Jour 4
1°34'38 S par 38°47 W
Distance parcourue : 45O milles

,Le rythme de la mer est bien pris. Il fait un temps fabuleux et le bateau avance gaillardement entre 6 et 7noeuds, tangonné la plupart de temps, le cap maintenu par le pilote au vent. Quelle merveille ! pas un bruit mécanique. Seul le bruissement continu du ressac contre la coque. L'allure est confortable et la vie de bord s'est super bien organisée. La nuit, qui commence ici très tôt car le coucher du soleil se fait vers les 17h3O, s'organisent les quarts, toutes les deux heures pour chacun d'entre nous. J'appelle ça "cargoter", cad se lever tous les quarts d'heure de la couchette installée dans le carré pour sonder attentivement l'horizon et déceler, s'il y en a, les feux des cargos. Un coup d'oeil rapide sur l'anémomètre, la boussole et l'écran de l'ordinateur pour vérifier qu'aucun élément de navigation n'a changé et vite, recouchette avec mise en route du précieux minuteur qui nous réveillera un quart plus tard. Ca marche, le sommeil s'installe instantanément jusqu'à la prochaine sonnerie. Quelquefois, il se prolonge ! Aie ! ça peut être dangereux. Car, même si nous sommes pas dans le rail des cargos ils s'en présentent tout de même un ou deux par nuit. Mais le bip répété de notre écho radar est suffisamment aigu pour nous faire alors sortir instantanément de la couchette.
Nuits sans lune, avec seule la voûte étoilée. La nuit dernière, il a fallu tout de même aller aux manoeuvres, ramener le tangon car nous allions trop à la côte. Mais nous sommes bien rodés à ces manoeuvres maintenant  quoique, vraiment, on préfère les mener de jour. Notre pilote répond maintenant au quart de tour et Hervé n'a eu aucun mal à remettre le bateau au cap.
Nous nous retrouvons vraiment au petit déj,vers les 6h, qui dure, qui dure. Puis chacun vaque à ses occupations jusqu'à 9h, heure où nous prenons contact avec nos amis québécois du réseau du capitaine qui nous donne une météo sur plusieurs jours et bavardent aussi avec nous. Il est très rassurant d'entendre la voix d'André annoncer tous les matins : ici le réseau du Capitaine, réseau dédié aux navigateurs .... De suite après cette annonce, Pierre prend le micro et fait l'appel des bateaux en navigation dans le nord et l'ouest de l'Atlantique. Il suit les côtes françaises, espagnoles et africaines et quand plus aucun bateau ne répond, il tourne l'antenne vers le sud et les côtes est de l'Amérique. Nous sommes régulièrement les premiers à toucher et il appelle F4DHZ, qui n'est autre que l'indicatif de radio-amateur d'Hervé. Alors, Hervé répond par l'affirmatif et sur demande, donne sa position en mer.A partir de là, le météorologue, J. Yves, donne à Hervé une météo pour les 24 h à suivre. Suivent quelques échanges personnels sur la vie du bateau et on se quitte en donnant toutes nos amitiés. Il est très agréable et rassurant d'avoir cette communication journalière.

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6. Premier poisson
Le premier jour, nous avons fait un festin avec un premier poisson pêché. Depuis, nous avons beau changer de rapala, rien ne mord. Pourtant, nous parcourons des étendues bien poissonneuses; Plusieurs fois, nous avons vu des bandes impressionnantes d'oiseaux de mer se presser à la suite de bancs de poissons. Les oiseaux plongent en piqué tandis que des poissons argentés sautent dans l'air. S'ils pouvaient mordre à l'hameçon, cela ferait l'affaire de ma casserole. Mais, ne nous plaignons point. Papadjo regorge de fruits et de légumes, de conserves, et de tout le reste.
Un moment délicieux, c'est la sieste. Après tout le travail de préparation que nous avons eu à Cabédélo, cette sieste démesurément longue, à lire ou à sommeiller, dans la brise caressante, avec le Papadjo en mouvements harmonieux avec les vagues qui bruissent le long de sa coque constitue un plaisir intense.

Après, il est temps de se préparer pour le coucher du soleil, toujours beau sous ces latitudes et de parer le bateau pour la nuit qui va suivre, veiller à ce qu'il soit toilé convenablement et surtout pas en excés. Repas du soir ensuite et partie acharnée de "Sheche", sorte de backgammon ou de Jacquet que nous pratiquons, Hervé et moi, depuis plus de 2O ans avec autant de plaisir.