Puis-je vraiment parlé des Samoa Occidentales ? certes non ! nous n'y sommes hélas restés trop peu de temps. Juste quelques impressions.
Le jour de notre arrivée, c'est un Dimanche. Du bateau, à la petite marina où tous les bateaux sont réellement consignés par les autorités, on entend les cloches sonner. Appel général à la prière qui résonnent des multiples chapelles et églises bordant le front de mer. Les Samoans sont extrémement religieux, dans tous les registres de la spiritualité chrétienne, catholiques, protestants, témoins de Jéhovah, Mormons et j'en passe. On est heureusement loin du cannibalisme affiché par leurs ancêtres.
 L'étonnement pour nous vient de les voir habillés. Tous les hommes, mais tous les hommes portent le sarong, jupe longue croisée de couleur noire ou bleue foncée avec une chemisette plutôt moderne ma fois.

Certains portent une veste sur le sarong. Du coup, de dos, on les croirait en tailleur de femme. Les prêtres portent un sarong blanc, certains avec une veste blanche également. Là ça fait presque fin de défilé de mode sans le bouquet de la mariée au bras d'Yves St Laurent; Heureusement qu'il y a chez eux des extrémités viriles qui rassurent concernant leur sexe : Ce qu'on voit des jambes et des bras est bien musclé et poilu !
Les femmes sont toutes en robe longue, blanche avec des décorations florales. Et c'est un peuple extrèmement joyeux et accueillant.


Les deux îles des Samoa Occidentales, Opulu et Savai, ont gardé une structure sociale très hiérarchisée autour du chef de famille, puis du chef du village. Ce sont des îles prospères, très bien cultivées. Cela se remarque par la qualité de l'habitat et le soin apporté à l'environnement.
Somerset Maugham, un de mes écrivains anglais préférés, a écrit une nouvelle sur Apia, intitulé "The pool", le bassin. Il s'agissait d'un écossais s'amourachant d'une belle Samoanne découverte au bain dans un bassin.  Les résidents anglais lui font comprendre que ce n'est pas une bonne chose que de fréquenter une autochtone et encore moins de se marier avec elle. Pourtant, c'est ce qu'il fait. A partir du moment où il a un fils, il désire en faire un bon écossais. Pour ce, sans consulter sa femme, il obtient un poste en Ecosse et l'expatrie avec lui. Et là, c'est triste. Cette femme, habituée à une vie communautaire, se retrouve seule dans une jolie maison avec son petit sous le climat rude de l'Ecosse. Elle part sans dire mot. Il quitte tout pour la retrouver. Mais tout est fini. Elle retourne vivre dans sa tribu familiale et élève l'enfant à la façon de l'île. Elle n'est même plus sa femme au sens propre du terme. Désespéré, toujours passionnément liée à elle, l'homme sombr
 e dans l'alcool pour terminer un jour une grosse pierre à son cou, au fond du bassin où se baignait la Samoanne.
J'aurais aimé voir le bassin. Mais à l'office de tourisme, personne ne connaissait Somerset Maugham et encore moins la nouvelle. Mais j'ai appris par la suite qu'il existait de ces bassins pas loin de la ville, ce qui avait dû inspirer l'écrivain.
S. Maugham a dû descendre dans le grand hotel du coin, un hotel mythique : Angie Grey's.
Toutes les splendeurs du colonialisme y sont représentés, avec les décorations d'art local, le confort british, les photographies des célébrités qui ont défilé dont la famille d'Angleterre. Une américaine nous a pressé d'assister à un "special Wednesday", un diner du mercredi avec musique et danses locales. Ma foi ! c'était accessible et somptueux. Bien cinq serveurs en superbe sarong blanc imprimés de motifs samoans à s'occuper de vous, deux ou trois samoannes en costume traditionnel, à s'enquérir de vos besoins. Traités comme des maharajahs !
Angie Grey apparait à la fin de la représentation, très élégamment vêtue d'une robe longue, suivie de deux serviteurs comme une reine, l'un d'entre eux portant un long collier de fleurs rouges dont elle est ensuite couronnée. Et la voilà qui nous explique d'une voix douce et bien timbrée que les artistes que nous voyons sur scène, musiciens, chanteurs et danseurs, danseuses, ne sont autres que ses employés qui vont ensuite nous servir à table. Incroyable ! Puis, cette dame d'un âge vénérable que la reine d'Angleterre a décoré d'une médaille du mérite pour sa contribution pendant la derniere guerre en offrant son hotel pour la convalescence des soldats britanniques et américains blessés dans les combats, exécute pour son plaisir et celui de ses employés-artistes, la danse locale, avec une grace et une aisance qui fascine. Elle est follement applaudie.

 


Samoa, c'est aussi les immenses pirogues qui régatent continuellement dans la baie. Ces pirogues ont toujours leur utilité dans certains villages seulement accessibles par la mer. Elles permettent à la population de se transporter avec vivres et animaux, tant elles sont grandes, pouvant accepter 48 personnes. Tout un rituel accompagne un départ et une navigation de pirogue : Montée des piroguiers avec leurs pagaies rouges, du tambour qui va scander les coups de pagaie lors de la navigation, du chef de pirogue qui va ordonner la cadence.
C'est parti,au premier coup de sifflet, les voici soulevant verticales leurs pagaies  et les rabaissant dans un bel ensemble. Attente silencieuse. Deuxième coup de sifflet : les hommes soulèvent les pagaies de l'eau. Troisième : premier coup de rame, roulement de tambour. Et telle une immense raie manta frappant le lagon bleu de ses deux ailes, la pirogue s'éloigne, puissante et magnifique.

Ah!Samoa!le peu que nous ayons vu et entendu nous inciterait à refaire un tour du monde!