ITACARE A SALVADOR
10.O5


Voila c'est décidé nous partons. Un indigène a eu l'indélicatesse de venir nous voler ,de nuit, pendant que nous dormions, l'appareil de photo tout neuf et les jumelles. Alors on ne reste plus. Le réseau du capitaine nous a annoncé  tempête de sud 25 à 35 noeuds . Il y a 80  milles d'Itacare à Salvador, ça se fait dans la journée.
Tout bien mesuré, le temps est maniable, 35 noeuds,ce n'est pas encore la tempête. Le vent est de Sud donc portant car Salvador est au Nord; c'est sûr, le bateau foncera.
Donc nous partons, à sept heures du matin. Le vent n'est pas encore levé et il nous faut négocier l'entrée qui nous a chahutés à l'arrivée. Nous sommes,cette fois-ci, à marée haute. Tout se passe bien avec juste quelques petits mouvements de houle,

Et nous voici dans l'arène. Je n'avais jusqu'à présent que la grand voile, mais j'avais préparé le tangon pour le génois. La mer, derrière nous, blanchit, je mets de suite deux ris; plus tard, il y en aura trois et s'il avait existé,  il y aurait eu le quatrième. Je monte le génois tribord amure car Salvador est légèrement Nord-Est, mais je ne le déploie qu'à moitié. Ainsi Papa Djo est dans sa ligne et il n'a qu'à marcher. La position des voiles en ciseaux stabilise le bateau : il y a moins d'embardées, le bateau est équilibré. Cependant, la grand voile est pour moi un peu grande pour le bout de génois qui reste et ça tire sur la barre.

1_Herv__comme_en_Bretagne
Hervé, comme en Bretagne !

Le vent ne nous déçoit pas. Il augmente de plus en plus.Les vagues se font de plus en plus fortes venant de l'arrière, mais je n'ai pas le temps de les admirer, trop pris par la barre. Car elles viennent sur nous un peu de droite, un peu de gauche et il faut sans cesse contrer leur mouvement.
Au passage d'une vague, je n'en vois que l'écume qui sort d'un grand bouillonnement sur lequel le bateau surfe en vrombissant. La prochaine vague est déjà à l'attaque et d'un coup de barre, je rétablis le bateau, en faisant de suite un contre pour qu'il reste dans sa ligne.

2

Devant,  la dépression !

Le ciel est tourmenté. A certains moments, il s'assombrit, le vent augmente de puissance. Ce sont alors des moments de planning sur la vague. Papadjo, qui,à l'habitude, marche à 5 ou 6 noeuds, fait alors plus de 10 noeuds de vitesse;on n'a rien à envier aux surfeurs d'Itacare. On avale les miles. A d'autres moments, je vois des pans de ciel gris de pluie vraiment bas, prèts à nous recouvrir.

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Bouh ! c'est quoi, ce ciel !

Parfois on rentre dedans et la pluie écrasant la vague, rend nulle toute visibilité. Evelyn, à l'intérieur, essaie de repérer les bateaux qui croisent dans le coin et qui se donnent leur position par radio. Quand nous sortons de ces trombes, nous retrouvons tout autour de nous la féérie dans le jeu des  couleurs, le jeu de l'écume, le jeu de vagues.

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Ca blanchit bien !

Et Papadjo avale les milles. Jamais on ne s'est senti dépassé par les événements. Jamais il ne s'est affalé sous la rafale. Car il est à craindre dans ces moments que le 35 annoncé ne se transforme en 45 noeuds de vent. C'est beaucoup moins confortable et on se sent alors un tout petit dériveur de plage, prêt à mettre son mât dans l'eau.

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Ca commence à chambrer à l'arrière !

Un moment,pourtant, une vague énorme vient s'éclater sur le franc bord. Je crois alors que le bateau va se coucher. Mais non ! Papadjo prend cela sagement et je suis quitte pour me crisper un peu plus sur la barre.

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C'est beau, mais les photos, ça suffit !

Cela a duré de sept heures du matin à sept heures du soir. Tout d'un coup est apparu devant nous les lumières de Salvador entre deux jeux de houle. Arrivés ?

Le vent a soudain faibli et j'ai pensé que c'était le moment de rentrer le génois. Erreur,le vent a repris de plus belle, et à l'approche de la côte, les vagues sont devenues énormes. Les lumières de la ville disparaissait derrière les masses d'eau. Et dans la manoeuvre, l'enrouleuse de foc,qui permet de ramener le génois, s'est mêlée à son écoute.  Le génois, un peu relaché, s'est alors gonflé et s'est mis à battre. Il ne fallait surtout pas relacher l'enrouleuse car je n'aurais pu ramener, par ce temps-là, un génois totalement déployé. Alors on a fait ce qu'il fallait. Evelyn a pris la barre. J'ai ramené le génois, en tirant l'enrouleuse à l'aide d'un winch. Et petit à petit, le génois est rentré. Pas correctement, car il battait toujours un peu. Mais c'était toujours ça de pris et on pouvait attendre le port pour arranger le tout : la voile, les écoutes mêlées.....

A l'arrivée au port, on a appelé à la VHf : personne ! On a regardé le port. Le vent y soufflait comme une folie et ça semblait dangereux de s'aventurer au milieu des bateaux. Seul le fort Marcello qui se trouve devant la marina nous offrait sa protection.

Nous avons jeté l'ancre derrière lui et nous avons bien dormi malgré la tempête qui toujours sévissait.