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Papadjo en mer

La petite brise de Nord, à la sortie d'Ilheus, s'est transformée en bon vent portant et c'est tangonné, filant bon train à 6-7nds que Papadjo a avalé 14O miles, à notre très grande joie. A 4O miles de l'arrivée, plus de vent. Ainsi, il a fallu motoriser à regret notre vaillant Papadjo.

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Equipage par beau temps

Grand beau temps. Mer lisse dans ces eaux peu profondes où le corail abonde sous forme de "chapeiraos" cad chapeaux de corail qui affleurent à la surface ou se dissimulent dangereusement provoquant de nombreux naufrages. Les anciens navigateurs portugais conseillaient de bien ouvrir les yeux dans cette zone - Abrolhos - disaient-ils, Ouvre les yeux ! C'est ainsi qu'ont été nommées après eux le groupe d'îles qui émergent à 4O miles des côtes, rendez-vous des baleines Jubarte en Juin/juillet et qui sera notre destination après Caravelas.

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baleine Jubarte

C'est Amerigo Vespucci qui, le premier, 3 ans après la découverte du Brésil, dirigea ses bateaux dans la passe de Caravelas. A cette époque, il n'y avait pas le balisage dont nous bénéficions aujourd'hui. Je suppose que ce grand navigateur a dû envoyer sur la côte des éclaireurs qui sont revenus avec les indiens du coin. Car, comment passer entre les bancs de sable et découvrir à la fin une toute petite passe,Boca do Tomba, entre le continent et l'île Cassumba ?
Il écrit ainsi au Roi du Portugal :
"Et nous avons commencé à naviguer dans le Nord-Est où un vent qUi tient de la tramontane ou du vent grec essaie de nous repousser en direction de Lisbonne. Après 77 jours de tant de travail et de dangers, nous avons passé la Barre le 18 juin 15O4"

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Dans le chenal

Nous, nous la passons ce jour, 1O.O4.O7, par bonne brise. Aucune pirogue ne nous précède mais cette côte sauvage bordée de mangrove et de cocotiers, ces bancs de sable où déferlent la mer en rouleaux inquiétants, ce vent libre et puissant, la passe qui enfin se dessine si étroite entre les deux bouts de terre et débouche sur le rio Caravelas, lui, large, navigable et hospitalier, comme un havre de paix après les mouvements de la mer et les dangers d'atterrissage,tout cela vibre encore de ce qu' Amerigo Vespucci a pu ressentir des siècles auparavant.

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le fleuve après la passe

Nous progressons dans le fleuve jusqu'à la ville de Caravelas et mouillons devant le quai des pêcheurs. Le courant est puissant sur cette partie du fleuve. Les quais sont laissés à l'abandon et il faut maintes fois atterrir dans le poutou-poutou ou grimper une échelle à barreaux très espacés. Tous les soirs, une femme entonne des exorcismes d'une voix forte et couvre tous les bruits de la nuit. Ca me donne presque la chair de poule et je contre-carre en envoyant les décibels d'un chant andalou hébraique rapporté d'Israêl !

Les pêcheurs jonglent avec le courant pour déhaler leurs bateaux et un d'entre eux percute carrément le Papadjo.
Tout ce qui a de plus sympatique ! Nous ne resterons pas là ! Le temps de prendre quelques renseignements sur la navigation jusqu'aux Abrolhos et nous serons partis !

En fait, une rencontre va tout changer et nous allons rester 15 jours sur Caravelas : J.Pierre, français-breton, installé à Caravelas avec son épouse brésilienne, Jacqueline.

Que dire de J. Pierre, que c'est J. Pierre, bien sûr, car si on ajoute qu'il a comme une ou deux touches de Pierre Perret par son humour, sa gueule bien travaillée  et ses grands talents de cuisinier, on risquerait de l'ennuyer et si on poursuit en lui donnant l'allure d'un explorateur pour son intrépidité et son goût de l'aventure  et du changement, il aura raison de nous tourner le dos car le portrait est très incomplet.
Donc nous ne dirons rien de tout cela car J.Pierre, nous l'aimons de face et aussi sa Jacqueline, adorable brésilienne, acceuillante, organisatrice hors pair de petits boufs entre amis, modératrice du boute-train qu'elle a tout de même suivi partout depuis 2O ans.

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Jacqueline

J. Pierre commence par nous donner une bouée à l'extérieur de la ville, devant le yatch-club-pousada où le paysage et l'atterrissage sont nettement plus sympa.

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Herve, à la godille, rase la mangrove pour se servir du contre-courant

Bière fraîche et Sucos servi par Gabriel, nous nous sentons nettement mieux. 

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Papadjo derrière les jardins de la pousada

Puis nous sommes invités à une sortie jungle sur un de ses catas.

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nous quatre sur le cata

A vrai dire, nous pénétrons plus avant dans le fleuve Caravelas et atterrissons à un hameau de pêcheurs.

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hameau de pêcheurs sur le fleuve

De là, en file indienne, nous rentrons dans la jungle tropicale, grands arbres entremélés, lianes, termites, fleurs sauvages.

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en file indienne dans la jungle

En fin de parcours, nous arrivons dans un petit campement de pêcheurs. Il n'y a là que la femme. Tout y est très propre et très fleuri. Les casseroles brillent au soleil,les filets attendent sur les arbres et la pirogue repose sur le poutou-poutou.

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campement de pêcheurs

"Mon mari est allé à la ville regarder le match de foot".
Il est vrai qu'ici, il n'y a pas d'électricité et l'eau se puise dans des réservoirs.

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Mme dans sa cuisine

le cata de J.Pierre nous attend sur le fleuve près de la pirogue et nous quittons la femme du pêcheur, son jardin merveilleux, la laissant avec ses casseroles brillantes et ses fleurs suspendues.

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Deux types d'embarcation, deux modes de vie !

Et sitôt rentrés, nous voici invités par Jacqueline à la pousada de leur amie Simone. C'est le premier repas d'une longue série de festins franco-brésiliens. Le rituel est toujours le même. Le cousin de Jacqueline, Romillo, prépare les caipirinias, et s'en suivent des repas fabuleux, Bobo brésilien, feijoadas, poissons à la japonaise et bien sûr crêpes bretonnes. Que du bon et que de l'excellent !

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resto feijoada

Ca, c'est pour les soirées. Pendant la journée, J.Pierre retourne à ses cata.c'est une de ses spécialités.  Il les construit
puis emmène des clients aux Abrolhos pour la plongée (autre spécialité). Il y a plus d'un an, Il a construit un cata de dix huit mètres. Incendie criminel ou pas, tout est parti en fumée. Un sale coup dur.

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catas de J.Pierre au mouillage

Pendant que tout le monde travaille, Papadjo en profite pour se refaire l'anti-fooling au chantier du coin. On se  souviendra de l'arrivée au chantier, vent et courant  pour déporter Papadjo, obligé de faire du gim-kana dans le mouillage pour accéder à la rampe de levage.

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Arrivée devant le chantier

là, c'est une première. Papadjo est arrimé sous l'eau à une structure de bois qui le hisse hors de l'eau en glissant sur des rails en bois solidement amarrés au sol par des travers et actionnés par un treuil mécanique.

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Ho ! Hisse !

Cela s'opère en douceur et pour le départ, c'est comme dans les films, le bateau est lâché dans l'eau, plouf, vite le moteur, vite la direction. Comme nous sommes partis en pleine nuit noire (marée oblige) c'était assez tendu. Il fallait parer tous les bateaux au mouillage tout en gardant assez de fond pour faire passer le Papadjo. On a un tout petit peu touché !

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Papadjo tout propre et repeint !

Et nous sommes partis sans payer ! A dire vrai, nous n'avions pas assez de reals et le distributeur bancaire ne nous donnait pas d'argent. Pas de problème. J. Pierre et Jacqueline se sont portés garants pour nous. Ca, ça nous a vraiment touchés. Beaucoup dans notre entourage français( amis et famille compris) ne l'aurait pas fait. Deux jours après, les réals sont tombés du distributeur et nous sommes allés payer le chantier. Merci, J. Pierre et Jacqueline.

Le temps était venu de partir et de joindre les Abrolhos. Dernière soirée ensemble sur le Papadjo.

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Ils plissent les yeux de gentillesse !

Au matin, J. Pierre est venu avec les bouteilles de plongée d'Hervé, bien remplies par ses soins, Jacqueline avec le linge du bateau sans compter plein de gâteries pour les jours de pénurie.
Tchao! les amis, on se reverra. J.Pierre l'a écrit dans le livre d'or du Papadjo.

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Tchao ! les catas.