"Sous le grand ciel étoilé,
Creusez la tombe et m'y déposez,
Heureux ai-je vécu, et heureux suis-je mort,
Et je forme ce voeu
que vous graverez pour moi ce vers :
Il repose là où il désirait être,
Le marin trouve son foyer dans la mer,
Le chasseur le trouve sur la colline"

Elle chante d'une belle voix, avec toute son âme, l'épitaphe inscrit sur la tombe de Robert Louis Stevenson, en haut de la colline qui domine son manoir et ses terres.
Car, il a été fait selon son souhait : les Samoans ont aménagé un sentier dans la colline, qu'ils ont appelé ensuite " le sentier du coeur aimant". A dos d'hommes, se relayant, ils ont hissé le cerceuil de l'écrivain-poète jusqu'au sommet. C'est là qu'il repose depuis 1894; Mais son coeur devait être aussi proche de la mer car elle y envoie sa brise de la grande baie d'Apia qui s'étale devant la colline.

Il est là dans ce manoir, dans un grand portrait, qui le présente assis, de longues mains noueuses prises l'une dans l'autre comme le reflet d'une torture, son saisissant visage, mi ombre, mi lumière, Dortor Jekill, Mr Hide.

Mais ses yeux, d'un bleu pénétrant, ne reflète pas l'ubiquité. C'est une lueur d'intelligence et d'humanité qui s'en évade. Seule la maladie incurable qui fut sa compagne d'existence depuis le plus jeune âge, semble constituer la part d'ombre de cet homme.

Dans ce manoir, aussi, une belle jeune femme, celle qui chante. Elle s'appelle Margaret.
" Ma grand-mère était lingère au manoir. Elle a appellé ma mère "Margaret" du nom de la mère de R.L. Stevenson et ma mère a fait de même pour moi.
- Voici, la chambre de la mere de R.L. Stevenson. C'est la plus belle du manoir. Il était fils unique, fils chéri et hélas, fils extrèmement atteint par une maladie qu'on n'a pas su définir à l'époque. Cherchant un climat plus sec que celui de son Ecosse natale, il est venu, 5 ans avant sa mort, à Upulu, avec sa femme Fannie et les deux enfants de cette dernière. Il a construit ce manoir et commençé les plantations d'ananas dont il tirait un revenu. C'est ici qu'il a écrit nombre de ses livres dont "l'ile aux trésors" et "Doctor Jekill et Mr Hide".

La mère de R.L.Stevenson est morte en Ecosse quelques années après le décès de son fils. Les enfants de Fanny n'ont pas eu de descendance. R.L. Stevenson n'a pas laissé de descendance.
Mais, Margaret, la jeune femme de Samoa, est là pour perpétuer son souvenir et montrer sa maison. Plus qu'un guide ordinaire, elle est imprégnée de l'esprit des lieux et de celui de R.L Stevenson. Ne se risque-t'elle pas à dire, en toute innocence :
- Si vous avez des amis, amenez-les ici que je leur montre la chambre de Margaret, ma chambre.

Pour nous, sans conteste, les îles Samoa ont donné à leur bienfaiteur une descendance : Margaret, petite-fille de la lingère du manoir.