Barbecue sur un cargo.

L'anse où nous sommes est fort bien située pour aller en ville. Kota Kinabalu présente sa façade imposante devant nous : Hôtels de luxe à multiple étages, malls à l'américaine et tout ce qui est en cours de construction. Nous avons un immense chantier devant nous. Ce sera de futurs appartements et des galeries marchandes. Des pieux de 2O mètres au moins sont enfoncés dans la vase de la baie, juste devant nous. Ils vont soutenir une promenade de front de mer qui sera certainement bordée par des restaurants. Derrière cet énorme édifice, des résidences de luxe qui sont déjà privées de "leur vue imprenable" sur la baie. Que de béton !!!!

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Le problème majeur pour nous, c'est la sécurité. Les moteurs de dinghy disparaissent la nuit. Il y a des intrusions nocturnes, même à l'intérieur des bateaux. Pendant la journée, impossible de laisser son annexe aux deux endroits où nous pouvons débarquer.
De nuit, nous rentrons notre nouveau moteur à l'intérieur du bateau. Du jamais vu jusqu'ici ! De jour, une petite organisation s'est créée. C'est Grant qui fait les va et vient avec son gros dinghy. Ainsi, nous en sommes venus à former une jolie communauté entre les trois bateaux. Grant s'occupe de tout pour nous : faire recharger nos bouteilles de gaz (important !!!), achat et transport du nouveau moteur pour la barque, réparation de notre alternateur. Mais qui est ce Grant ?
C'est d'abord un australien, propriétaire d'un énorme cargo acheté en Chine.

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Nous lui demandons ce qu'il fait avec.
- J'ai été caméraman autour du monde pendant des années; Puis, j'en ai eu assez et j'ai acheté ce cargo pour servir de base lors d'un évènement à couvrir en Asie pour les journalistes et caméramen du monde entier. Ils s'installent dans le cargo. Tout leur est fourni, le matériel et l'hôtellerie. Je travaille aussi pour différentes chaînes de télévision. Ce bateau a couvert le film "Titanic", aux Salomons et ailleurs.
Impressionnant, notre Grant, non ?
En fait, il est hyper gentil. Nous sommes tout le temps les uns avec les autres. Et Hervé et moi décidons d'honorer toute cette gentillesse en faisant un barbecue.
- Nous allons le faire sur le cargo. Sophia, mon assistante chinoise, aura le mal de mer sur le vôtre. Ce serait dommage de la laisser toute seule.
- OK ! Grant, nous amènerons ce soir notre matériel.
La soirée est très calme et vers 17h30, nous nous hissons sur le cargo de Grant par une échelle inclinée dont il faut attraper la première marche avec le genou de la jambe gauche, la jambe droite en équilibre plus ou moins stable sur le banc de la barque. La première fois, on se donne du courage. Surtout qu'après il faut monter comme des singes sur un plan incliné !!! Les autres fois, on se congratule, tellement l'exercice devient aisé. Et après, une fois arrivé sur une étroite plateforme, il convient d'enjamber, mais d'enjamber en étirant tous ses muscles, le plat-bord du cargo et d'attérir sans souci d'élégance de l'autre côté.
Donc, après cette entrée dynamique, nous avons droit au confort et à l'espace incroyable de ce cargo. Grant a installé la table dans le cockpit arrière du cargo qui domine toute la baie. Hervé lui choisit un petit coin bien aéré pour notre mini-barbecue tunisien et commence à allumer le feu. C'est du poulet aux épices qui va être grillé ce soir, deux bons kilos pour nos hôtes et bien sûr notre couple de hollandais.
Mais avant, place à l'apéritif avec des petites crèmes qu'Evelyn a préparées : Tahine, caviar d'aubergine et crème d'avocat.
Nos hollandais sont arrivés et la discussion va bon train. Astrid a préparé des légumes, Sophia, le riz. Le poulet arrive enfin bien grillé et odorant. Tout est délicieux. On remet sur la grille du barbecue 5 ou 6 morceaux de plus.
Soudain, un changement se produit. Un grand vent s'engouffre subitement dans le cockpit. La table tangue, tout valse. Le petit barbecue perd sa grille emplie de poulet. On a juste le temps de le maintenir. Le cargo prend la gîte. Impressionnant ! 35 à 40 noeuds de vent certainement. Il fait nuit noire. La pluie s'abat tout autour. Astrid et Ben voient leur bateau chasser de sa position et partent précipitamment avec le dinghy de Grant pour remonter à leur bord. Le Papadjo, tout petit devant le cargo, a l'air de bien tenir. De la houle, de la vague, tout pour plaire. Avec Sophia, nous ramassons en vitesse, toutes les assiettes. On jette de l'eau sur le charbon de bois pour éteindre la braise incandescente. Et nous attendons, médusés ! Grant est inquiet. Son cargo est sur trois ancres. Mais le fond de la baie n'est pas sûr, de la vase qui ne tient pas beaucoup et un tas de sacs plastiques et de déchets. Le cargo qui n'a pas de lest en ce moment et qui a une énorme superstructure, plus haute que nos 15 mètres de mât, a une prise au vent terrible et gîte énormément. Il a déjà chassé ici multiple fois. En plus, ce soir, Grant ne pourra pas mettre le moteur en cas de besoin car la pompe à eau de mer du bateau est en réfection. Charming !!! Je me demande quel effet cela doit être d'échouer sur un bateau pareil !!! Astrid et Ben ont regagné leur bateau et remontent leur ancre pour aller mouiller ailleurs. Ils partent loin devant. Coup de téléphone : Ben informe Grant qu'il vient de perdre son ancre, le bout de l'ancre ayant cassé sec. Obligés de mettre un autre mouillage.
Nous attendons dans l'angoisse. Pourvu que tout se passe bien pour eux ! Pourvu que le cargo tienne sur ses ancres ! Nous nous sommes réfugiés au bar du cargo et discutons ensemble en attendant que le coup de vent se calme. Papadjo que nous allons voir de temps en temps monte à l'assaut des vagues sans faiblir sur sa position, enfin semble-t'il.
Grant va chercher le dessert, une somptueuse composition de gâteau et de glace que nous savourons ensemble. Au café, le vent s'est calmé ainsi que la mer et la pluie. Nous attendons un peu pour être sûrs. Fini tout ça ! Il est temps de regagner notre bateau.
Au petit matin, nous nous rendons compte que le Papadjo a tout de même un peu ripé, de 5 à 10 mètres et est maintenant trop près du cargo de Grant. 6em ancrage. Comme l'alternateur du moteur ne fonctionne pas, nous ne pouvons nous servir du guindeau et Hervé remonte laborieusement les 30 mètres de chaîne.
Grant, lui, va porter assistance à Ben et Astrid pour les aider à retrouver leur ancre. Ben a la position exacte de l'endroit où l'ancre est tombée mais il faudra bien deux heures d'aller et venues incessantes autour de leur bateau pour la localiser avec un grappin puis plonger dessus pour la remonter.

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 Au final,Grant a décidé d'acheter un petit barbecue pour le cargo ! Sans doute pense-t'il que des soirées comme ça donnent un peu de piment dans l'ordinaire de la vie de marin.