Bora s'éloigne, Mauipiti se rapproche. Nous la longeons, cette belle île sans y prévoir d'escale. Papadjo va en mer jusqu'à l'atoll Suvarov à quelques 685 mn de Bora. C'est un bon retour en mer, cinq jours si nous sommes chanceux.
Et la mer est au rendez-vous. Musclée jusqu'aux derniers atolls de Polynésie, Motu One et Maupihaa. Nous passons entre les deux, bien tangonnés, deux ris dans la grand voile; La houle est très maniable, pas du tout croisée comme elle l'était entre les Galapagos et les Marquises. Mais elle est trop forte pour notre pilote électrique. C'est donc le pilote à vent qui conduit le bateau avec sa nouvelle pÄle, plus longue que les autres. Le pilote n'assure pas bien, fait de l'accordéon et ce n'est pas du tout jouable dans cette mer-là. Hervé s'aperçoit soudain que la pâle est cassée. Je prend la barre pendant qu'il la retire;
Ca me tue de le savoir dans la jupe, un tiers du corps à l'extérieur tandis que la houle s'enfle juste là pour s'engouffrer ensuite sous la coque dans un vrombissement continu.
Hervé porte sa sécurité. Il n'empêche que la position est scabreuse.
Ouf, il a fini par retirer la pâle.
- Et comment fait'on maintenant ?
- Eh bien ! on en remet une autre, l'ancienne.
- Et tu dois refaire toute la gymnastique pour la mettre en place.
Mais c'est bien sûr ! Evelyn retient ton souffle ou plutôt respire à fond.
Mais cette fois-là, laissant Papadjo au pilote élecrique, je peux l'aider en lui passant l'axe et la clef à pipe. L'axe permet de raccorder la pâle à un support en métal qui la retient dans l'eau. La difficulté est d'ajuster le trou de la pâle à celui du support pour enfin y glisser l'axe qu'on verrouille avec un écrou.
C'est à ce moment-là où on prie ST Antoine pour  qu'Hervé puisse faire coincider les deux trous;  C'est tout un art car il faut que la pâle soit bien verticale dans l'eau et présente le tranchant au courant. Sinon, elle est prise dans la force du courant et risque d'écraser les mains contre la structure du bateau. Hervé peste tant et plus. Il crie quand il faut faire tous ses efforts pour maintenir la pâle correctement.Je lui demande de ne pas s'énerver, surtout dans la position critique qui est la sienne. Je respire un grand coup car il ne faut pas de mon côté m'effrayer de la situation.
- Ca y est, je l'ai, passe-moi l'axe.
- C'est bon, passe-moi la clef à pipe.
- Ca y est,  c'est fait.
Ouf ! ouf ! ouf !
Maintenant, comment va-t'elle marcher, cette nouvelle pâle ? Par vent arrière, c'est pas génial. Eh bien ! c'est réellement mauvais. C'est du Yvette Horner ! Sauf que nous ne sommes pas dans une guingette. Seule solution pour ne pas avoir à barrer, accompagner le pilote, le rediriger quand il déraille. Et nous ne pouvons rien faire d'autre car la nuit est venue. Donc les quarts vont être occupés.
Ah! la nuit fastidieuse ! mais il faut tenir et c'est tout de même mieux que de barrer une mer difficile.
Au petit matin :
-Fais le café ! je vais t'expliquer quelque chose.
oK ! ok !
- Je vais raboter la pâle pour qu'elle soit plus performante.
- Mais alors, il faut que tu la démontes !
- Oui ! et que je la remonte ensuite.
Ah ! Dieu du ciel et de la mer ! Heureusement, il y a amélioration du temps. Le pilote électrique marche bien.
Et voilà mon Hervé qui redescend dans la fosse, reprend sa pâle et la rabote, puis la ponce. Un vrai joli travail ! Et nous faisons ensemble la remise en place, Hervé dans la fosse et Evelyn qui passe les outils. Pas de problème ! les procédures sont bien assimilées.
Essai de pâle : la perfection. Yvette Horner a fermé son accordéon.