Le Pélican et le Papillon

    Qu'il est loin le pont de St Antonin ! Mais que peut-il y avoir de commun entre ce coin de France et où vogue notre bateau le Papadjo, dans les eaux vénézuéliennes ? Cherchons !

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bleu

        Tiens, un papillon tout jaune sur la mer si bleue du golfe de Carriacou, un papillon qu'on pourrait bien trouver chez nous. Ah! un pélican ! aucune ressemblance ! mais comme c'est joli, ce papillon et ce pélican ensemble au-dessus de la mer bleue. Le bateau pénètre maintenant dans la passe de Laguna Grande précédé par un groupe de pélicans.

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la passe

     J'ai bien vu des canards du côté de la plage, mais cela n'a pas la même allure. Oui, ce rouge des collines pourrait rappeler celui des toits de St Antonin, vus du temple protestant ou de notre terrasse.

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Rouge

    Incroyable, ce rouge qui tranche sur le vert des broussailles, des cactus et de la mangrove. A l'aube et au coucher du soleil, il ensanglante les crevasses des collines ravinées par l'érosion tel un couteau monstrueux fouillant rageusement la terre puis lavant son délit plus bas, dans l'eau tranquille de lagune, son sang  mêlé au vert reflété par la mangrove.

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vert et rouge

       Ce n'est pas notre roc d'Anglars qui pourrait rougir autant. Au plus beau des crépuscules, il se fait rose comme la joue d'une jeune fille. Pas plus. Mais il n'en est que plus remarquable tout en majesté et en sérénité. Tiens ! un chien hurle dans ce désert étouffant. Un pauvre chien abandonné ! il y en a aussi en France, laissé sur le bord des autoroutes pour les départs en vacance. Mais dans ces collines désertes, ces aboiements désespérés prennent un accent tragique. Nous essayons de le localiser. Il n'est pas tellement loin. On l'appelle avec des "hou ! hou". Tiens, nous ne l'entendons plus. La barque est déjà à l'eau avec un peu de pain à bord. Nous l'entendons à nouveau, tout proche. Nous débarquons entre les salicornes. Le chien est là, fluet, tout noiraud sur la colline rouge. Nous l'appellons, en français, en anglais et en espagnol. Pourvu qu'il ne soit pas allemand ou chinois ! Il descend la colline et vient vers nous. Mais soudain, il s'enfuit. Bien sûr ! nous ne sommes pas ses maîtres. Pauvre chien ! rien à faire pour qu'il revienne. Nous revenons sur nos pas et au retour, croisons un gros serpent jaune et noir enroulé sur lui-même, sa tête posant sur un anneau gros comme mon bras. Nom d'une pipe, nous avons dû passer devant à l'aller. Mais il dort, ce reptile ! comme il dort ! Hervé voudrait bien le réveiller. Ca suffit bien comme ça. Eloignons nous ! ( bien nous en a pris, à vrai dire, car un serpent enroulé sur lui-même, ne dort pas. Il est à l'affut et à la moindre alerte, il se déroule instantanément comme un ressort- sur les pistes de Medregal, des voitures se font ainsi attaquer par des serpents). Là vraiment, nous sommes loin de l'Aveyron et de Bonnette. Quoique ! sous un petit pont enjambant le ruisselet qui descend de la Gourgue, par un jour d'été comme on n'en a presque plus maintenant, sommeillait un serpent noir. Hervé l'avait bien réveillé celui-là d'un jet de cailloux.

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Papadjo dans le désert

     Enfin, moi, ce désert à serpent avec ce chien abandonné qui hurle sa détresse, ça me fait froid dans le dos. Et ces collines toutes droites sorties des entrailles de la terre comme de gros intestins enflammés, c'est impressionnant mais pas aussi accueillant que nos causses surgies du fond des océans. Pourtant, des colonies de frégates et de pélicans y trouvent refuge. C'est leur lieu de récréation. Les pélicans pataugent dans l'eau calme ou campent dans la mangrove, vous regardant passer de leur vieil oeil lubrique.

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Pélicans pateaugeant

     Allons plus loin, au fond du golfe pour remonter en dinghy une petite rivière bordée de mangrove. Il faut la trouver cette rivière dans le rempart vert de la mangrove qui tapisse le bord du golfe. Un envol de cormorans nous signale l'embouchure.

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L'embouchure   

       Nous dérangeons tout un beau monde de frégates noires, de pélicans gris et de sternes blanches. Le ciel en est tout stribouillé.

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Pélican

    Moteur à fond, nous remontons le courant rapide de la rivière, chassant devant nous les oiseaux. Ah! ce n'est pas du tout l'Aveyron. Pardon ! et cette couleur café au lait qu'il prend après les pluies d'orage. Exactement, la même, ici, entre la mangrove. Et lorsque nous redescendons, moteur éteint, à l'aviron, on a une petite impression de canoe entre St Antonin et Cazals, toute petite, bien sûr !

    Nous glissons avec le courant, dans un silence ponctué par les craquements de la mangrove et quelques cris d'oiseaux.

Cormorans_du_Venez

Cormoran   

    Pas une parole n'est échangée entre nous; l'instant est magique. C'est une nature sauvage et insoumise. Devant nous, s'envolent soudain des chauve-souris suspendues à des branches. On dit que dans ce pays, il y en a qui attaque l'homme pour le vampiriser. Brououh  !

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Martin pêcheur

   Puis, nous chassons un espèce de martin pêcheur, noir et blanc à long bec et soudain, oh merveille ! apparait l'ibis rouge flamboyant ! pas un, mais plusieurs en grappe sur un arbre.

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Ibis rouge

      Les causses sont  maintenant très loin avec leurs buses et leurs éperviers, leurs corneilles et leurs faucons pélerins.  L'orage gronde maintenant. St Pierre joue aux boules ici aussi comme sur la place aux Moines.

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Chapelet d'ibis rouges

      Dépéchons-nous de quitter la rivière et de rejoindre le bateau dans les eaux du golfe. Au-dessus de nos têtes, une vingtaine d'ibis égrène un chapelet de rubis pour gagner prestement  le couvert de la mangrove.

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Orage en vue

Le ciel se charge de nuages couleur de soufre. Les montagnes disparaissent sous une chape de pluie. Un grain blanc s'avance sur la surface livide du golfe.  Il est pour nous celui-là, avec vent et averse violente. Mais nous serons arrivés avant lui sur le bateau. Ah !le voilà sur nous ! Le bateau donne des ruades sur son ancre. Bien derrière, un autre voilier chasse, remonte son ancre et revient mouiller plus haut. Des trombes se déversent remplissant allégrement notre jerrican d'eau douce. Un éclat de feu, la foudre vient de s'abattre sur un des pilones de la rive. Le feu embrase les broussailles. La pluie éteint le tout. La piscine de l'hotel déborde et le petit débarcadère est sous l'eau car le niveau de la mer a monté. Le vent donne à 35/4O noeuds. Quatre bateaux se mettent à chasser; Puis, aussi soudainement, cela se calme. Le golfe reprend en main ses eaux, les lisse comme un miroir, sous l'apparition d'un soleil de feu. On ne s'y trompe pas : tout le monde à l'eau. Et là, le spectacle recommence, avec l'incessant ballet des pélicans,passant presque à hauteur de tête ou formant des escadrilles en tous sens dans le ciel. Ah! maintenant, nous sommes loin de l'Aveyron, de ses eaux vertes, de ses gentils martins pêcheurs, de ses petits canots et canoËs Nous sommes dans l'élément marin où voguent les voiliers de hautes mers, dans un milieu tropical où règne l'appréhension, le risque, la démesure. Mais le soir, tout se règle, se calme. Les nuages qui se sont déchaînés pendant l'orage, se tassent, se rassemblent près de l'astre qui s'éteint profitant de ses derniers rayons pour embellir, illuminer, éblouir.

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Coucher du soleil