2°45S par 94°18W,26.03.2010
2693miles des Marquises
300 milles direct

C'est que nous n'avons pas terriblement avancé. Dans ces 300 milles, ne sont pas comptés tous les autres pour nous dégager de la zone de convergence et plonger vers le Sud pour retrouver du vent.
Et ce vent, 10nds environ, bien constant, nous l'avons trouvé pour la nuit dernière avec la lune comme témoin. Ah! comme c'était bon d'avancer, même si c'était pour une moyenne de 5nds. C'est le pilote à vent qui fera toute la nuit. Temps sec ! Du coup, Evelyn s'est offert le luxe de faire les quarts dans le cockpit emmitouflée dans la veste de quart Coten car, mazette, la nuit était tout de même fraîche.
Au petit matin, le ciel s'est tout à fait dégagé et la mer est apparue d'un bleu profond et brillant. Le soleil est aussi au rendez-vous ainsi que 5 oiseaux blancs qui tournoient autour du bateau pendant le petit déj. Et le vent est portant.
Notre navigation d'aujourd'hui est d'arrêter la descente vers le Sud pour éviter une zone de perturbation répertoriée dans notre bible de marin : les grandes traversées de Jimmy Cornwell.)
Nous allons passer quasiment parallèle à la zone en prenant cap Ouest, pour une fois qu'elle sera dépassée, reprendre une oblique vers le Sud.
Au 27O°, nous sommes tangonnables. Aux manoeuvres alors ! Et le bateau file bon train maintenant sous pilote électrique qui maintient le cap sans problème.
Alors commence la "Dolce Vita". Le bateau est stable et progresse à 6-7nds en frolant de temps en temps le 8, la mer et le ciel superbes. Tous les vêtements ont séché. On se la coule douce, douce. Tous les panneaux du bateau sont ouverts et l'air rentre suave et bienfaisant. Devant nous et dernière nous, une voile. On les appelle en anglais et en français sur le 16. Pas de réponse. Peut-être sont-ils en régatte et ne veulent pas communiquer leurs positions ! Et bien nous, nous sommes hors compet.
Car, il faut bien le dire, certains bateaux se font fort de clamer leur moyenne comme des automobilistes vous diraient :
-j'ai fait Paris-Hendaye en 6heures.
Les conditions de vent étant variables, la puissance des moteurs et le niveau des bateaux également, c'est stupide de vouloir épater les voisins.
De bons amis qui ont fait bien des tours du monde sur un vieux rafiot pas trop rapide de nous dire en riant franchement :
- On est toujours les derniers, mais on arrive, on arrive tout de même !
Alors qu'importe que se fasse ce Galapagos-Marquises en 17 ou 30jours; L'essentiel, c'est de vivre cette traversée avec ce qu'elle comporte de magique, ces retrouvailles avec la haute mer, ce quotidien très simple sur le bateau sans aucun parasitage et puis la joie d'arriver, quelque soit le moment, d'arriver en bon état.
La sieste a été longue aujourd'hui. Pardi ! ce balancement léger, cette petite brise qui vous caresse n'incitent pas trop à l'action.
Il est vers les 5H;
- Hervé ! tu vois l'horizon derrière nous, c'est comme une paroi sombre et ca semble prendre encore.
Peu de temps après, le gris gagne l'horizon sur tribord.
- Allons-y ! on détangonne !
C'est que le gris prend du terrain. On a à peine terminé la manoeuvre qu'il a bouclé tout l'horizon autour de nous. Papadjo est pris comme dans un filet de grisaille dégoulinant de crachin. Encore du crachin. Cette fois, Hervé a revêtu son ciré jaune de marin breton; Fini Courèges ! On prend à l'avance un cap plus sud qui va nous faire fleurter avec la zone de turbulences. Zut! mais tant pis ! Et puis, rezut, cette espèce de brouillasse ne nous amène pour l'instant qu'un vent faiblard. Enfin, nous serons bien parés pour la nuit avec un ris dans la grand voile et le génois réduit. Et voilà, du vent qui vient secouer un peu  cette cotonnade grise. Ca c'est bon. La journée du marin est finie. On va pouvoir déguster notre bière du soir dans le cockpit, emmitouflés dans nos polaires car il faut le dire, nous sommes actuellement dans le Pacifique tout comme en Bretagne et la petite laine s'impose vers le soir. La bière dans le cockpit par temps grisou, ca ne vaut pas celle du café
 de la Halle à St Antonin en plein été ! qu'on se le dise !