Mousse massage en Malaisie ou comment rénover les vieilles peaux

"Allez KK"
Cela fait trois jours que nous prenons le bus local pour nous rendre à la zone commerciale de KK (KéKé : Kota Kinabalu). Cela coûte exactement 50 cents d'euros pour nous deux et pour 20 mn de trajet sur une autoroute superbondée.
La Malaisie est un pays moderne. On ne peut pas manquer de s'en apercevoir. Tant de buildings à l'architecture cossue et costaud, tant de commerces bien achalandés, un parc automobile imposant, aucun tricycle à la Philippine mais des taxis bien chers et remarquablement parqués près des hotels de luxe.

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Le quartier industriel où on trouve de tout s'appelle Inanam. Il s'adosse aux montagnes si bien qu'il en reçoit les nuages et dès 1h de l'après-midi, des torrents de pluie.

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Le premier jour où nous nous y rendons, c'est pour acheter des batteries supplémentaires pour le bateau à "Lady Michelle", une malaysienne fort dynamique et sympatique qui parle anglais courramment à l'instar de la majorité de la population. Un contact fort amical se lie entre nous et c'est son mari qui nous véhicule le jour suivant jusqu'à une métallerie pour fabriquer une pièce manquante de notre alternateur, tombée dans le puits plein de gasoil du moteur et introuvable malgré nos recherches. C'est en sortant de la métallerie que tombe sur nous une pluie intense et opiniâtre qui nous vaut une promenade plus qu'humide jusqu'au bus  qui nous ramènera à KK.
" Allez KK".
Troisième jour, nous reprenons notre bus pour Inanam, récupérons notre alternateur et revenons à KK, juste pour midi, une heure avant le début des pluies; Hervé est bien fatigué. Nous avons beaucoup marché pour rejoindre la métallerie et pour en revenir. Et nous marchons toujours dans KK pour rejoindre le haut de la ville où nous devons récupérer nos deux bouteilles de gaz remplies. Derrière les immeubles luxueux du front de mer, une allée couverte permet aux piétons de parcourir bien protégés de la pluie ou du soleil un bon kilomètre les faisant accéder à la partie haute où se trouve le marché public et le marché de nuit. C'est ainsi que nous nous rendons dans le quartier des bouteilles de gaz. Mais au passage, comme il est midi, nous nous arrêtons dans un petit restau bien sympa et délicieux. De notre table qui donne sur un carrefour, on ne cesse de voir les gens traverser les deux voies. C'est très amusant. La Malaysie est un pays à dominante musulmane. Les femmes y sont normalement voilées. Mais le reste fluctue de la femme vêtue de façon traditionnelle avec grande robe bariolée sur pantalon flottant à la jeune fille qui arbore le T.shirt moulé sur le jeans serré. Eh bien sûr, il y a la population chinoise qui n'a pas toutes ces interdictions et se permet cheveux au vent, décolleté et petit short aguicheurs. Toutes, néammoins, ont le fameux portable à portée de main. On les voit dans les points de rendez-vous des grands malls tapoter sur leur joujou et questionner, inquiètes, de la venue du bien-aimé.
Musulmane, la majorité l'est et elle garde bien ses prérogatives. Mais la tolérance est de règle en matière de religion où les minorités chrétiennes, boudhistes, hindouistes s'intégrent. Le problème est l'économie qui est plutôt dirigée ici par les chinois alors que le pouvoir politique ne leur appartient pas.
Hervé et moi, nous nous sentons très bien ici. Les gens sont prévenants, amicaux. Seule la langue qui est peu partagée forme obstacle. Encore qu'ils arrivent toujours à trouver quelqu'un ayant des rudiments d'anglais.
Donc nous sommes tous deux bien fatigués après toutes ces allers et venues depuis 3 jours et la perspective peu agréable de récupérer deux bouteilles de gaz pleines, de les acheminer jusqu'au débarcadère et de revenir en water taxi avec.
C'est alors qu'Hervé propose de chercher un coiffeur, ici un beauty saloon. C'est rare de sa part. Disons que c'est extrèmement rare. On nous en indique un très proche et nous rentrons donc dans ce "salon de beauté" où officient deux demoiselles. L'une est occupée à mousser le crane d'un client. Ca, c'est bien ! dans les autres pays, on ne connaît pas le champooing. On coûpe à sec. Ce n'est pas l'eau qui manque sur le bateau maintenant. Mais cette abondance de mousse sur ce crane c'est comme une chantilly bien monté sur un baba au rhum. Ca fait envie, surtout qu'après la mousse, la demoiselle entame un massage. Son client a fermé les yeux de plaisir. Dieu du ciel ! Et nous, on en veut de ça. Cela a l'air trop bien. Nous attendons encore. Le client est maintenant allongé complétement sur un fauteuil en skai noir déplié, sa tête posée sur le rebord d'un bac rempli d'eau. On suppose que les cheveux vont être rincés maintenant. Oui ! mais ce n'est pas tout. Il se fait laver carrément le visage ! et à la suite, un long massage ! mais ça aussi, on en veut. Après toute cette crasse dans les quartiers industriels, notre peau a dû trinquer des saletés. Oui ! oui ! oui ! on veut le tout.
Et nous l'avons. Ah ! pour sûr, c'est quelque chose pendant près d'une demie-heure d'être lavé, massé, crâne et visage. On a l'impression que tout s'envole, nos mauvaises pensées doivent être extirpées à la racine dans les pressions sur les points d'accuponcture, notre stress d'Européen qui veut tout bien faire dans un minimum de temps, notre royal égo qui s'assoupit devant tant de soins et de resoins.
Le supplice, c'est l'interruption quand il faut se réveiller, se lever et aller s'assoir devant les miroirs pour le brushing final.
Je touche mes cheveux. Ciel ! ils sont doux comme la soie; Je me touche la peau. Dieu ! elle est douce comme celle d'un nouveau-né. Hervé arbore une superbe coupe et sa peau est si propre qu'elle reflète la lumière. Rien de tel qu'un champooing au pays de la mousson !
Et tout ça, pour 10 euros chacun ! mais pourquoi donc, retournons-nous en France ? à 10 euros, nous avons tout juste une coupe, sans champooing, sans brushing et sortons cheveux mouillés, sans plaisir.
Je calcule que si tous les mois nous faisons la même opération, nos vieilles peaux rénovées vont servir de publicité contre la chirurgie esthétique !

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