Andes I -

Prenez le chemin, il vous conduira !

C'est exactement ce que nous avons fait pendant 15 jours dans les Andes Venezueliennes.

D'abord, il a fallu y parvenir, soit 24h de bus. Il convient d'être bien motivé pour aborder cette phase départ et bien équipé aussi car les bus de long convoyage ont la réputation d'être des congélateurs. Et c'est vrai. Malgré un pantalon, un survet polaire, une polaire en plus, des chaussettes, des chaussons, un bonnet, plus une couverture polaire, eh bien ! le froid gagnait toujours quelque part et rendait le sommeil inconfortable. Que dire des Venezueliens qui ne disposent pas de tout cet attirail dans un pays où la chaleur frôle tous les jours les 4O degrés ! Alors pourquoi cette exagération ! tout simplement pour maintenir les chauffeurs au frais, pour qu'ils ne s'endorment pas sur la route. C'est ce que l'un deux nous a répondu. D'autres prétendent aussi que c'est pour éliminer les mauvaises odeurs. Peut-être les Vénézueliens ne se lavent pas tous les jours. Enfin, quoiqu'il en soit, c'est froid.

Nous traversons les grandes villes du Vénézuela, Caracas, Valencia..... toujours précédées par des panneaux publicitaires gigantesques alors que dans le reste du pays, la publicité est  exclusivement réservée à la politique : murs peints des photos des leaders,les petits yeux noirs avides sur lesquels tombe la casquette de golf, les joues rebondies avec un lissage fond de teint, le sourire engageant qui tire sur les machoires.
Sont peints soigneusement aussi leurs léitmotifs. Très simples. Ici, on est pour ou contre Chavez. Celui qui ne le mentionne pas est donc forcèment contre; A l'inverse, il sera pour la justice, l'ordre et l'amélioration du réseau routier.
Ce n'est donc pas au Vénézuela- en dehors des grandes villes - que l'on pourra voir des publicités pour Coca cola ou la dernière lessive. A part cette distraction, nous avons droit aux bouchons énormes créées par diverses manifestations à la veille des élections municipales. là aussi, on joue de la couleur. Tout ce qui est rouge est pour Chavez et le reste se perd dans le jaune.
Normalement nous atteindrons notre destination, la ville de Mérida, dans les Andes, VERS 11h du soir. C'est sans compter sur les surprises et il y en a durant un voyage comme celui-ci, malgré toutes les précautions que nous pouvons prendre.
A près de 75 km de Mérida, Hervé est réveillé en sursaut par deux jeunes femmes :
- C'est à Mérida que vous allez
- Oui
- Alors descendez vite, c'est ici Mérida.

Hervé me réveille. Pendant que je rassemble laborieusement tout ce qui nous couvrait, Hervé descend récupérer le gros sac à dos qui se trouve dans le coffre du bus.
J'arrive, encore ensommeillée. Et je n'ai pas le temps de regarder autour de moi qu'un chauffeur de taxi se présente et offre ses services. Je lui dis de nous conduire à la place des Héroines où nous pouvons trouver une posada pour nous héberger.
- Il n'y a pas de place des Heroines ici, Madame.
- Quoi ! mais si, il y a une place des Heroines à Merida. Regardez mon papier. C'est bien place des Heroines à Merida.
Le type regarde nonchalamment le papier, puis il me regarde comme si j'étais une attardée mentale.
- Mais, nous ne sommes pas à Mérida, senora.
- Comment ? Pas à Mérida, mais où sommes nous ?
Et je regarde alors les lieux : une espèce de gare routière de petit village. C'est nuit noire. Peu de personnes à cette heure du soir. Toutes boutiques fermées. Et sa réponse tombe comme un couperet :
- Nous sommes à Béria.
Ah ! non ! une rage terrible s'empare de moi. Que faisons-nous dans cet endroit désert, dans un pays hyper dangereux ? C'est dingue ce qui nous arrive. Je fais volte-face pour voir où est notre bus. Il a déjà démarrré et amorce un tournant vers la sortie. Je cours comme une dératée pour m'arrêter stupidement, réalisant que je ne pourrais jamais l'atteindre.
Le chauffeur de taxi nous propose alors de nous amener à prix d'or dans un hôtel, un hotellito comme il dit, d'un prix exorbitant. Compris !
Je vise des bancs et une petite femme aux cheveux blancs d'aspect tranquille qui a observé la scène comme tout le monde.
- Allons nous assoir près de cette femme. Après, nous verrons.

Bien nous en prend ! la petite dame nous rassure.
- Ici, nous nous connaissons tous; Il ne vous arrivera rien. Et puis, il y a des bus qui vont venir de Caracas et d'ailleurs et ils vous prendront pour Mérida.
On patiente donc en bavardant avec cette gentille personne et en lui expliquant notre mésaventure. Si on essaie de comprendre, il s'agit d'une mauvaise blague. Qui peut arrêter des touristes étrangers dans un bled inconnu sinon pour se moquer d'eux !

N'empêche que notre petite dame a parfaitement raison. Pas plus d'un quart d'heure après, un premier bus se présente avec Mérida écrit en grand sur le pare-brise. Nous sommes sauvés. Le chauffeur du bus, ému par notre mésaventure, nous fait payer le tranport à moitié prix.
Arrivés à minuit sur Mérida, un taxi nous conduit à prix honnête à une posada, près de la place des Héroînes.

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