Partis de Faré, la capitale de l'île, plutôt un village aux habitats dispersés, mais sympa, nous faisons route dans le lagon, par très beau temps, le long de Huahine Nui, puis de Huahine Iti, en fait deux îles logées dans le plasma bleu protecteur du lagon et reliées entre elles par un minuscule petit pont.

 

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 Tout le monde nous incitait à aller à Huahine :
- Vous verrez, c'est plus beau que Bora, plus authentique, plus mystérieux.
Tous les qualificatifs y étaient. Mais, nous, nous ne pouvons comparer. Bora, c'est pour après, lorsque nous prendrons la sortie de la Polynésie. Nous sommes encore en attente d'un colis venant de France - 10 jours, 15 et maintenant plus de 20.

En fait, Huahine, c'est tout ce qu'ils ont dit. Il faut certes bien du temps pour s'imprégner du caractère de ces deux îles, pour connaître leurs recoins secrets, les marae des ancêtres, les lagons intérieurs avec leurs pièges à poisson, les rivières que visitent les anguilles sacrées, les baies profondes adossées aux montagnes et les nombreuses passes qui percent le lagon principal. Mais du temps, grace à la poste, on en a !

 

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Ce jour là, magnifique de clarté, nous dirigeons notre bateau vers la baie extrème Sud de Huahine Iti, la baie d'Avae, immense, bordée d'un mince ruban de sable doré sous fond de cocotiers et d'arbres divers qui s'étagent sur de douces collines d'un vert intense. Le lagon est bleu marine et turquoise. Nous mouillons en face d'une petite pension de famille qui est aussi un centre de plongée. Il se passe une bonne heure. Le temps radieux se gâte. Des rafales de vent viennent prendre le bateau sans interruption. Décidément, forts vents et pluies abondantes sont toujours au programme de la Polynésie 2O10. Nous décidons de nous enfoncer dans la baie où nous serons peut-être plus protégés de ce vent de Sud-Est. Pas de réponse au moteur. Mais, alors rien ! le démarreur nous a lâché. Nous avisons un énorme voilier que nous avions croisé à Tahiti.
- Ils ont sûrement un mécano sur ce bateau.
- On va les voir.
Et nous ramenons à bord Mike, le mécano d'"Infinity" et Ajak, un breton qui est second sur ce bateau. Mike se met en quatre pour nous secourir. On démonte le démarreur. Il l'ouvre : problème de charbons.
- C'est l'affaire d'un spécialiste; Il vous faut d'autres charbons.
Or nous sommes tout de même loin, mais loin de Faré, et Faré est loin, mais loin de tout.
Aujourd'hui, il est impensable de s'y rendre. Nous attendrons demain.

 

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Et Mike, l'Irlandais, reste avec nous. Il nous raconte l'histoire surprenante de ce voilier en acier de 25 mètres qui accepte des passagers payants et se consacre aux recherches scientifiques et environnementales.
- Moi, je faisais des voyages sac à dos et un jour, je tombe sur ce voilier et son propriétaire. Nous sympatisons. Il m'embarque. Pendant huit mois, il m'apprend tout sur ce bateau, puis, devant le quitter pour des problèmes familiaux, il m'en laisse la direction. C'est moi qui nomme le capitaine et le second et qui a la responsabilité de la maintenance. Mais ce bateau est un gouffre. Il est très difficile de le maintenir en état. J'ai dû tout apprendre. Il y a deux ans, je ne connaissais rien à la mécanique; Eh bien ! j'ai appris, j'ai dépanné.....
Je travaille sans relache. Nous avons la responsabilité de 17 passagers en permanence.

Mike reste avec nous autour de quelques caipirhinia tard dans la soirée. Nous échangeons un tas de points de vue sur les voyages; C'est un être jeune et beau, plein d'altruisme et de dynamisme. Il n'a pas fini de trotter sur la terre et de naviguer sur les océans.
En tout cas, Merci Mike, d'avoir pris du temps pour notre Papadjo.

 

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Le lendemain, levée à 6h, départ à 7h. Sur la plage, rencontre avec Morgan, un breton qui s'occupe du centre de plongée de la pension de famille.
- Un mécano, c'est simple, appelez Pascal. Il est sur Faré. C'est le meilleur de l'île.
Dans la foulée, nous avons Pascal au téléphone. Il nous attend avec notre démarreur.
Comment rejoindre Faré, quitter cette île, rejoindre l'autre par les routes sinueuses qui bordent les baies. Il n'y a guère de circulation. Deux voitures passent et ne s'arrêtent pas. Soudain, nous avisons un mini-bus garé devant la pension. Le type va sur l'aéroport de Faré chercher des clients; Il pleut des cordes sur Faré. A l'aéroport, c'est le déluge. Heureusment Pascal qui habite tout près, nous prend dans sa camionnette.
 Dans son atelier,examen du démarreur :
-Ca va être difficile de trouver les mêmes charbons. Il me semble que j'en ai de reste qui feraient bien l'affaire, en les meulant.
Pascal, malgré l'ordre scrupuleux qui règne dans son atelier, ne retrouve pas les charbons; Il se penche à nouveau sur le démarreur :
- Mais, il me semble qu'ils ne sont que grippés. Un bon coup de nettoyage, on remet en place les deux qui sont sortis et le tour est bon.
Pascal  est un ex "bouchon gras" de la Royale. Il s'est installé à Huahine il y a des années comme bien des militaires et des légionnaires en retraite. Tous ont plus ou moins épousé des polynésiennes et vivent heureux dans leur faré.
Le démarreur est bichonné par les mains adroites de Pascal, puis testé : il part au quart de tour. Nous sommes sauvés !

Comment retourner ?  C'est loin et il recommence à pleuvoir. On avise un "Truck", un bus local très coloré avec deux banquettes longues latérales et un banc au milieu.
- Nous allons à Avae.
- Montez, le truck y va aussi. Il part dès qu'il aura fait le plein.
Et c'est parti avec les gens de l'île. Atmosphère très familiale, fous rires. Ce sont eux presque qui dirigent le "Truck"; Ils disent quand s'arrêter et quand partir. C'est très drÖle.

Nous arrivons au bateau avec notre démarreur. Hervé le monte dans la foulée. Vroum ! ça marche immédiatement.

Voilà, ça s'appelle "journées huilées" en Polynésie.