Allons à Tahaa trouver le rêve ! après douze jours de chantier à Raiatea, il fallait bien ça pour décompresser. Non que l'ambiance fut mauvaise, mais Papadjo avait hâte de tremper sa nouvelle parure dans des eaux crystallines.

Pourquoi le rêve est-il donc à Tahaa, au fait ? parce que nous ne pouvions pas imaginer encore de décor plus idyllique où la symbiose du lagon et du ciel se joue en un camieu savant de bleus où plonge le regard, incrédule et émerveillé : bleu profond des grandes profondeurs cerné de près par le turquoise des fonds sableux et moins profonds, puis le bleu jaune des eaux affleurant. Se découpent à l'horizon, les motus (îlots) aux verts cocotiers valsant dans le vent,  la frange blanc éclatante des rouleaux qui déferlent sur la barrière de corail et au-delà, le rêve des rêves, la silhouette majestueuse de Bora-Bora.

Papadjo baigne dans les eaux turquoises, sous fond de sable. Il y a du poisson et du beau qui virevolte tout autour et on commence à pêcher avec de la pâte à pain. C'est Hervé qui tient la canne. C'est Evelyn qui appâte. Elle appâte gros d'abord pour attirer ces longs poissons qu'on prend pour des bébés requins. Ca part de suite. Maintenant, elle appate bien plus fin; Ca mord et ç'est pris.
- va chercher l'épuisette. C'est trop gros à remonter.
Mais le temps de chercher l'épuisette, le bébé requin s'est planqué sous la coque.
- Ce ne sont pas des requins mais des poissons ventouses. Impossible de remonter la ligne. Ca ne bouge plus.
- Attend donc ! je vais te décoincer l'animal.
Palme, Masque, Tuba et l'énorme crochet attaché à un bâton de plus d'un mètre. Evelyn doit s'y reprendre à plusieurs fois pour déloger le poisson qui s'est ventousé à la coque. C'est un rémora. De peur qu'il n'y revienne, elle tire sur la ligne pour le ramener bien en-dehors. Hervé en profite pour lui faire alors goûter l'oxigène en attendant de le faire glisser dans l'épuisette. Et nous pouvons bien l'observer et le sentir. C'est un poisson, un peu genre requin sans dents, qui possède, à la place de la nageoire dorsale, une ventouse assez importante lui permettant d'adhérer sur les corps des autres poissons, en général les squales mais aussi les tortues et les raies et aussi les "Papadjo". Ainsi il se fait transporter et nourrir, à l'oeil. N'empêche que nous ne savons pas s'il est comestible. Et puis ! il sent vraiment très mauvais. Donc nous le remettons à la mer.

L'expédition dans le lagon est prévu pour le lendemain. Nous nous équipons alors et rejoignons les coraux de basse profondeurs près des motus. Et là, c'est comme sur les dépliants. Vous avez le sourire violet et le sourire vert des bénitiers. Et puis cachée dans le profond découpage d'un corail, une énorme porcelaine, gardée par les piquants des oursins noirs.

Le vent s'est levé. Le lagon frémit et ondule. Il est temps de rentrer.
 Si pendant la journée, viennent les charters et autres bateaux, ils s'échappent comme des moineaux bien avant le coucher du soleil et nous laissent le lagon en garde pour le jour suivant. Gardiens de lagon ! quelle occupation ! Surtout le soir, quand le vent qui les a fait fuir, se calme et redonne leur quiétude et leur transparence aux eaux magnifiques et le matin, quand tout s'éveille dans le silence et la beauté.