Ah! le lagon d' Iguape ! On s'en souviendra. Qu'il soit décrit d'abord avant d'être un peu décrié puis bien encensé ! Il s'étend comme une grande mer intérieure entre l'île des français (où les pauvres ont été repoussés lors de leur ultime bataille pour prendre la région) et le goulet qu'emprunte le fleuve Paraguaçu pour rejoindre la petite ville historique de Cachoiera.

 Yvan, le belge de Maragogipe, nous a donné des renseignements très éclairés sur lanavigation à faire sur le lagon d' Iguape pour atteindre le convento des los P1010025Franciscanos en ruines où nous voulons faire escale : sortir du bras de fleuve où nous sommes, rejoindre l'île des français jusqu'à presque la toucher et prendre comme amer avant de virer sur tribord une église entre deux palmiers. Rien n'est plus simple. Mais nous n'avons pas reporter tous ces détails sur la carte. L'ordinateur est simplissime sur l'endroit : pas de noms de localité ni de repères. Il reste un croquis d'un guide nautique anglais qui signale dans le fond du lagon, près du goulet, un couvent en ruines. C'est donc là.

 Nous suivons jusqu'à l'île des Français les indications d'Yvan, virons quand l'Eglise se trouve bien plantée entre ses deux hauts palmiers et faisons route sur babord, reprenant les indications de l'Anglais car nous ne voyons pas du tout comment passer par tribord pour rejoindre le goulet. C'est alors que les soucis prennent forme. Les profondeurs fluctuent. L'anglais nous met carrément dans le poutou-poutou. Nous touchons, pas une mais deux, trois, quatre fois. A la jumelle, nous voyons bien le fameux couvent, ses ruines mais entre lui et nous il y a des bancs de sable et Papadjo qui gratte de laP1010012 semelle. Hervé se met au dinghy pour sonder les passages. J'essaie de suivre : un coup marche arrière toute pour décoller le bateau, un coup avant toute pour le faire avancer. A ce train là, on fait des millièmes de miles nautiques !  Soudain, que vois-je, des piquets, un chenal balisé. Nom de Dious ! Qu'est-ce cela veut dire ? Yvan avait bien parler de piquets. Il faut absolument gagner le premier piquet devant nous qui nous donnera de la profondeur. Il n'est pas loin du couvent. Allons y. Papadjo comme l'âne, un coup arrière, un coup avant. Enfin c'est gagné, un mètre sous la quille, cad deux mètres en réalité. Et nous rejoignons par le chenal le couvent qui apprête son petit ponton jaune pour les embarcations. Nous jetons la pioche pas trop loin et relachons après tout ce trafalgar.

 

P1010067
Les fameux piquets de la lagune

Une barque à moteur s'ébranle du ponton et deux hommes viennent vers nous, fort sympatiques. Mais ici, ce n'est pas du tout le couvent des Franciscains, malgré les ruines, l'Eglise... Et où est-il ce couvent ? Là-bas, P1010038au fond du lagon, pas loin de l'île des Français. Et, nous regardons stupéfaits, pour découvrir, en effet, à la jumelle, un impressionnant édifice. Et ici, c'est quoi, au juste ? Et bien, c'est Nostra Senhora de la Batalha. Ca alors ! Et les ruines ? Celles d'un ancien aqueduc. Nous en restons tout ébahis. Les deux hommes se présentent : Fabrizio et Genival. Tous deux travaillent sur la fazenda de bétail, manguiers, bananiers, dont le propriétaire a eu l'astucieuse idée de faire ce ponton et de baliser le lagon jusqu'en face, cad jusqu'au couvent des Franciscains. Les deux hommes sont super sympatiques. Ils nous invitent à nous mettre au ponton et à prendre de l'eau si nous en avons besoin. Nous tenons cependant à rejoindre le véritable couvent et les assurons de notre futur passage quand nous reviendrons de Cachoiera. Et nous revenons ! Cette fois, avec de l'eau sous le bateau. Nous abordons au ponton jaune. Genival ainsi que Fabrizio nous installent : eau et électricité. Marina grand luxe pour nous tous seuls. Et ce n'est pas tout : visite des lieux avec Genival : l'Eglise tout d'abord que le propriétaire restaure. La vue sur le lagon est ici époustouflante. Genival nous explique qu'il y avait iciP1010051 une fabrique de canne à sucre qui marchait avec des esclaves. L'aqueduc impressionnant amenait l'eau jusqu'à la fabrique. Puis Genival nous présente une vielle dame de la fazenda et sa famille et va abattre à grand bruit des régimes de bananes et des noix de coco pour nous les offrir. On met tout cela dans la brouette. Hervé grimpe sur le cheval du garde et précède tout le monde : Genival avec la brouette, la petite famille de la fazenda et moi. Nous allons tous vers le lagon. Hervé est aux anges ! Il n'était pas monté à cheval depuis 35 ans; Genival suspend les régimes de bananes en guise d'accorche coeur à l'arrière du Papadjo, on casse des noix de coco pour les boire ensemble et j'offre des noix de cajou. C'est la grande ambiance. En soirée, repas sur le Papadjo pour Fabrizio, Kelly sa toute jeune épouse et Genival. Le lendemain, on remet ça avec visite de la Fazenda en camion puis en pick-up avec vues splendides sur le lagon (malheureusement, le temps est un peu bouché)


P1010007
Vue sur le lagon et une partie du territoire de la Fazenda

   En soirée, repas chez Fabrizio et Kelly. Ils se sont mariés il y a 7 mois et sont venus s'installer dans la fazenda, lui comme directeur, elle comme secrétaire alors qu'elle était pharmacienne auparavent. P1010017Mais comme ils sont gentils, ces deux jeunes qui pourraient être nos enfants. C'est un plaisir inexprimable. Fabrizio corrige gentiment mon portugais. J'arrive à suivre la plupart de ce qu'ils disent et traduis pour Hervé qui se lance quelquefois dans des explications, ou me demande de traduire. Le portugais que je travaille avec une méthode se prend des ailes maintenant. Tout en parlant nous mangeons du Brie, du Camembert, mais oui! Fabriqués au Brésil. Il y a de la moutarde Maille et pour le reste, du jambon de dinde ("peru" en portugais), et de tas de petites choses Brésiliennes délicieuses, le tout arrosé d'un bon porto. Puis Kelly nous offre deux T.shirts de la Fazenda. Habillés en plus ! C'est dur de se quitter ! Le coeur est plein de tout cette gentillesse, de cet acceuil formidable; Mais nous devons prendre la marée ce soir car demain matin elle ne sera pas du tout propice à la descente. Cependant, nous ne nous disons qu'au revoir. C'est promis, nous reviendrons à la Fazenda ! Papadjo met les gaz pour reprendre les piquets qui traversent le lagon, comme l'arche de Noé, avec ses régimes de bananes, ses noix de coco, un immense jaca donné par laP1010009 petite famille et comme nous nous en apercevrons très vite, des représentants de l'espèce animale avec une jolie petite grenouille qui se cache dans l'écoute de grand-voile et un grillon qui se met à chanter le soir dans les noix de coco. Comme le retour chez les enzimes gloutons va être difficile !

Nota bene : en langage papadjocien, l'enzime glouton est une espèce en voie de croissance qui est constituée principalement par le navigateur retraité, bien argenté, français de préférence, qui sait tout, dit tout, profite de tout, et fort de l'assurance que lui donne ses caisses de retraite ou ses fonds personnels, se montre conquérant partout et très connaisseur de tout où il mène très souvent en convoi (car il est peureux) son embarcation. Il y a aussi une espèce adjacente d'enzimes non retraités car bien trop jeunes, alimentés par les caisses de solidarités, assedic et autres, soit très jeunes dans la trentaine, soit un peu plus âgés. Mais ce sont des enzimes tout de même. Car l'enzime n'est pas acceuillant, ne dit pas bonjour. Si cela lui arrive et qu'un petit contact s'en suive, tout tournera autour de ce que l'on possède, ce que l'on a fait, ce que l'on fera, autour de ce qu'il y a, ou de ce qu'il n'y a pas;

Où est l'être, où est l'humain !

L'enzime glouton ne comprend pas les Papadjo. Comment est-ce possible pour lui d'avoir une approche des Casamanciens, des Brésiliens alors que lui est toujours en troupeau. En Casamance, toujours autour d'une piscine d'hôtel, avec leurs drinks en main, ils leur étaient bien difficile de connaître les Abdou, Mamadou et j'en passe.
Ici, si nous nous promenons avec un Brésilien, en l'occurence Daniel Paolo à Salvador, c'est que nous le payons en tant que guide ! (texto!)

Pauvre Enzime ! Ta gloutonnerie te perdra jusqu'à ton sens commun !

 Ne soyons pas mauvaise langue en tout !

Il n'est pas question non plus de taxer tout individu d'enzime glouton. Nous ferions erreur. Et nous avons bien des amis dans le monde de la navigation. Et à la reflexion, ne serions nous pas un peu gloutons nous-mêmes ? Cependant, c'est une constatation générale dans ce petit monde et un profil d'individu que nous cherchons à fuir.