2h du matin ! un choc ! Hervé me réveille brusquement :
- le bateau a touché quelque chose. Vite !
Comme d'un seul bond, nous nous retrouvons au cockpit.
- Mets le moteur ! vite !
J'ai dans les doigts les manettes à ouvrir, le bouton poussoir ensuite. Il ne faut pas paniquer. Tout bien mettre. Ca y est ! Tout est en place. J'appuie sur le bouton poussoir. Pourvu que le moteur démarre ! j'entend le premier bruit. J'attend. Puis il arrive, le ronronnement du départ.
- Mets en prise et plein gaz !
C'est fait ! je me relève. Je vois le flanc tribord du bateau penché sur une roche.
Vroum ! Vroum ! nous sommes dégagés.

Où sommes nous maintenant ! il fait nuit de lune. Nous sommes dans le lagon de Takaroa depuis 
hier soir, normalement amarrés à une bouée "costaud pour recevoir un thonier", bouée qui a cédé dans la nuit. Comment nous diriger ! Hervé me donne maintenant la barre et se dirige à l'avant du bateau pour préparer l'ancre. La profondeur est bonne. Mais nous savons que le lagon est un vrai champ de mines à cet endroit, de mines perlières. Les huitres sont accrochées sur des piques signalées par des boules de marin. Nous ancrons une première fois. Mais en reculant pour voir si l'ancre tient bien, je m'aperçois que nous sommes trop proches de patates de corail et du platier du rivage. Il faut refaire. Hervé remonte l'ancre mais ne peut la dégager. Un filin la retient solidement. 
- Amène le coupe-coupe !
Heureusement le coupe-coupe a été aiguisé la veille.  En un seul coup, le filin cède, l'ancre se libère.
Le vent souffle. Je n'ai pas de dérive. Redresser le bateau est difficile.
- Avance ! avance !
D'accord ! mais devant moi, plein de boules. Je n'ai aucune envie de manoeuvrer dans ce champ de perles.
- Hervé ! on ne peut plus avancer.
- Je te dis d'avancer.
- Non ! il y a devant nous trop de boules. On peut faire maintenant. C'est libre et on est assez loin des patates.
Bruit de l'ancre qui tombe.
- Je ne mettrais pas trop de chaîne.
- Ok !
Voilà ! c'est fait ! le bateau est sauf maintenant.
- Evelyn ! nous allons organiser des quarts jusqu'au petit jour. Ok !
- Ok !
Le petit jour arrive. Où sommes nous donc ! Ah ! oui ! le petit port de l'aéroport. A la fin de sa dérive, le bateau a dû buter sur la pointe de rochers qui dépassent de la digue. Ainsi il n'a pas atteint le redoutable platier de la côte et nous avons pu de suite regagner les profondeurs. Où se trouve la maison de Gustave et d'Adrienne, nos amis d'ici. Il faut attendre que Gus remarque l'absence du bateau et vienne nous guider en eau sûre. Car ici, ce n'est pas sûr du tout : sur tribord, un haut fond sur lequel dépassent des bouts de ferraille, temoins d'un nauvrage. Devant nous, le champs des boules perlières, infranchissable. Derrière nous, la côte toute proche, son platier et ses patates de corail tout aussi redoutables; Sur babord, la voie est libre. La profondeur est de 11 m. Mais où aller ! nous devons attendre.
Une première barque passe :
- vous ne pouvez rester ici !
- Oui ! nous le savons. Nous attendons un ami.
Entre temps, comme il nous l'a expliqué par la suite, Gustave s'est aperçu que le bateau n'était plus en place. Grace aux feux de tête de mât, il a pu repérer son emplacement. Il est allé voir la bouée. Disparue ! Il a plongé, remis les amarres en place et une autre bouée. 
Enfin, une barque qui se dirige vers nous. Ce doit être Gus. Oui ! c'est bien lui.
- Je monte à bord. Je vous guide jusqu'à la nouvelle bouée.

Nous avons lu et relu que les Tuamotus sont des atolls dangereux pour les bateaux. Le danger est venu bêtement, comme nous l'avons constaté ensemble en inspectant l'amas de cordages sur le bateau, d'un manille qui avait lâché.
En tout cas, le bateau s'en sort avec quelques éraflures sur son tribord.
C'eut été un quillard, il restait au rocher.
Pour plus de sûreté, car il y a maintenant fort temps, Papadjo est amarré à la boué de Gus tout en étant sur son ancre.