Vraiment c'était chaud, chaud d'être au rdv avec Michel dans le Darien. Nos visas obtenus, après moult délais, il fallait rallier le golfe de San Miguel, au-delà des Perlas dés le surlendemain, à 5 heures du matin pour monter jusqu'à la Palma, capitale du Darien, avec le flôt.
Sitôt quitté le canal, on met en pêche. Il y a des bancs de coryphènes dans les parages. On les voit sauter, comme des sabres bleus, pour échapper à leurs prédateurs. Longue ligne assortie à une tres courte ligne qui prend le bouillon du moteur. Une poulpette rose pour chacune. Et ça commence sur la petite ligne : une coryphène qui fait la balade très courte de part et d'autre de la jupe du moteur. Branle-bas de combat : Hervé arme son fusil et Evelyn ramène la bestiole, tout, tout près. Clack ! ça y est, elle est perforée et nous la ramenons à bord. On a pris plus gros, à Cuba notamment, mais elle n'a pas du tout une taille ridicule. Pas le temps de la préparer qu'une autre se prend à nouveau sur la petite ligne. Un mâle, me dit Hervé. Peut-être a-t'on éliminé le petit couple ? Ce que nous sommes cruels, tout ca pour l'assiette. Maintenant, ca devient une industrie à bord. Ces bestioles sautent et pissent le sang partout. Evelyn leur fait boire une bonne goulée d'eau douce p
 our les calmer définitivement. Après, il faut vider, préparer les filets et conditionner dans le nouveau frigo du bord. Après quelques années sans réfrigération, Papadjo s'est équipé d'un gros m'as-tu vu. On le trouve trop gros. Mais bien sûr, avec tous ces kilos de poisson....
Et après on ne prend plus rien. Pourtant, ca chasse tout autour du bateau. C'est du thon. Les petites sternes ne savent plus où donner de la tête. Il fait très beau et très chaud. Nous nous arrêtons à Cantadora pour notre repas de coryphène. Un orage menace les îles plus au nord. Nous decidons de riper au plus vite pour éviter les trombes d'eau. La pluie nous rattrape plus ou moins et nous entamons notre nav de nuit. Les quarts- deux heures, deux heures. A trois heures du mat, nous sommes au point fixé par Hervé pour entrer et remonter le golfe. Lorsqu'Evelyn se réveille, Papadjo est déjà pris par le flôt et vogue alégrement dans un décor majestueux, fait d'îles boisées avec un arrière fond de montagnes où la brume de pluie s'effiloche contre un ciel gris. Nous sommes de bonne heure à La Palma. Le contact de Michel qui doit nous amener à Puerto Quimba , ne répond pas au téléphone. Le temps presse car nous devons bénéficier du flôt pour remonter les rivieres. Une barque nous a
 pproche et nous discutons. Evelyn parvient à saisir que ce Puerto Kinba se situe en face. Un doigt pour donner la direction. C'est tout; Zut alors ! En face, c'est loin et d'ici, on ne voit rien qui puisse ressembler à un port; c'est sur quelle riviere, ca. AH! le rio Sabana. Mais où, sur ce rio ? La carte marine ne donne rien. Mais, si nous voulons être demain au rdv avec Michel, il faut se débrouiller et partir maintenant. Donc on y va. Hervé a un peu peur que le moteur continue ses ratés car il y a du courant descendant maintenant et il ne faudrait pas être obligé de faire demi-tour.


Malgré les ratés, on rentre dans l'embouchure du fleuve Sabana et loin devant nous, s'aligne la haute muraille verte et impénétrable de la mangrove continuée par l'impressionante jungle des collines tout autour. Que du vert ! que du vert !
J'appelle Michel. Miracle ! il répond.
- Peux-tu me dire où nous devons aller.
- Evelyn, je te rappelle.
- Non, non, Michel, attend !
Kling, il a raccroché. AH ! Ce n'est pas un marin, celui-là. Il donne des rdv routiers et se figure qu'avec un bateau, on peut se pointer n'importe où. En attendant, nous sommes bien perplexes. Tout à l'heure, à l'étal, il y avait plein de lanchas qui rentraient dans le fleuve Sabana. Maintenant, nous sommes seuls dans ces eaux inconnues. Soudain, un point derrière, venant de La Palma. C'est une Lancha. Elle se rapproche de nous et nous dirigeons le bateau vers elle.
- C'est où, Puerto Quimba.
- La-bas.
Le bras désigne comme une petite pointe et un passage à travers les frondaisons de mangrove.
la lancha y va et il n'y a plus qu'à suivre, bien à distance car nous n'avons pas leur puissance de moteur.
Mais, où a t'il niché son rdv, Michel ? c'est pas du tout simple. Nous rentrons dans une petite rivière. Les fonds sont bons, c'est déjà ca. Et nous n'en finissons pas d'avancer. Heureusement il y a du passage. Ca tranquillise. Enfin, une espèce de grève encombrée de véhicules de toutes sortes. C'est là Puerto Quimba. Il faut mouiller maintenant. Les fonds sont à vingt mètres tout près des berges. Soit on mouille trop près de la mangrove pour avoir moins de profondeur, soit on se chope les vingt mètres. Nous nous y reprenons à 4 fois, pour trouver un endroit convenable.
Enfin installés, nous allons direct dans les banettes. Nous sommes pompés. Le poisson attendra un repas tardif pour qu'on lui fasse honneur.
Réveil, préparatif du repas vers les 3h de l'après midi. C'est succulent tout de même ces steaks de coryphène avec un bon riz. Notre mouillage est impec. Le bateau flotte à marée basse. C'est tout juste mais c'est bon.
Le soir arrive. Remue-ménage des perroquets qui cherchent à se nicher; Vraiment, ils manquent de discrétion. Dieu ! mais combien sont-ils donc dans ces parages. Et puis, ils s'installent près de chez nous. Quel culot ! doucement, une brise annonce le coucher du soleil. Des escadrilles d'ibis blancs et noirs remontent la rivière sans bruit. Comme c'est beau et élégant. Evelyn reste une heure à les voir défiler. Ils vont tous se nicher dans le méandre qui précède Porto Kinba.
Notre premier jour dans le Darien. Impression de majesté sauvage, de jungle intouchée, d'eaux tumultueuses; demain, Michel nous rejoint et nous allons ensemble voir les indiens de Boca Lara, sur le fleuve Sabana.