de vent. On en a besoin. C'est alors que je l'entend me dire qu'il y a une déchirure dans la voile. Nom d'une pipe ! la grand voile, celle qu'on nous a prêtée s'est déchirée. Mais Dieu ! ce n'est pas possible, par 12 nds de vent pour un fasseyement de 5 mn. Décidément, nous avons la guigne, la scoumoune, l'anti-baraka ou alors, après douze ans de navigation, on a tout faux. Ou alors il faut payer tribut à ce maudit cap Datu qu'on n'arrive même pas à voir sous les trombes d'eau. Comme Ausprey ! pour lui, le pilote, pour nous la voile !


Je rentre trempée et complétement désolée. Zut ! Zut et zut !
Hervé me rejoint et se débarrasse de tous ses vêtements qui s'ajoutent aux autres en un tas pitoyable.
Donc, si on fait le bilan : le moteur, le pilote marchent. Niveau voile, il ne nous reste plus que le génois. Pour une traversée de la valeur du golfe de Gascogne, ce n'est pas l'idéal. Mais normalement nous devons être portant et cela devrait marcher.


Il faut passer ce maudit cap. Le vent s'est remis de travers et semble tenir. On met le génois et on pousse au moteur. La pluie de déluge a fait place à une espèce de bruine qui permet tout de même de sortir. Puis ça se calme. Le cap est bien en vue, très sombre entouré d'une mer grise et houleuse. On va se le faire, celui-là ! Plus de pluie. Nous sommes dans le cockpit tous les deux pour le changement de cap sitôt paré le phare du cap. Au revoir Bornéo, Sarawak, toutes ces bonnes escales que nous avons faites. Mais on y laisse deux voiles tout de même, une navigation déplaisante faite de grands calmes ou de bourrasques destructives. Et ce n'est pas fini car à Singapour et pour le reste de notre parcours sur le continent malaisien, nous serons toujours sous le joug de l'équateur et nous n'en sommes qu'au premier jour de notre traversée. Hauts les coeurs ! Marin, montre ta bravoure et ta résistance !

Nous avons bon vent. C'est déjà ça. Nous marchons sous génois seul appuyé par le moteur. Avec la grand-voile, c'était sûr, on avançait bie sans l'aide de ce fichu moteur. Nous avons le coeur en berne. Hervé veut descendre la grand-voile dans le carré pour que je la répare.
-Mais Hervé, tout est mouillé. Elle ne séchera jamais à l'intérieur. Mieux vaut la laisser en place. Et rend-toi compte, tout enlever avec cette houle !
Car le temps a forci. On tente de naviguer au génois seul. Ca marche; La vitesse atteinte est tout à fait honnête. C'est que l'enjeu est d'arriver dans deux jours au petit matin devant le fameux rail des cargos de Singapour. Il faut absolument y voir clair pour franchir ces rangées et ces rangées de cargos montant et descendant.
A croire que la mer veut nous consoler de notre avarie de voile, elle nous envoie carrément deux poissons à la suite l'un de l'autre; Un thazard de 7O cm et un joli petit thon. Ca remet de la gaieté dans le bateau et une activité fébrile autour du fourneau pour préparer la bonne bouillabaisse de la mer.
La nuit se passe bien; Le vent s'est maintenu et nous avançons bien. On profite de nos quarts pour étudier un peu notre AIS; cela fait deux ans ou trois que nous avons cet appareil qui permet de détecter tout bâtiment marin possédant le même instrument. Dans le Pacifique, nous ne l'avons pas utilisé et ne savons même pas comment il fonctionne. Pour cause, il faut des bateaux pour s'exercer. Ici, près de Singapour, il y a plein de cargos. C'est le moment de faire de tester notre appareil..
Au petit matin, Hervé a bien exploré l'engin.  L'AIS marche bien. On peut suivre la direction et la trace des cargos à 32mn autour du Papadjo. Nous disposons de leur vitesse, de leur position, de leur cap et même de leur nom. C'est autre chose que l'écho radar qui nous sert pourtant bien depuis des années mais se contente de donner la position des bateaux par rapport au tribord ou au babord de notre bateau. Avec l'Ais, les nuits aux alentours du rail vont être plus faciles.

DEUXIEME JOUR DE TRAVERSEE

Le vent est toujours Nord-Est, portant entre 9 et 10 nds. Il fait un temps splendide au petit déj. Hervé me reparle de la réparation de la grand-voile.
- Je pense qu'il faut que tu la répares, en posant des bandes, mais sans la coudre.
- Ah ! alors je suis bien d'accord; On fait ça après le petit déj. On mettra les sécurités et on la répare sur le roof. Regarde ! il y a moins de houle qu'hier. Ainsi, tu n'auras pas à la défaire et la remonter entièrement.
Et nous préparons tout avant de monter sur le roof. Il y a les bandes spéciales, ciseaux, centimètre, crayon, plombs pour maintenir l'étoffe. Tous deux portons la sécurité et nous nousamarrons à la ligne de vie. Et on commence à descendre la grand-voile et à présenter sur le roof la partie déchirée. La déchirure se présente sur une longueur d'un mètre 20 environ englobant le bord de la seconde latte, ce qui est le plus fâcheux. En fait, la déchirure s'est faite à cause du tranchant de cette latte, tout comme pour notre malheureuse grand-voile, lors de la bourrasque subie entre Brunei et Miri.
Première partie de la réparation : enlever les fils pendants, jointoyer la déchirure et maintenir avec les plombs, prendre les repères avec un centimètre pour la pose de la bande. Et on met la bande précautionneusement. Une première bande de 5 Cm sur environ 6O cm de déchirure et enfin une bande de 10 cm sur la déchirure de la latte. On lisse dur avec un plomb puis on retourne. Meme opération, mais cette fois, cela va plus vite car le tissu est déjà bien tenu. Et c'est fait. C'est propre. C'est net. On hisse à nouveau la grand-voile. Impeccable ! Vraiment c'est une joie. Hier, nous avions comme le goût amer de l'échec; Aujourd'hui, on peut dire qu'on a renversé le sort. Et le bateau prend un nouvel élan. Avec ce super beau temps, cette navigation à la voile toute  c'est la joie et le bonheur du marin réconcilié avec les éléments !
Nous avons nos voiles bien établies et dans nos assiettes du déjeûner presque la moitié de notre petit thon. Hervé en veut à satiété :
- Tu comprends, Evelyn, j'en veux sans limitation. Cela fait si longtemps que nous n'en avons pas mangé et c'est si bon !
Avec tout le poisson que nous avons pêché, on peut se permettre d'être généreux dans l'assiette. Oui, Hervé ! tu peux y aller ! mange à satiété !

TROISIEME JOUR

- A ce train-là, nous sommes bons pour atteindre le rail au matin.
- Super !
L'Ais a été d'un grand secours la nuit dernière. Il va l'être d'autant plus cette nuit aux abords du rail.
La navigation voiles toutes est un vrai bonheur qui nous manquait depuis la traversée Philippines-Malaisie. Toujours ce super beau temps et ce vent qui se maintient dans un régime 8-9-10 nds.
La nuit se passe avec des quarts très actifs. Que de cargos ! grace à l'Ais, on est de suite informé de leurs routes. Hervé, lors d'un quart, remarque qu'un cargo fait exactement le cap inverse du Papa Djo, donc prend une route de collision. Soudain, le cap du cargo dévie légèrement. Hervé, aussitôt, fait dévier le sien en sens inverse et la collision est évitée.
Je n'ai pas ce problème mais j'apprécie sur le nombre de cargos qui naviguent autour de Papadjo de connaître leurs positions et leur cap. C'est vraiment une différence. Bien sûr, l'expérience avec notre écho radar nous permet de parer aux collisions mais cela demande beaucoup de présence et de précaution.
A la relève du quart de quatre heures du matin, il y a déjà à l'horizon toute une rangée de lumière de cargos que l'Ais signale à l'ancre; A 6h du matin, Hervé me réveille pour mon dernier quart. Mais je suis effrayée par la quantité de cargos que je vois. L'aube n'est pas encore venue. J'ai l'impression d'être encerclée de grosses lumières.
- Hervé, ce n'est pas possible. J'ai peur avec tous ces cargos. Reste un peu avec moi !
Au bout de dix minutes, le temps de consulter l'Ais et de voir que ces cargos sont à l'ancre, je me rassure.
- Hervé, tu peux y aller. Simplement, dors dans le carré. Comme ça, si j'ai besoin de t'appeller, cela ira plus vite.
Et malgré le trafic, j'arrive à me maîtriser jusqu'au jour qui se lève et découvre jusqu'à plus de quarante cargos à l'ancre autour de nous. Impressionnant ! impressionnant ! du jamais vu !
La Palma de Gran Canaria, Panama, Pfou, c'est du rien comparé à ce gigantesque rassemblement.
Singapour est la plaque tournante de l'Asie. Incroyable !
Maintenant, de jour, il n'y a plus les lumières des bateaux en navigation. Seul l'écho-radar et l'Ais détectent ceux qui bougent dans ce magma de ferraille.
Enfin le rail. Nous ajoutons le moteur à la voile au cas où nous aurions besoin de davantage de vitesse. Nous nous présentons devant le passage des montants et des descendants. Ils sont espacés les uns des autres mais  ils marchent entre 15 et 20nds alors que notre vitesse est actuellement de 7nds. Donc pour les franchir, il va falloir bien calculer. Certains ont plus de dix mètres de large et atteignent les cent mètres de longueur. Je prend la barre et nous y allons. Ah ! c'est quelque chose. Pour le rail montant, nous avons une suite de trois cargos à parer. On s'élance pour parer le premier, sachant que le suivant peut nous prendre sur notre arrière. On met la gomme toute. Le deuzième cargo s'annonce menaçant sur notre arrière alors que nous sommes en train de parer le premier. Mais il semble dévier un chouya ! Cela lui permet au bout de quelques minutes de nous passer de justesse. Ouf !
Maintenant à nous les descendants : Là, la file est impressionnante. Il y en a plus que pour le montant. Mais il y a des écarts qui permettent de voir comment on peut les passer. Nous décidons d'en laisser passer trois avant d'attaquer dans la percée avec trois autres. De suite après le troisième, on attaque la percée. Cependant, la masse menaçante du quatrième m'impressionne.
-Hervé, on attend. Je n'ai pas confiance avec celui là.
Et nous attendons que ce gros dégage pour nous enfiler dans la percée qu'il fait avec le suivant. Et on fonce ! ça y est, nous avons passé le rail de Singapour. Grand soulagement ! on fait un texto à nos amis canadiens qui eux, en retour, nous informent qu'ils sont en plein dans le rail de Malacca !!!
Maintenant, nous avons encore une vingtaine de milles à parcourir pour rejoindre un mouillage sur la Shanti river. Nous arrêtons le moteur et allons à la voile.

ARRIVEE AU MOUILLAGE

Nous pensions abandonner les cargos dans le rail mais ils sont là encore plus nombreux, immobiles, à l'ancre, des rangées et des rangées d'énormes bateaux. L'un d'eux, un peu à l'écart des autres, déverse de son pont des cascades d'eau. C'est bizarre. Son gouvernail se soulève et se dénude. Hervé consulte sa carte.
- Il me semble qu'il est bel et bien sur une épave !
Et bien ! il faudra qu'il attende le flot pour se dégager s'il le peut.
Nous passons. Le jusant est très puissant. Il nous faut remettre le moteur car nous n'avançons guère à plus de 2nds malgré le bon vent qui nous porte. Avec le moteur, nous atteignons péniblement 3,5nds voir 4nds. Nous barrons car il y a bien trop de remous.
- Je ne comprend pas. Nous devrions aller beaucoup plus vite, malgré le courant. Il y a peut-être quelque chose dans l'hélice.
- Oh ! c'est le courant qui nous frène. Regarde tous ces tourbillons !
Enfin,  l'approche de la rivière marquée par des bouées vertes et rouges. Nous sommes tout près de la bouée verte lorsque le moteur s'arrête net, mais net comme le tranchant d'un sabre sur une tête à couper.
- Ah ! ça ! nous avons pris quelque chose dans l'hélice.
Le bateau avance toujours sous voile.
- Hervé ! il faut affaler et mettre à l'ancre.
nous arrêtons le bateau. Il y a là environ 2O mètres de profondeur et Hervé met d'abord un minimum de chaine. Le guindeau ne marche que manuellement depuis Kuching et cela prend du temps pour remonter la chaine.
Hervé s'équipe pour plonger sur l'hélice. Mais il y a beaucoup de courant. Il s'attache avec une corde reliée au bateau; il y va. Je maintiens la corde assez souple pour ne pas entraver ses mouvements. J'ai l'impression d'être à la pêche de mon mari.
Quand il réapparait c'est pour dire qu'un gros bout est enroulé autour de l'hélice. Il demande son opinel. Il va se passer beaucoup de temps avant qu'Hervé puisse dégager l'hélice. Le bout est gros et entortillonné très serré autour de l'hélice. Il y va en apnée car le courant trop fort rend impossible la plongée en bouteille. Et il remonte des bouts et des bouts de corde verte en nylon. Enfin, l'hélice est libérée. Il remonte sur le bateau. Nous rangeons tous les bouts à l'intérieur du cockpit et nous nous préparons à remettre le bateau en route. Le moment fatidique est arrivé. J'appuie sur le starter. Le moteur démarre. Super ! Hélas, au bout de deux minutes, il s'arrête et c'est fini. On ne peut plus le redémarrer. Hervé comprend que quelque chose de sérieux empêche le démarrage. Il plonge le nez dans le moteur et voit que l'hélice est maintenant bloquée. C'est l'embrayage qui a pris un coup dans l'arrêt net du moteur. Quelque chose doit être endommagé. Nous sommes donc à l'ancre, sans possibilité de rentrer dans la rivière. Bien sûr, on pourrait mettre à la voile. Mais nous sommes à marée basse maintenant et il serait dangereux de nous y aventurer ainsi.
Une barque de pêcheurs est tout près de nous. Nous les appelons et expliquons à celui qui parle anglais qu'il nous faut être remorqués près du petit port où nous pouvons trouver un mouillage. La barque part comme une flêche et nous attendons le secours. Mais rien ne vient. Il est près de 5h. Dans une heure et demie c'est le crépuscule puis la nuit noire. Une autre barque est là. Même opération. Mais ces hommes ne parlent que le malais et il leur est difficile de nous comprendre.
Quand ils partent, nous n'avons aucun espoir d'un secours de leur part.
Reste la vhf. Appeller la marina de Sébana Cove. Pas de réponse. Les multiples bateaux pilote qui allaient et venaient sur la rivière se font rares maintenant. Hervé rage car j'ai voulu attendre le secours des pêcheurs de la petite barque au lieu de héler un de ces pilotes qui auraient pu nous prendre en remorque.
Soudain, une voile à l'horizon. Plus elle s'approche, plus nous pensons reconnaitre Ausprey, le bateau australien avec Trish et Kevin à bord. Et ce sont eux. Ils sont toutes voiles dehors. Trish nous fait de grands signes. Nous arrivons à les avoir par radio puis au téléphone.
- Il est trop tard maintenant pour nous dépanner. Mais si vous pouviez avertir la marina pour qu'elle puisse nous envoyer quelqu'un demain matin pour nous remorquer jusque là-bas.
Trish me retéléphone peu après.
-J'ai eu Georges au téléphone. Ils sont dans la marina. Georges va s'occuper de tout pour vous secourir.
Téléphone de Georges.
-Hello, Evelyn ! tenez-vous prêts demain matin à 8h, je viens vous chercher avec Isis. On vous remorquera jusqu'à la marina.
Ainsi le secours est venu de nos amis du grand catamaran Isis.

Aventures et mésaventures

8h du matin, nous sommes sur le pont pour voir apparaître dans l'embouchure de la rivière, le catamaran Isis avec Georges et Liz. Bientôt ils sont près de nous.
- Ecoutez, Hervé et Evelyn, nous allons prendre votre bateau à couple sur notre tribord.
C'est une excellente solution. Les deux bateaux sont mis à couple. Hervé finit de monter l'ancre et nous partons pour la rivière où se trouve la marina. Il faut bien une demie-heure pour atteindre Sebana Cove. Liz nous fait passer des cafés et nous avons tout le temps pour converser.
- Alors, Georges et Liz, comment s'est passée votre traversée ?
- Nous sommes partis de Santubong le même jour que vous vers 10h. Mais la traversée ne fut pas bonne du tout.
- Vous avez essuyé le même orage que nous, n'est-ce-pas ?
- Nous avons eu ce terrible orage jusqu'au Cap Datu et après il y en a eu un autre sur notre route.
- Non !
- Si ! nous avons eu 24h de pluie incessante;
- Ah ! mon Dieu nous n'avons pas eu tant que cela. Par contre dans l'orage jusqu'au cap, la grand-voile d'Enrique s'est déchirée.
- Evelyn, nous avons eu nos deux voiles abimées : le génois est déchiré complétement dans le bas et la grand-voile est complètement abimée. La texture de la voile s'est détruite. La colle qui maintient les différentes couches de tissu s'est désolidarisée. La voile ne vaut plus rien.
- Oh ciel ! ce n'est pas croyable.
- Et nous avons en plus une fuite d'eau dans la pompe du moteur.
Décidément, nous allons de mésaventures en mésaventures.

Isis arrive à Sebana Cove Marina et stoppe pour mettre Papadjo le long d'un immense ponton.
C'est fait. Ils prennent la place devant nous.
- Hervé, je veux t'aider pour voir ton problème
Georges est prêt à le faire tout de suite.
- OK,Georges, mais ce sera pour demain matin. Hervé est rompu de fatigue. Il faut qu'il se repose.
- C'est d'accord surtout si tu veux être encore avec lui pendant au moins quatorze ans.
- C'est ça.
- Alors bien comme ça. On se voit ce soir pour Happy Hours sur le ponton.
Ausprey nous a rejoint à la marina, ayant lui aussi quelques problèmes après une traversée houleuse. Nous n'avons certes pas pris les mêmes routes car notre traversée, à part la remontée sur le cap, fut somme toute, excellente.

Le soir, les trois bateaux sont réunis autour des alcools et petits fours amenés par tout le monde. Dans la mésaventure, nous sommes entre amis et cela amène un sacré réconfort.


REPARATIONS

Georges et Hervé vont travailler d'arrache-pied toute la matinée et une partie de l'après-midi. La boite de vitesse est solidaire du moteur. Impossible de la retirer sans enlever l'arbre de transmission et l'hélice ou bien on peut l'enlever en soulevant le moteur. Nous sommes coincés. On ne peut aller plus loin sans faire venir un mécanicien bateau dans ce trou de luxe perdu qu'est maintenant devenu Sebana-Cove.
Cet ensemble immobilier de luxe autour d'une marina est déserté depuis plusieurs années depuis que le ferry pour Singapour n'existe plus. Ah ! c'est bien luxueux : hôtel quatre étoiles qui se dresse comme un palais sur la mangrove, piscine superbe entourée de palmiers et de frangipaniers aux fleurs blanches odorantes, maisons de vacances très cossues disposant de pontons privés tout autour du vaste plan d'eau. C'est réellement magnifique.
Georges et Hervé nous rejoignent Liz et moi au bord de la piscine pour nous annoncer la mauvaise nouvelle. Nos amis, ne pouvant plus rien faire pour nous, ont décidé de remonter la rivière et de partir pour Danga Bay. Ils ont aussi bien des soucis : une pompe à eau du moteur qui fuit, deux voiles déchirées.
- C'est rare Georges de rencontrer quelqu'un comme toi et aussi comme Liz qui, malgré leurs propres problèmes, abandonnent tout pour nous aider. C'est rare, très rare !