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Nous sommes dans le starting block pour un départ sur les Marquises. Mais, nous avons largué les concurrents aux Perlas. Là, ils sont foule à attendre, sagement serrés les uns contre les autres, le top départ.
Hervé voulait compléter son gazoil et avoir accès à un internet pour les dernières prévisions météo. En plus, une bonne navigation jour et nuit permettait de nous amariner avant le grand départ.  
Nous avons donc quitté la dernière île des Perlas, l'île de San José pour une autre île, Cebaco, à plus de 24H de là, au-delà de la grande baie de Panama, dans la baie de Montijo, la grande punta Mala entre les deux.
En fait, ce n'est même pas Cebaco que nous visions, mais une île plus bas, celle de Santa Catalina où nous savions qu'il y avait un centre internet.
Donc, nous laissons la merveilleuse baie de San José, par vent portant Nord, avec nos cinq thons à bord, pêchés entre Panama et Las Perlas. Il y en a deux que nous n'avions pas prévus. Le temps de préparer les deux premiers, nous avions laissé la ligne en traine. Et hop ! autre prise ! Ce petit jeu, avant que nous ne comprenions qu'il fallait absolument laissé la poulpette à bord, a ramené les trois autres. Là, c'est bien trop. Le cockpit devient une vraie boucherie avec tripes en l'air et ruisselets de sang rouge. Tout est éclaboussé. De la bidoche ! de la bidoche. Deux thons sont escalopés pour le frigidaire. Les trois autres sont préparés pour le séchage.
Donc, notre vent du Nord nous pousse au petit matin du 2 pour quelques 200 miles, une nuit en mer et un atterissage prévu vers les midi, le lendemain.
Le bateau file alègrement les 6-7 nds. Evelyn ne peut résister à mettre sa poulpette à l'eau. Un thon arrive, de la belle espèce et de la même taille que les autres, cad dans les quatre kilos.
- Ne remets pas ta ligne à l'eau ! que vas-tu faire avec tous ces thons !
mais Evelyn remet Poulpette à l'eau et elle n'a pas fini de vider le 6em thon qu'un autre arrive.
- Cette fois, c'est fini. Poulpette dans le coffre.
Ce que cette mer est poissonneuse ! les oiseaux, pélicans et sternes, se bataillent sur les bancs de poissons, suivis par les dauphins qui une fois gavés, viennent jouer avec le Papadjo. Merveilleuse, cette remise en mer ! Nous arrivons plus tôt que prévu, cad avant le coucher du soleil en vue de Punta Mala, célèbre pour ses courants fougueux; le vent a faibli et nous filons les 8nds. Nous sommes donc pris dans un courant favorable. 
- Nous arriverons au petit matin.
- Formidable !
Mais c'est sans compter sur un courant, un courant contraire qui nous prend pendant la nuit alors que la brise a faibli terriblement; A la voile, nous reculons plutôt que nous avançons. Moteur toute pour être en dessous de 3 nds ! Zut ! et Zut.
La grande péninsule de Punta Mala avec ses hautes montagnes se dessine à l'aube. Nous sommes toujours au moteur. Pas de vent, mais le courant contraire. Et nous remontons péniblement jusqu'à la pointe Ouest de La Punta Mala pour nous engager ensuite dans la baie de Montijo. 
Le matin est déjà bien entamé. Que va-t'il se passer maintenant ? Aurons-nous toujours cet affreux courant ?
Et bien non ! c'est là les surprises de la navigation. Une petite brise se lève, du Sud pour nous engager dans le Nord de la Baie de Montijo. Toujours à prendre un vent portant. Passé la pointe, plus de courant et le bateau file merveilleusement, toutes voiles déployées.
- Que dis-tu de nous arrêter à l'île Cebaco. Il semble qu'il y ait là-bas un bateau citerne qui délivre du diesel. Après on pourra aller à l'île Santa Catalina pour internet.
- Bonne idée ! 
Nous arrivons tôt dans l'après-midi bien en vue de l'île puis dans une grande baie protégée où trône le "Cebaco Bay", le fameux bateau citerne.
- Vous avez du diesel ?
- Oui.
- Vous avez internet ?
- Oui.
Incroyable, mais vrai ! internet dans cet endroit sauvage où il n'y a aucun village, aucune habitation !
Et ils ont de l'eau douce aussi qui descend d'un torrent et qu'ils canalisent jusqu'à leurs citernes.
Donc, nous allons faire ici notre complément de diesel, d'eau et notre point méteo sur internet. 
Nous leur larguons nos deux thons. Cela semble leur faire plaisir à ces quelques neuf hommes consignés sur ce bateau ou sur une cabane à terre pour les besoins d'une activité un peu spéciale : ravitailler en diesel les bateaux de pêche ou les pêche-plaisance qui sont nombreux ici. 
Hervé fixe le départ au 5, après avoir consulté la fenêtre méteo. Il nous reste un jour pour tout boucler. Un mois de navigation ou plus, tout dépend, nous attend. Nous n'allons pas mourir de faim. Avec les trois jambons de thon, il y a de quoi dans les soutes et dans le frigidaire. Et au départ, c'est sûr qu' Evelyn remettra ses deux poulpettes en action. De quoi avoir du frais pêché.
Et puis, vous ne le savez peut-être pas, nous sommes maintenant des "Pacificos", terme qui désigne dans le milieu de la plaisance, ceux qui font le Pacifique. Ca, ça nous plait bien. C'est l'aboutissement d'un rêve, le rêve d'Hervé. Un rêve qu'il a patiemment poursuivi, d'année en année, qui a été considérablement retardé et enfin soutenu par Evelyn.
En avant les "Pacificos". Souhaitez-leur bon vent et bonne navigation !