Le Grand départ - Brésil-Tobago

Un grand départ,pour un bateau, c'est toute une effervescence. Il commence d'abord dans la tête avec le désir de changer, de reprendre la mer, de voir de nouveaux continents. Il prend forme au cours des rencontres et emporte enfin la décision : Nous irons aux îles Trinidad-Tobagos, puis remonterons les Antilles jusqu'à Sainte Lucie où nous rejoindrons ma fille et sa petite famille. Un grand départ, pour un bateau , c'est, pour l'équipage, du déploiement d'énergie tout azimut. C'est dans ces moments là que nous réalisons l'ampleur de la tâche : le bateau doit être prêt à faire 2O jours de navigation. L'est-il ? Papadjo, qui nous avait attendu sagement à Jacaré/Cabedelo, avait lié sympathie avec tous les crustacés du coin qui avaient quartier libre sur la coque et dans le puits de dérive. Ah! les eaux chaudes, quelle plaie ! Un jour de travail avec un gars du coin pour libérer la coque, des plongées successives d'Hervé avec bouteille pour racler la semelle. Et quand il eut fini, replongée pour libérer à coup de baramine le puits de dérive obstrué par des grappes entières de moules qui empêchaient la dérive de descendre.

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1. Hervé à la baramine !

Les pluies du Brésil,elles, avaient amené pendant notre absence la moisissure sur tous les bouts que j'avais sagement lovés sur le pont et qu'il a fallu brosser un à un pour les ramener à plus de propreté, sans parler du pont et du cockpit.  L'intérieur : invasion de charançons. Achetez de la farine ou des gateaux dans un supermarché Brésilien.Partez sereinement en France pour quatre mois. Revenez tout aussi sereinement; . Au secours ! les petites bêtes se sont multipliées partout et il faut revisiter tous les coins et les recoins du bateau pour s'en débarrasser : une semaine à l'aspirateur, au désinfectant pour trois petits paquets oubliés avant le départ; Heureusement que le reste des vivres est sous containers bien hermétiques. Et la liste s'allonge comme dans la chanson. Tout va trés bien, Monsieur Mon Capitaine, tout va très bien. Il faut cependant que je vous dise qu'il y a un peu d'eau dans les fonds. Tout va très bien, tout va très bien, le moteur s'étouffe quand on le démarre. Traduisez fuite dans l'arrivée d'eau du moteur et batterie à plat. Heureusement qu'Hervé a de l'expérience qu'il peut conjuguer avec celle de Bernard, notre voisin allemand. Le tuyau d'arrivée d'eau est ressoudé et une batterie de service domestique servira pour le moteur. Nous ne partirons qu'avec deux batteries au lieu de trois. Mais tout va très bien même si on n'en finit pas Hervé dans les crustacés, les tuyaux et le gazoil et moi dans les paquets de nouille ou de farine grouillants de bestioles. Il reste quelques distractions. Les voisins, pour liquider leurs réals, nous invitent dans une churrasquaria où la viande est  servie enfilée sur un sabre.
petits repas sur Papadjo avec les mêmes. Atmosphère de guérilla sur la plage.

Au bout de 22 jours, Papadjo renaît : propre comme un sou neuf au dehors comme au dedans, avec un moteur qui ronronne de plaisir, des bouts propres et des voiles prêtes à se gonfler. Le ravaitaillement est fait pour tenir un siège de plusieurs mois. Enfin, on peut annoncer : ce sera Jeudi 8 Novembre. Cela fait une semaine que nous avons fait notre sortie auprès des autorités (qui ne donnent que 48 heures de délai pour le départ du pays), il est temps de détaler avant d'avoir des ennuis, quoiqu'au Brésil, tout peut se négocier et beaucoup en profite pour être carrément clandestin.

Le 8 mai, 5heures du mat, branle-bas sur le pont; Hervé rouspète. Le régulateur d'allure n'est pas encore installé. Si je ne t'avais pas aidé pour nettoyer le cockpit, je n'en serai pas là. Mais oui, bien sûr, Monsieur mon Capitaine qui regrette sa petite demie-heure de coup de main. On le calme : nous partirons lorsque le régulateur sera monté et je t'aide. Le régulateur, c'est notre pilote à vent, celui qui sans bruit, sans énergie autre que le souffle du vent, va nous mener à destination. C'est une pièce très importante du bateau pour ces longues distances que nous allons parcourir, cette fois, 2OOO Milles soit trois fois la traversée de la France. Sans lui, c'est l'usage alléatoire des deux pilotes automatiques dont nous disposons, gourmands en énergie, faiblards par vent fort au point de nous laisser lâchement la barre (de nuit, de préférence), et n'hésitant pas à faire des caprices et à nous claquer leurs courroies; Merci ! pour cette traversée, nous nous passerons de vous et le pilote à vent, lui, modeste, silencieux et économe  prendra votre place sans problème (à condition, tout de même, d'avoir la patience de bien le régler, chose qui s'apprend, d'année en année. Mais je me répète pour me sécuriser : ne nous a-t'il pas sauvés de la barre, des Açores au Portugal, d'Agadir aux Canaries quand les deux autres se sont défilés. Oui ! Nous avons donc raison de lui donner la première place maintenant pour cette traversée, surtout que nous ne marcherons qu'avec une seule batterie. Départ : Hervé court vite aider nos voisins allemands en difficulté lorsqu'ils déhalent leur bateau du quai. Le courant est tellement fort que leur bateau, le Lindum Thalia, Ursula aux commandes, s'est laissée emporter, Bernard en rade sur le quai, tirant comme un damné le seul bout qui reste amarré. Hervé aidant, Bernard rejoint son bord et le Lindum Thalia fait sa sortie. Une demie-heure après c'est nous. Ne tombons pas dans le même piège ! il a fallu bien penser le jeu des forces pour que le bateau se déhale gentiment le long du ponton où le courant se déchaîne entre 3 et 4 noeuds et nous pousserait facilement vers des bouées et des pieux en béton.  Enfin, seul un cordage passé en double nous retient de l'arrière et il suffit qu'Evelyn mette du moteur et qu'Hervé lâche l'aussière pour que nous partions, évitant de justesse la première bouée qui s'approchait dangereusement de nous dans le courant. Ouf ! Sortie du chenal mouvementée. On avait prévu qu'à l'extérieur du port, la mer serait houleuse car le vent et le courant étaient forts. D'ailleurs, la mer blanchissait au loin indiquant la barre des récifs. Avant de quitter l'embouchure du fleuve, nous avons pris soin de monter la grand voile qui peut par fort vent et forte mer aider efficacement l'avance du bateau. Le Lindum Thalia qui nous  a précédé  se débat toujours dans le chenal, avec un bout de génois à l'avant qu'il est obligé de ramener. Papadjo s'engage donc  à son tour, bien toilé avec le moteur qu'il faudra pousser à fond dans les endroits les plus chahutés. Appuyé par la voile, Papadjo passe le fort clapot sans trop de gêne. Les récifs ne sont pas  loin, et nous suivons de près les balises de chenal. Le lindum Thalia, devant nous, est chahuté à l'extrème ,le clapot arrête son élan. Nous arrivons presqu'en même temps à la fin du chenal. Puis nos voisins abattent vers la côte et nous nous préférons rejoindre la haute mer et les deux bateaux se distancent très rapidement. Nous avons choisi l'option grand large qui nous fait accéder à des fonds de deux milles mètres où une houle plus large et plus maniable permet un confort plus grand à bord et le bateau marche super bien pour cette première journée assez dure où le corps n'est pas encore habitué à la houle et l'estomac particulièrement.

4. Premier coucher de soleil en mer.