Puerto Princessa- Malanao

Nous hissons de suite la voile et en avant pour la sortie de la baie. Nous y sommes rentrés dans cette baie en comptant sur des waypoints trouvés dans internet car nous n'avions pas de doc sur les Philippines. Hélas, nous avons eu tant à faire au dernier moment que nous n'avons pas eu le temps de préparer la route. Bien sûr on aurait pu le dernier soir écourter la bière au Yacht Club. Mais ce n'est plus une vie ! J'appréhende cette sortie et je ne retrouve pas ces foutus waypoints. Mais Hervé me rassure : le nouveau logiciel de navigation est très précis.
Plus on avance et moins je me sens bien. C'est bien du jaunâtre devant nous. Pourtant Hervé m'affirme que nous sommes dans la bonne direction. Soudain, mon cœur chavire, le sondeur remonte prodigieusement et ça y est, on est dans le corail. Le bateau sous voile penche un petit peu. J'arrête le moteur. Hervé sort incrédule.
- Mais, tu n'as rien vu ! Si, je voyais ces trainées jaunes. Mais tu disais que tout était ok.
- Remets les gaz et dégage-toi !
Je mets plein gaz et en effet le bateau se dégage étêtant la grosse patate de corail qui l'avait frêné. Ca c'est un bon coup pour l'environnement, peuchère !
Ah ! Si Lord John est à ses jumelles, ce qui est vraisemblable, il doit bien rire à en oublier son petit blanc ! Un Vendredi pardi, ça se paye.
La profondeur reprend. Nous visons les cargos près du port.
 
-Dis moi ce qui se passe avec ta carte.
- Problème : le Gps n'est pas relié à l'ordinateur. Je viens de m'en apercevoir.
Enfin,  on se dégage vraiment en atteignant l'eau profonde où sont ancrés les cargos. Quelle sortie catastrophique ! Ah ! C'est bien un coup de Vendredi !

Au large, le vent attendu, du bon Nord-Est. Ca, John, c'est une merveille. Les autres qui nous ont précédé sur la même route avaient tous du vent contraire et étaient obligés de faire du moteur.
Nos voiles sont enfin toutes déployées. C'est superbe.
J'ai mis le Papadjo en pêche avec une poulpette qui a déjà fait ses preuves. Sa jupette est bien retroussée avec toutes les prises qu'elle nous a déjà ramenées. C'est peut-être sa dernière trempette. Et sacré nom de Dious : la voilà qui nous ramène de suite un énorme tazard de 5 kg environ. Alors là, moi je pars tous les vendredis de l'année dans ces conditions-là.

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Joie à bord ! Mise en route du frigo car à part légumes et fruits, nous n'avions embarqué que des œufs et comptions sur des conserves de poulet fait bateau. Là , nous avons de quoi manger pendant plusieurs jours et du très bon.
- Hervé, je vais préparer une bouillabaisse.
- Tu vas être obligée de la faire dans la grande cocotte minute. Tu te rends compte de tout le poisson que nous avons.

 


Et  la préparation de la bouillabaisse commence pendant qu'Hervé prépare le poisson. Enfin tout est pelé, pommes de terre, ail, oignons. Tout est mesuré, épices et huile d'olive. Tout s'entasse dans l'ordre dans la cocotte de 20 kg. Au tour de l'eau de baigner juste ce qu'il faut notre superbe poisson. On amarre bien la cocotte et on allume le gaz. Super. !
Un quart d'heure passe et je surveille la montée en température de ma cocotte. Tiens ! Pourquoi ça, plus de feu ! Ah ! Plus de gaz !
- Hervé, ne me dis pas que nous n'avons pas une bouteille de rechange !
- Non ! Nous n'en n'avons pas !
- Ce n'est pas vrai ça. Ce n'est pas possible. Mais pourquoi n'as tu pas voulu remplir les bouteilles, pourquoi ?
- Je te l'ai dit : je croyais qu'on pouvait tenir jusqu'en Malaysie.
- Et maintenant, qu'est-ce que je fais avec mon poisson ? Qu'est-ce qu'on fait jusqu'en Malaysie ? Tu te rends compte. Buté, tu es, vraiment buté. Je te l'avais dit, je ne sais combien de fois quand nous passions devant les vendeurs de gaz à Puerto Princessa. Mais Monsieur est un breton buté.
Je suis littéralement furieuse et me réfugie haletante de colère dans ma cabine. Ah ! oui, le monsieur est buté, entêté, un vrai Pencarn, comme ça se dit en breton.  Inutile de penser que nous pourrons avoir du gaz lors des escales prévues. Les bouteilles que nous avons sont des bouteilles en alu achetées aux Fidji et ne peuvent être rechargées qu'en usine. Impossible d'acheter une bouteille neuve aux Philippines à part dans une usine de gaz ! donc impossibilité d'avoir du gaz d'ici la Malaysie !
Et le petit déj, le matin ! Je n'ose pas y penser. Pas de café ! C'est rageant.
Enfin, le calme revient et une idée germe tout de même. Je sors de ma cabine et rejoins Hervé dans le cockpit :
- Et si nous sortions notre petit barbecue Tunisien ?
- Eh bien, regarde, c'est ce que je suis en train de faire. On cuira le poisson à l'arrivée.
Notre barbecue acheté à Sfax en Tunisie est le modèle utilisé sur tous les bateaux de pêche locaux. 3O cm de diamètre, coûtant 3 francs 6 sous, mais d'une redoutable efficacité.
- Il te reste du charbon de bois ?
- Ce qu'il faut pour cuire le poisson. Ca on pourra en trouver à Brooks Point.

Nous cherchons notre mouillage. Le vent est assez fort. Le mouillage est loin des côtes. Inutile de penser que nous pourrons faire un saut à terre. Hervé prépare de suite le feu. De mon côté, j'essuie un à un les innombrables morceaux de poisson qui trempaient dans la soupe de la bouillabaisse. Je les recoupe un peu plus fin pour pouvoir les cuire rapidement sur le barbecue. Enfin la braise est prête. La cuisson interminable commence. On se réconcilie en dégustant ce merveilleux poisson grillé qui a gardé de la bouillabaisse la saveur des épices. Ah ! Que c'est bon !

Petit déj le lendemain ; tous deux stoiques, nous buvons un jus de fruit avec une tranche de pain au nutella. Personne ne parle de café ! En plus de onze ans de navigation, c'est une première !