Taveuni/Entre Qeleni et Vita Baleinagasau

C'est notre Rosie qui nous prépare un super repas avant que nous allions tous à la sieste. En fait, Rosie, Pipa, Néori et Paolina,sa femme, vont se mettre aux petits soins pour nous. Il n'est pas question de faire quoi que ce soit, tout au plus, si on rouspète un peu, de couper les pommes de terre en quatre.
La fin de l'après-midi approche quand nous immergeons d'un gros somme libérateur.
- Evelyn, Elvis,  Le taxi vient nous chercher pour nous amener au village.
- C'est loin, ça, Rosie ?
- 1 miles 1/2 ( soit un peu moins que trois km). Venez, nous allons l'attendre dans le jardin.

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Pipa dépose une grande natte sur un monticule à l'ombre et nous savourons ensemble la fraicheur qui revient en faisant connaissance. Pipa nous explique que la maison a été construite, il y a trois ans. Mais, ici, à Vita Baleinagasau, comme ailleurs, il n'est pas possible de laisser une maison sans surveillance. Il faut l'habiter. Toutes les douilles de la maison ont disparu pendant une absence de Pipa. Les fruits du parc disparaissent à leur maturité.
- Ici, tout est à tout le monde.
OK ! seulement, il y a des petites limites et  Pipa et un homme un peu demeuré, à face de bouledogue  vivent en permanence dans la maison de la soeur Australienne. Rosie vient les aider pour le ménage et les repas.
De grandes réunions s'y passent assez souvent : rassemblements pour des fêtes religieuses, pour des célébrations. Pendant le cyclone qui a sévi l'année dernière, plusieurs familles du village ont demandé de s'y réfugier car le toit de leurs propres maisons avait été arraché.
Sinon, Pipa travaille sur sa plantation de Dalo (taro), plus haut sur la colline. La famille a beaucoup de terre en général.
Nous attendons, nous attendons. L'arbre dormeur a replié ses feuilles;

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- Dis-moi, Rosie, ton taxi ne vient pas. Qui est-ce ?
- le même que ce matin.
Ah ! ah! la Face de taureau nous fait poireauter et l'obscurité menace d' envahir le parc.
- Et si nous y allions à pied ?
- Tu n'y penses pas avec ta jolie robe !
Il est vrai qu'Hervé et moi, nous nous sommes "sapés". Néoni doit nous présenter au chef du village et nous nous sommes faits tout beaux : Hervé avec sa chemise de fête blanche brodée de Panama sur le zulu offert par nos amis de Futuna et moi avec une superbe robe longue à tissu africain. Nous sommes tous les deux dans le ton.
- Mais, bien sûr que je peux marcher. Allons-y!

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Et nous empruntons la piste pour rejoindre le village de Qeleni. La nuit tombera que nous n'y serons pas encore arrivés mais personne ne va trébucher. Marche nocturne ponctuée de rencontres. Car ici, peu ont des voitures. Tout se fait à pied ou par les rares bus qui passent - à l'heure fidjienne, cad soit bien en avance, soit le contraire -. Nous nous arrêtons à la fontaine pour remplir notre bouteille d'eau potable. Et nous ne cessons de bavarder agréablement. Enfin le bord de mer éclaire notre chemin; Le village n'est plus loin.

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La maison de Néori perchée dans le village n'offre guère de différence avec les autres si ce n'est qu'elle est entièrement meublée. Car en passant, on peut voir qu'ailleurs, les gens dorment et mangent sur des nattes. Il n'y a pas de mobilier du tout.
Néori doit nous présenter de suite au chef du village. Il inspecte nos tenues. Tout va bien : Hervé dans son zulu et moi dans une robe qui cache mes genoux. Tout est codifié sur ce plan-là. Rosie nous a expliqué les réglements qui prévoient que dans un village fidgien, les femmes se doivent de porter le zulu, les hommes ont interdiction formelle de se couvrir la tête car seul le chef porte le "couvre-chef".
Le chef nous accueille donc dans la galerie de sa case. C'est un homme en fauteuil roulant qui a été amputé d'une jambe.
Nous nous approchons et nous asseyons un peu en retrait sur une natte disposée à notre attention. Il s'agit maintenant d'une véritable cérémonie. Néori frappe deux fois dans ses mains et présente les racines de kava que nous avons apportées. Le chef frappe alors deux fois dans ses mains. Néori entreprend un long discours; A la suite,  le chef invoque les esprits anciens protecteurs afin que notre séjour dans son village et chez nos hôtes obtiennent leur protection. On se croirait presqu'à l'Eglise. Néori remercie les esprits et le chef de même façon et tous deux, nous invitant à faire de même, frappent les mains joyeusement. C'est fini. Nous sommes admis.
Et nous avons droit à un super repas préparé par Paolina et Rosie.
La cuisine fijienne est succulente. On ne sait pas trop ce que l'on mange, entre les feuilles de Dalo ou celles de Kassava ou bien d'autres ou si c'est du poulet ou du poisson tant les sauces enrobent les petits morceaux délicieusement, mais c'est bon. Tout vient des plantations et des jardins ou de la pêche locale et tout est cuisiné à la fidjienne cad au feu de bois.

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Après le diner, Hervé se fait fort d'expliquer à Néori notre périple sur l'Atlas de la famille.

Il est très tard quand tout cela se termine. Néori va chercher Face de Taureau dans le village. On n'en finit pas d'attendre. Enfin, Rosie nous demande de descendre vers l'entrée du village où nous attendons encore. Heureux Face de Taureau qui enfin pointe son Lion de Juda devant nous ! on n'a pas encore compris qu'il va jouer constamment ce jeu avec nous ! mais les esprits protecteurs des Fiji et du village ont admis nos têtes d'étranger. Rien de très facheux peut donc nous arriver !