Pique nique à la fidgienne

-Que voulez-vous faire demain ? nous demande Néroni.
- Demain, nous aimerions bien faire de la plongée
Cette simple demande amène à des colloques sans fin entre les membres de la famille. Soudain, c'est comme si Néroni était frappé d'une illumination.
- Ecoutez, c'est tout simple mais nous n'y avons pas pensé. Nous allons tous aller aux îles de la famille. On va pique-niquer là-bas et vous pourrez explorer tout ce que vous voudrez.
Ah ça, on ne s'y attendait pas, pour sûr.
- Eh, il y a combien d'îles ?
- il y en a quatre. Nous les louons à un complexe hôtelier pour les explorations sous-marines de leurs clients mais bien sûr nous pouvons y aller sans problème.
Comme c'est simple, tout ça ! on ne pouvait pas mieux rêver : des îles dans la famille. Après la belle baraque, pourquoi s'étonner ?
Néroni organise la sortie du lendemain. Nous aurons juste à payer Face de Taureau qui sera de service avec son Lion de Juda pour nous véhiculer tous dans un sens comme dans l'autre.
-Mais, il ne prendra que le prix du fuel.
A voir !
Le lendemain matin, Rosie tient à nous préparer les beignets fidgiens, des paniquéqué, comme elle dit. Au lieu de se servir de la cuisinière à gaz dans la cuisine ultra moderne de la maison, elle opère dans la cuisine traditionnelle fidgienne, cad dans une baraque de tôle ondulée ouverte de deux côtés et disposant du plus rudimentaire des foyers : un tas de bois sur lequel on pose soit une plaque, soit un chaudron bien noir.

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- mais pourquoi ne te sers-tu pas de la cuisinière à gaz ?
- parce que ça va plus vite comme ça.
Ca m'étonnerait bien en ce qui me concerne. Le fait est que les fidgiens vivent en autarcie. Le bois pour la cuisine ne leur coûte rien à l'encontre du gaz qu'il faut payer en bons petits dollars.
Donc, ils s'en tiennent aux méthodes anciennes tout en pouvant disposer dans leurs maisons de facilités plus modernes. J'observerai la même chose dans la maison de Néroni : c'est la cuisine fidgienne qui sert et non l'autre.
Est-ce que cela change la qualité des Paniqueque ? on ne le saura jamais car nous n'aurons jamais à goûter ceux du gaz.
Nous prenons le petit-déjeûner, comme à l'habitude, dans la salle à manger des sous-bassements :
grande table de quatre mètres de long servant à tout, sol de terre battue et vue imprenable sur le jardin avec aération naturelle constante. C'est la salle à manger fidgienne. L'autre la-haut n'est équipée que d'une table pour 5 et de deux chaises. Pas vraiment à la hauteur !
Et puis, l'attente commence. Le lion de Juda ne montre pas son museau. Nous nous postons à l'entrée du parc et voyons défiler tout un peuple à pied ou à cheval. Arrêt, rires, présentations, petites conversations. Les femmes portent le zulu tout comme les hommes. Mais chaque sexe le noue différemment, les hommes sur le devant, les femmes sur le côté. Les femmes portent des fleurs d'hibiscus à chaque oreille, l'homme une seule pas encore ouverte.
L'allure est lente. Les femmes vont par deux ou trois, en devisant gaiement. Au fond, rien n'est vraiment important.

Face de taureau finit par arriver. Mais il a faim, ce seigneur, et se fait servir un plat entier bombé de riz dont il ne laisse pas un grain. Ensuite, ce n'est pas fini, monsieur doit aller prendre au village Néroni, sa femme et ses fils. Nous oublions tous ces petits désagréments lorsqu'enfin, tout le monde casé soit à l'arrière du pick-up soit à l'intérieur, nous faisons route vers les îles du clan. Le ciel est un peu brumeux. Les fidgiens se réjouissent : c'est un bon jour aujourd'hui. Il est vrai que les jours sans nuages sont vraiment très chauds et nous aurions tous cuits pour le pique-nique.
Nous arrivons enfin sur un petit embarcadère. Pipa me demande de payer le Taureau; C'est le prix fort que celui-ci exige, pas du tout ce qui était prévu. J'obtiens cependant que ce soit pour l'aller-retour. Face de taureau n'a pas trop l'air d'apprécier, bien sûr !

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Néroni s'est mis en quête d'une barque à moteur pour aller aux îles, un peu lointaines. Ici, tous les pêcheurs peuvent lui rendre service. N'est-il pas le propriétaire de ces îles où l'un exploite des perles, l'autre lance ses filets..... C'est à la troisième des îles que nous nous rendons. Il y a une petite plage entourée de rochers et dominée par une minuscule colline coiffée de cocotiers.
Les affaires du pique-nique sont installées à l'ombre et tout le monde se met à l'eau. De suite, c'est l'émerveillement. Les coraux sont magnifiques ici. Leurs formes et leurs couleurs sont très diverses et ils sont bien préservés. Seul inconvénient, les fonds sont très peu profonds. Rosie vient avec moi pendant qu' Hervé est entraîné par Pipa et Néroni.

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Après une bonne heure, je reviens seule. Rosie s'est aventurée entre deux îles. Elle a pied mais elle a peur : un requin tournicote autour d'elle et elle appelle son père pour qu'il vienne la chercher.
Elle tient dans ses mains une superbe conche qu'elle vient de cueillir dans les fonds.

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Néroni vient au secours de sa fille et ils reviennent tous deux sains et saufs. Les autres qui restent plus longtemps et s'aventurent plus loin pour pêcher avec le fusil rencontreront aussi des requins. Ils pullullent sur Taveuni. Ouf ! Hervé et moi n'en avons pas croisés. Il est vrai que nous sommes restés très près de notre petite île.
Paolina, qui est restée à terre, vient de s'apercevoir qu'un serpent s'est niché dans un fouillis de racines à un mètre de nos affaires de pique-nique. Nous nous approchons tous; Il dort paisiblement. C'est un serpent à anneaux blancs et noirs d'une espèce très vénéneuse si on l'agresse. On va donc le traiter à la fidgienne : on va le laisser tranquille dans son territoire comme il va nous laisser pique-niquer à la place que nous avons choisie.

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Bien sûr, un moment, cela va l'énerver un peu tout ce monde qui jacasse devant lui et il va se réveiller et se mettre à siffler. Mais, comme nous nous éloignons, il se remettra à dormir comme auparavant.
Les jeunes avec Pipa reviennent avec quelques poissons qu'on fait cuire immédiatement au petit feu de bois préparé par Néroni. Nous savourons les bananes plantain, les coquillages préparées par Paolina et le premier ananas de la plantation.

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Les plaisanteries fusent sur le requin et le serpent. Au fond, tous ces dangers font partie de la nature. Il faut les prendre comme tel, sans trop sans faire. Il y a toujours moyen d'esquiver.
Par contre, ce que personne n'a pu esquiver c'est Face de Taureau. Cette fois-là, il nous a fait attendre interminablement.
-Il est mauvais, cet homme, finit par me confier Paolina.

- Vous vous rendez-compte que nous vous avons attendu pendant des heures et que tout le monde est fatigué ?
Autant mettre mon discours dans ma poche. Mais je suis furieuse et je dis tout net à Néroni que désormais, Hervé et moi, nous nous passerons des services de ce monsieur.
Nous rentrons très très tard. Les femmes sont très fatiguées et il y a toute la préparation du repas à faire. Rosie qui me sent un peu nerveuse du côté de Face de Taureau, me propose de suite d'aller avec Hervé à la "piscine" du village. Ah! sûr qu'ici on oublie toutes les tensions.

La devinette simple du jour : du serpent, du requin ou de Face de taureau, quel est celui qui nous a fait le plus suer aujourd'hui ?