A Samoa, le roi Maliéta était connu pour être cannibale. Les victimes composant ses repas venaient des quatre coins des îles. Tous les jours, il lui en fallait deux pour ses banquets en compagnie des hommes de sa cour et de leur famille. On les nommait "plat du Roi".
Quand les pauvres gens arrivaient devant le faré du Roi, ils étaient accueillis et pris en main par des hommes de cour qui, après les avoir tout de même remercié de leur venue, les allongeaient sur une pierre plate et lisse pour les tuer; Les jeunes gens exécutés étaient ensuite livrés à la cuisine.
Les cuisiniers leur attachaient alors les bras au corps et les asseyaient dans le four, les jambes repliées sous eux, comme s'ils étaient toujours vivants.Puis on les faisait rôtir.
Quand ils étaient à point, on les amenait au faré du roi et on les découpait.
Il était d'usage que la nuque et le coeur reviennent au roi. Le reste des corps était servi aux invités et aux membres de leur famille. On ne sait pas si les intestins étaient consommés comme ceux des porcs.

Un jour, alors que le roi Maliéta était devenu vieux, deux jeunes gens désignés pour son menu, arrivèrent en pirogue de l'île voisine de Savai. Ils avaient navigué toute la nuit
pour être au faré du roi le lendemain  et accostèrent au petit matin au pied d'un promontoire où le fils du roi, Polualeuliligana s'était assoupi. Ce dernier fut réveillé par le bruit qu'ils firent. Il les vit mettre leurs plus beaux habits et les entendit se lamenter sur leur sort.

- Hélas, cette aube signifie notre mort. Que nos vies soient épargnées !
- Qui êtes-vous ? leur demanda-t'il alors.
- On nous a dit de venir ici pour le menu du Roi.
Polualeuliligana (on s'y habitue très vite à ce nom) fut ému par leurs paroles. Il trancha alors une grande feuille de cocotier et leur dit :
- Enrobez-moi dans cette feuille comme on le fait pour préparer le poisson à la cuisson et transportez moi sur une civière jusqu'au faré du roi.
Alors, les jeunes gens tressèrent le corps du fils du roi avec les rubans tirés de la feuille de cocotier. Puis, ils se rendirent au faré du roi et le lui présentèrent.
- Qu'est-ce que c'est ? s'exclama le roi.
- Ceci est le poisson sacré dédié à sa majesté.
Alors le roi ordonna à sa suite de s'occuper du poisson. Quand ses hommes défirent les tresses de feuillage, ils reconnurent de suite le fils du roi.
- Oh! majesté ! ceci n'est pas un poisson. C'est votre fils, Polualeuliligana.
Maliéta, le roi cannibale, eut un choc au coeur et se mit à verser des larmes abondantes.
-Comment as-tu pu être si cruel avec moi ? demanda-t'il à son fils.
Celui-ci se taisait. Le père comprit alors la leçon qu'il voulait lui infliger.
- De ce jour, déclara le Roi Maliéta, j'épargnerai les hommes et ce sera le poisson qui fera désormais mon menu.

Maliéta tint parole et ceci mit fin au cannibalisme dans les îles Samoa.
Une sculpture monumentale en bois du pays représentant Maliéta découvrant avec horreur son fils enrubanné dans les tresses de feuillage se trouve dans la galerie du manoir de R.L Stevenson.

Toute la Polynésie et Mélanaisie ont été sujettes au cannibalisme. La dernière victime aux Marquises date de 1938; Hervé se souvient de cette date donné par notre ami Etienne devant le Marae sacrificiel d'Hiva Hoa car c'est précisément la date de sa naissance.
Dans cette histoire de Samoa, c'est le chef qui en décide la fin, éclairé dans sa conscience grace au stratagème de son fils. En grande majorité, ce sont les missionnaires qui ont convaincu les rois et les chefs d'arrêter cette horrible pratique.
Dans nos pays d'Europe, on raconte encore aux petits enfants des histoires d'Ogre, telle celui du Petit-Poucet ou Barbe-Bleue. Est-ce une réminiscence des temps où nos ogres, nos cannibales, mangeaient la chair d'homme ?