Ami, si un jour, tu es dégoûté de tout et surtout de toi-même, si tout ce que tu vois te désespère, si le noir voile tes yeux de tristesse et si le gris atteint ton coeur, si rien n'y fait, ni les plaisirs éphémères, ni les plus beaux rivages, viens à Huahine épancher ton âme. Quitte tout sans regret, vend tout sans nostalgie ! n'attend que ce qui va t'être donné ! Ne sois plus acteur, mais récepteur ! N'agis ni ne réagis plus ! permet ainsi à Huahine d'imprégner sa douceur.

Tu viendras avec une voile légère et au large, bien avant la passe, un parfum de vanille ennivrera tes sens.Puis Huahine s'offrira, élégante, avec ses cimes vertes, coiffée de dentelle d'acacia. Elle dépliera ensuite, tissées par ses lagons,  des étendues de rêve où le bleu dans toutes ses nuances ravira ton regard.

Les parfums, les couleurs, les formes aviveront en toi le désir d'aller, de voir et de tout connaître.




Mais, prends garde, Huahine, c'est aussi un paradis comme les autres. Laisse-toi séduire mais jamais subjuguer ! garde le contrôle ! bien d'un Européen s'y est vu refouler et il y a aussi des aspects nocifs de la Polynésie qu'on ne peut éluder.

Nous voici, Hervé et moi, sur un chemin allant dans une vallée profonde où courrent les ruisseaux d'eau claire. Tout n'est qu'enchantement. De petites plantations de Taro au vert pimpant, bordent le ruisseau ainsi que des papayiers, des manguiers.
Les cases, enfouies dans la verdure, font profusion de bougainvillier violet, d'hibiscus rouge ou orange.
Nul bruit que celui de la brise dans les hauts cocotiers et celui des oiseaux qui voletent dans les Mapé.
Et celui de la bicyclette qui s'avance vers nous sur le chemin.
Un jeune homme, avec un grand sac blanc. Il s'arrête à notre salut.
- Tu reviens de la pêche ?
- Non, je viens de ramasser du Hashish !
Ah! ça alors !
- On peut voir?
Il entrouve le grand sac. Ca ressemble à du basilic oriental, longues tiges à petites feuilles d'un vert intense. Ca sent très fort.
On nous a bien dit qu'en Polynésie, la principale source de revenus est le Pakalolo, le hashish d'ici. Mais, il faut avoir le nez dessus pour vraiment y croire, tant pour le passager, le voyageur, le navigateur, les lieux sont idylliques et les gens si naturels et si accueillants.
- Ah ! mais tu sais qu'en Europe, ça fait bien du mal. Ca détruit les jeunes. Et après, ils peuvent passer à des choses plus dures, comme la cocaine et l'Héroïne.
- Oui ! mais le maire de la commune, il ne fait rien pour nous donner du travail.
- Mais, tu pourrais peut-être faire autre chose qui fait du bien aux gens. Et bientôt, tu vas avoir des enfants.
- Oui ! ça va venir.
- Tu pourrais peut-être faire des légumes. Du Taro, des pommes de terre, des oignons. La terre est riche ici, c'est une terre d'alluvion.
- Oui ! elle est riche.
Il est troublé alors par notre discussion. Son front se plisse. Son regard se fait plus intense. Alors, il déclare.
- Oui! je pourrais, je pourrais faire pousser des tomates.
Nous sommes émus.
Bientôt peut-être, nous l'espérons, ce jeune homme reviendra chez lui, en bicyclette, par le petit chemin de la vallée, avec son sac blanc rempli de poissons pêchés dans le lagon.