En cette première fin de soirée dans notre bishop bay, il y a spectacle sur la plage. Les étudiants sont là et d'autres personnes aussi. Tous attendent accroupis sur le sable. Soudain, c'est l'alerte. Ils quittent leur immobilité, se précipitent sur le rivage qui est balayé par un rayon argenté. A la lisière du sable et de l'eau, des petits poissons tentent d'échapper aux plus gros par le peu de profondeur. Ils sautent de l'eau tous ensemble comme des papillotes d'argent et retombent où ils peuvent, souvent hors de l'eau. Les hommes les rabattent avec les mains et aussitôt les collectent. Les petits poissons serviront d'appât immédiatement pour pêcher de la rive au lancer les plus gros qui les ont poursuivis. C'est une chasse des plus amusantes qui réunit à différents moments de la journée mais surtout le soir les pêcheurs acharnés.
Nous nous joignons à la troupe et faisons connaissance. Bradley est là qui nous présente à Augustin, le professeur en mécanique de l'école. Pour Hervé, c'est l'aubaine de rencontrer un professionnel des moteurs. Nous avons une vilaine fuite d'huile qui lui fait vraiment souci.
Le lendemain matin, Augustin arrive avec deux de ses étudiants. Il va faire cours sur le Papadjo. Les étudiants sont munis de cahier et stylo. Attention ! ici, on travaille.
Notre Augustin, du genre mélanésien, petit, trapu, fort en jambes, est un vrai personnage. Quand il rit, et il rit souvent, ses gencives ensanglantés par le bétel crève la vue. Dans le noir, avec juste la bouche ouverte éclairée, il ferait peur aux chauves-souris.
- La fuite vient que tu n'as pas assez serré le filtre à huile. Voilà, je l'ai ressérée. Démarre le moteur, on va vérifier.
Et c'était ça.
Hervé et moi, nous rions, soulagés enfin. Ce n'était que ça. Nous craignions d'avoir à retirer le moteur pour chercher la fuite dans le carter d'huile.
- Maintenant, laisse le moteur en route. Ah ! ce culbuteur, c'est pas trop mal. Mais celui-ci est à rééquilibrer. Attend  ! je vais chercher de quoi.
Et notre Augustin revient et rééquilibre les deux culbuteurs, opération qui se fait normalement tous les ans et que nous n'avions pas fait depuis des années.
Nous prenons le café. On s'entend bien avec Augustin. Il est plein d'humour et on le lui rend bien.
- Maintenant les amis, on se relaxe. On vous emmène sur mes terres, au bassin.
- Ah ! comme ça, Augustin, tu es grand propriétaire en ces lieux.
- Eh bien ! la moitié de la baie m'appartient en terres où j'ai des bananes et une petite maison.
 L'autre est pour l'école et en haut ce sont des Franciscains anglicans qui ont leurs habitations.
Allez, venez tous dans ma barque. On va voir le bassin.

Nous n'allons pas bien loin, juste à la pointe de la baie opposée au récif et à l'école et nous accostons sur une minuscule petite plage que prolonge un terrain rocailleux ombragé par des arbres immenses. Tout près, surprise ! une source d'eau douce et son grand bassin; Elle est complètement abritée par les grands arbres où se sont accrochées à différentes hauteurs des orchidées géantes. Mais une lumière filtre suffisante pour éclairer les profondeurs. L'eau est d'une clarté, d'une pureté telle qu'on s'émerveille. Un trou dans les rochers du fond recèle comme une clarté bleutée.
- C'est là où elle se cache.
- Qui ?
- La tortue. La tortue de la source. Vous allez bientôt la voir.
Et en effet, une tortue magnifique grande comme un demi bras de femme sort du trou et se met à aller et venir dans le bassin.
- Ah ! Augustin ! c'est merveilleux. Tu ne peux pas savoir combien tu nous fais plaisir. Est-ce que nous pourrons revenir au bassin ? J'ai du linge à laver.
- Pas de problème Evelyn ! allez-y autant de fois que vous voulez.
Mais sans attendre, Evelyn rentre tout habillée (short et T.Shirt) dans l'eau fraîche et si claire. Ah ! quelle merveille ! Dans tout notre périple aux Vanuatu et ici aux Solomon, nous n'avons pas recherché les attractions touristiques, ni les sauts de Gaut, ni le bord des volcans..... mais nous avons trouvé dans la nature, grace à de multiples Augustin, des plaisirs incroyables, des sources, des cascades, des rivières, comme aux pays des contes de fées de notre enfance.
Et quel plaisir plus intense peut-on avoir que celui de faire son linge dans le bassin de la source avec la tortue qui fait ses tours et devient si familière qu'on pourrait la toucher !