Eh bien, non ! Michel n'est pas au rdv. Nous poireautons à Puerto Quimba toute une matinée avec l'incessant passage des lanchas. Puerto Quimba semble être un point important de débarquement de passagers et de marchandises. C'est un endroit tres bruyant et pestilenciel. On rage d'attendre, sans doute pour rien.
Le temps passe; Si nous voulons partir, nous serons à contre-marée dans le rio Sabana. A 1h3O, personne en vue. L'ancre est levée et nous descendons le rio Iglesia avec le jusant pour rattraper le rio Sabana où nous avancerons moins vite puisque nous ne pourrons le prendre avec le flot. Nous avons repéré avec nos cartes où se trouve le village indien de Boca Lara. Le bateau avance lentement maintenant dans le rio Sabana. Il nous faudra une escale intermédiaire aux Iles Bellas, avant le coucher du soleil. Le paysage est majestueux; Le fleuve est large et profond. Peu de circulation ici. Quelques pirogues, c'est tout. Nous sommes bien rentrés dans le territoire de la tribu Wounaan. Bien avant le coucher du soleil, nous ancrons devant les îles Bellas. C'est magnifique ici, car le fleuve s'est élargi et a créé comme un grand lac tranquille bordé de mangroves et surmonté de petites montagnes couvertes de jungle avec de temps en temps un arbre immense qui domine tout; c'est comme u
 n grand merci qui s'élève de mon coeur à l'intention de Franck. Son enthousiasme pour le Darien est contagieux. Grace à lui, nous sommes ici tant il est vrai que les destinations des marins se font par transmission de paillettes lumineuses. On se voit. On raconte d'où on vient. L'émerveillement  se lit dans nos yeux et se transmet. C'est ainsi que du Vénézuela, nous avons dirigé notre bateau vers le Bélize, via Jamaique, Cuba, Mexique. C'est ainsi que nous avons quitté la trépidante Panama city pour le Darien.
Le Darien, c'est un vaste territoire de fleuves et de jungle qui fait tampon entre la Colombie et Panama et est inscrit depuis 1980 comme réserve de la biosphère, patrimoine mondial de l'humanité. c'est le territoire de l'aigle Harpis, l'oiseau de proie le plus puissant de la planète et le rendez-vous d'une multitude d'espèces, dans la faune comme dans la flore. Tout n'est pas exploré et Michel Puech qui parcourt le Darien depuis 3O ans, a découvert un jour une tribu inconnue. Les indiens Wounaan, Embera et Kuna ainsi que des noirs descendants des cimarrones, esclaves africains fugitifs mènent ici une vie en autarcie, pêche, chasse, un peu d'agriculture comme manioc, plantain, riz, mais.

Sur la petite île derrière laquelle nous avons mouillé, une grève se dénude devant trois mangliers, un sans feuille, un où il ne reste plus qu'un toupet et enfin le dernier tout feuillu. Au fur et à mesure que le jour baisse, les ibis arrivent pour se nicher. L'arbre principal va se couvrir d'oiseaux, comme un magnolia avec ses fleurs blanches. Mais il en arrive tant encore et encore qu'ils vont recourir a ux autres mangliers, avec beaucoup de dépit et après plein de tentatives pour prendre unE place dans l'arbre principal. Il semblerait que les arrivages d'ibis ne finissent pas tant, malgré la nuit qui s'installe, il y a d'agitations dans l'arbre principal. Il est temps pour nous de nous nicher quelque part. Une nuit à la belle étoile dans le cockpit, c'est pour Evelyn, en espérant ne pas être agressée par les moustiques.
Au petit matin, nous descendons la rivière. Nos cartes s'arrêtent à 2 miles des îles Bellas. Après, nous esperons avoir du fond. Les rives se rapprochent tandis que nous défilons devant les hautes haies de manglier. Une pirogue, des indiens Woonaan en short et T.shirt. Ils nous disent qu'il y aura du fond jusqu'au village et nous indiquent où jeter la pioche. Arrivée devant le village et son embarcadère. Nous mouillons à la convergence du Rio Sabana et du Rio Lara. De suite, des pirogues chargés d'enfants de 6 à 8ans convergent vers Papadjo. Nous devons les repousser pour finir les manoeuvres. Puis, les voilà qui nous envahissent litteralement et montent sur le bateau comme de petits singes tres agiles, filles et garçons confondus.
Nous leur faisons bon accueil en organisant un goûter. Ils sont avides de tout voir et ne sont pas du tout intimidés.  Mais à la longue, ils s'installent et il faut leur faire comprendre que, nous aussi, nous aimerions rendre visite du côté du village.
Le village de Boca Lara occupe l'emplacement d'une ancienne piste d'aéroport de l'armée américaine. En 1970, le gouvernement de Panama a demandé aux Américains d'évacuer la zone où ils n'avaient aucun droit d'occupation et une tribu indienne a demandé la permission de s'installer dans l'endroit. Le village est juché sur une petite falaise dominant l'intersection des deux rivières. Des cases sur pilotis coiffées de toits de chaume s'éparpillent sur une pelouse bien verte agrémentée deci delà de bosquets d'ibiscus rouges. Aux palissades en bois qui ceinturent le premier niveau des maisons, pendent des parumas de couleur vive. Ce sont les paréos des femmes. Les cases sont très aérées et de l'extérieur, on peut voir beaucoup de l'intérieur, femmes vacant à sa cuisine, jeunes filles en paruma et aux seins nus se penchant pour boire à un robinet, bébé berçé dans un hamac. Les femmes gardent la tenue traditionnelle, poitrine nue et tatouée, parumas aux dessins géométriques ou figura
 tifs, de couleurs très vives et qui tranchent sur leur peau cuivrée.
C'est le jus noir du fruit de l'arbre Jagua qui leur sert pour leurs tatouages. L'impression dure entre 10 à 12 jours et ce n'est qu'en la frottant qu'on la fait disparaître avec les cellules mortes. Les motifs utilisés sont différents selon l'âge et le sexe.
Un monde nouveau s'offre à nous. Comment sera l'accueil ? Un jeune homme vient vers nous et dit s'occuper du tourisme pour le village. Nous convenons de faire une balade dans la forêt avec lui pour le lendemain et il nous emmène à l'unique troquet du village où on sert de la bière fraîche. Incroyable mais vrai ! nous ne sommes pas les seuls. D'autres indiens sont là et font connaissance avec nous. Il y en a un, nommé Wilo qui connait bien Michel. Il dit qu'il travaille beaucoup pour Michel. Un autre me raconte que les Woonaan, malgré la civilisation qui les envahit dans leurs habitudes - habits, téléphone portable..... luttent pour la préservation de leurs traditions et de leurs territoires.
- Nous vivons de la chasse et de la pêche et avons quelques cultures(mais, manioc, plantain, bananes). Nous luttons pour que les campesinos ne prennent pas nos collines pour les deffricher et y mettre du bétail. Mais le gouvernement ne s'occupe pas de nous. Nous avons bien des écoles mais nos enfants ont peu de chance de devenir qui avocat, qui docteur.
Toute cette introduction est bien interessante. Nous rentrons enchantés au bateau pour notre unième repas de dorades coryphène, cette fois une bouillabaisse royale où a cuit le deuzième poisson que nous avons pêché.