Eh bien ! nous sommes arrivés sous crachin breton. Les montagnes étaient plombées de nuages noirs. Il faisait humide et froid. On a appelé le port à la vhf. Personne n'a répondu. Le port était vide et sans activité. On a vu de jolis quais avec plein de bittes d'amarrage. Seul un grand voilier y stationnait. Une fois finie la manoeuvre, un type est venu :
- Vous ne pouvez rester là. Il vous faut l'autorisation du port.
- Mais, ils ne répondent pas à la VHF
- Bien sûr, ils sont en grève.
- Ah ! alors, comment avoir l'autorisation ?
- Allez à la marina !
C'est ça. Marina sur centre-ville, à Papeete en Polynésie Française. Autant demander pension à l'Elysée, rue du Faubourg St Honoré.
 On est reparti par un chenal balisé, bravant le crachin, pour nous retrouver dans le lagon de Maeva Beach, à dix km de là.  "Maeva", cela signifie "Bienvenue". Bienvenue dans le lagon aux cent cinquante yatchs ! tout pour plaire.
- Et si on se mettait dans la première ligne de voiliers ?
- Oui ! mais ceux-ci sont sur bouée. Il faudra faire attention aux distances.
Et bien là, on est pas mal. Maeva Beach toute libre devant nous ainsi que la petite baie, au loin la barrière de corail qui ferme le lagon et nos voisins, apparemment ne sont pas à bord.
Toc ! toc !
- Vous ne pouvez rester là. Moi, je travaille dans la baie avec le ski nautique et vous prenez de la place. Si d'autres voiliers viennent......
Ah ! mais ce n'est pas avec une couronne de Tiaré que Tahiti nous accueille, Mdamme Bon Dieu, comme disait ma copine Laurence, mais avec celle du repousse-poil.
- Ecoutez ! là, on est un peu fatigué. 
Demain, on reculera.

Ca, c'est l'entrée dans Tahiti. Tous les clichés ont jaunis. Nous étions à Papeete dans le bruit incessant des voitures qui foncent sur la portion d'autoroute faisant face au mouillage et dégageant des gaz d'échappement à fermer les narines, un gros lot s'épanchant sur le gros "Carrefour" du coin, qui vend tout ce qui est français, à des prix imbattablement élevés, sauf la moutarde de Dijon.
Papeete, au départ, on en a vu que les cliniques et les hôpitaux où nous avions des rdv santé. Et encore, l'hôpital était en grève et on a été accueilli par un - le prochain rdv sera dans un mois- comme si on allait pouvoir attendre.
Quand la grève s'est terminée, les journeaux ont annoncé une perte par milliards. Il est vrai que l'aéroport avait été fermé pendant cinq jours arrêtant tout le négoce inter-îles et laissant en plan tous les touristes, tout ceci à cause des pompiers qui avaient tout simplement disparu de la circulation. Un aéroport, sans pompiers, ca ne marche pas.
Ceux qui ne faisait pas la grève, c'était ceux du Sophitel, nos voisins. Eux, ils nous faisaient la guerre par sbires interposés avec des -défenses d'aterrir à la plage de l'hôtel- défense de passer par les jardins de l'hôtel- Il ne nous restait plus qu'un bout de pelouse sur le reste de plage laissé à l'abandon. Et encore, on nous a dit de ne plus nous y mettre, le terrain étant privé. Du coup, on a été pris en main par de gentils Tahitiens, un peu plus loin. Ils nous ont gardé la barque devant chez eux et ont même aménagé un petit terre plein pour l'entreposer. Ouf ! la gentillesse existait encore !

Elle existait aussi chez la famille "bateau" , un couple de français, résidents en Polynésie et leurs quatre enfants. Les parents habitent sur leur bateau et ont casé leurs enfants sur trois autres bateaux.
- C'est tellement cher les locations, ici, que nous avons fini par acheter d'autres bateaux.
Avec la famille "Bateau" et d'autres couples français, résidents, sur leur bateau, ce fut une bonne ambiance, apéro et repas. Il fallait ça, car le temps s'est déchaîné. Nous avons passé deux journées bloquées sur le bateau à cause de coups de vent sévères accompagnés de grosse pluie diluvienne.
Elle existait aussi au "Gaz de Tahiti" où l'agent qui remplissait nos bouteilles nous a pris totalement en charge, nous ramenant avec sa voiture jusqu'au Sophitel, à une quinzaine de km de son lieu de travail.

Enfin, quand tous ces rdv santé se sont terminés, nous n'avions plus qu'une idée : partir en face, à Moorea. En finir avec ce bruit, cette pollution, cette civilisation.
Tahiti, ce fut le choc, après les Marquises et les Tuamotus où l'accueil était si chaleureux. Il faut tout de même remarquer que les gens qui nous ont fait des difficultés avaient la peau bien blanche.... Ils n'ont sans doute pas été capables de s'adapter à la civilisation polynésienne faîte de valeurs inconnues dans leur coeur.

Et alors Tahiti !
Alors, alors, nous y sommes allés mais ne pouvons rendre justice à cette île que nous n'avons même pas visitée.