JOUR 1 Sortie de Casamance et Cap sur le Brésil

1590 Milles à parcourir

Dès les premières lueurs de l'aube, nous avons ripé, laissant Carchiouane et tous nos amis. Remontée du belon qui donne directement sur l'embouchure de la Casamance avec voile et moteur pour contrer le courant contraire. Le but est de se présenter juste à l'étal de marée haute à la sortie. Après la grande courbe, nous pouvons apercevoir les deux pointes de la sortie du belon couronnées de bancs de sable. Il s'agit de serrer babord pour éviter un banc à tribord qui s'étend assez loin dans le belon. Tout se fait bien. Le vent s'est levé assez vigoureux et nous nous réjouissons d'être parti de si bonne heure. Il fait assez frais et je me couvre. Hervé a gardé sa chemise bleue. Je devrais lui dire que ce n'est pas assez.
Ca y est, nous sommes sortis du belon et laissons ses bancs dangereux derriere nous. Nous apercevons au loin Djogué par où nous étions rentrés en Casamance 3 mois auparavant.
Où se trouve la première bouée du chenal de sortie ? la voici ! Ouf ! il n'y aura plus qu'à suivre, bouée après bouée. La passe peut être très dangereuse. Un bateau de 14 m s'est couché deux fois, il y a à peine un mois. Les hauts-fonds sont très proches et cela déferle à marée basse. En fait, cette sortie va s'annoncer assez musclée, en dépît du courant et du vent favorables. Nous repérons bien les bouées mais la houle et le vent sont forts et réclament de notre part une attention soutenue. Pas question de se laisser déborder ! Nous avons tout juste 4 mètres sous nous et un écart s'avèrerait dangereux. Et puis ! c'est long cette passe. On a hate d'en finir. Quand nous voyons la dernière bouée, les fonds à 7 m maintenant, nous éprouvons un grand soulagement. Maintenant, à nous le Brésil, avec   159O miles nautiques à parcourir, cad environ 15 jours de mer. La mer, justement, quel bonheur de la retrouver après ces mois de tranquillité fluviale. Tant que nous sommes sur le plateau continental et des profondeurs de moins de vingt mètres, elle se fait assez dure. Il faut attendre la haute mer pour retrouver ce rythme superbe qui prend le bateau, le fait épouser les vagues et l'entraine vers l'horizon.
Premier repas offshore, les lentilles au mouton préparées par la femme de l'iman de Carchiouane. Excellent !
Des puffins nous accompagnent, rasant les vagues. Ils se posent, puis reviennent en bandes dès que Papa Djo prétend les dépasser. Le couchant arrive; Nous allons continuer notre route et eux vont se poser. Demain, nous serons dans un autre territoire de mer où ils ne viendront pas se joindre à nous. Dommage.
Première nuit : les quarts s'installent. 1Oh minuit pour moi et nous nous relayons ensuite toutes les deux heures. La lune, pleine et lumineuse, est de la partie. Nous allons croiser quelques cargos mais pas d'alerte maximale.

P1010001

 

Jour 3

1403 Milles à parcourir

Hier, journée difficile. Hervé a pris froid à la sortie de la Casamance; Il est un peu fiévreux, sa voix déraille et il tousse. La mer est agitée par une houle d'Ouest et nous avons un vent entre 2O et 25 Nds. Pas question de tangonner dans ces conditions. Nous faisons cap à l'Ouest. Les déplacements dans le bateau sont laborieux. Hervé est le plus souvent dans la bannette et je le soigne à force de citron, vitamine C, elixir de Suédois et éludril. A midi, les Canadiens sont à l'écoute. C'est formidable d'entendre toute cette équipe sympatique qui va nous suivre durant toute notre traversée. Ca bastonne dans l'Atlantique Nord qui nous renvoie cette sacrée houle croisée du NW qui fait rouler le bateau. Mais de quoi se plaint-on au juste ? Nous avons un vent favorable et cela va se calmer à 1O/ 15 nds.
Une petite chauve-souris s'est agrippée dans les plis de la grand voile. Dès la tombée du jour, elle prend son envol. Vers où ? Mystère. Elle est loin de la Casamance et le vent est contraire pour y retourner. Les puffins ont disparu; Mais les poissons volants abondent. Ils sont étonnants ces poissons. Ils sortent de l'eau par groupe comme une envolée de moineaux. Leurs vols sont beaucoup plus longs que ceux recontrés jusqu'à présent. Et parfois il faut regarder à deux fois pour se rendre compte que c'est bien un poisson qui vole. Jusqu'à présent nous n'en avons pas vu dans les arbres....
Le vent se calme en soirée. Le ciel comme la lune sont bien clairs. Je pronostique une bonne nuit. Cela va nous remettre d'aplomb tous les deux.
En effet, nuit excellente. Plus de rencontres. Lune pleine et vent de 1O nds poussant gentiment Papa Djo. Au petit matin de ce 3 janvier, alors que je déguste le premier café, un voilier apparait et se dirige vers nous. Je ne vois personne à bord. Je réveille Hervé. Soudain le bateau change de cap. NOus l'appelons à la radio, sans succés. Bizarre.
Hervé va mieux. Je le retraite de la même façon qu'hier. Pas question qu'un de nous deux tombe malade alors que nous avons près de 15 jours de traversée. Dès midi, en relation avec R3DD, Bertrand qui est toujours aux Canaries, sa voix reprend du tonus. Les canadiens prennent le relais et nous disent de prendre route directe sur le Brésil maintenant car la zone intertropicale de convergence est très étroite, promettant un passage rapide. J. Claude, le relais d'Arcachon, est là aussi; Hervé lui demande de se mettre en contact avec Natacha. Lorsque nous prenons l'apéro, pastis et poisson volant mariné au citron, nous sommes super heureux. Le repas suit dans le cockpit avec toujours le haricot de mouton du Tabaski. Je ne saurai jamais comment remercier ces Diolas. Pour ces premiers jours de mer, c'est précieux d'avoir ce mouton. Une livre marine dans une préparation spéciale pour être ensuite séchée au vent.
Enfin, nous pouvons tangonner, puisqu'Hervé va mieux; Le confort dans le bateau en est nettement amélioré et le cap également. Dans la soirée nous tangonnons de l'autre côté après empannage pour prendre carrément le cap direct sur le Brésil. La manoeuvre est bien rodée maintenant. Nous enroulons d'abord le génois, changeons le tangon de côté, faisons l'empannage de la grand voile et enfin, lançons le génois. Comme sur des roulettes; L'équipage est satisfait de lui-même. Papa Djo avance régulièrement à 6nds et plus. La température extérieure avoisinne les 3Odegrés pendant la journée. Nous ne nous plaignons pas.

 

Jour 5

1128 Milles à parcourir

Ah! quelle journée agréable ! Hier nous étions tous deux opressés. Les vents de sable sévissant sur la côte du Sénégal cerclaient la mer d'une brume opaque. La houle du Nord-Ouest rendait tout déplacement laborieux sur le bateau. Seul attrait de cette journée-là, des nouvelles de Natacha par l'intermédiare de Réal et de J. Claude d'Arcachon qui font parti du réseau du Capitaine. Natach se dit super contente d'avoir ainsi de nos nouvelles. Elle nous a écrit un petit mail que nous lit Réal. Toutes nos positions vont lui être communiquées ainsi qu'à Youenn. Nous rions de bonheur de pouvoir ainsi rester en contact avec nos enfants, d'où nous sommes, à quelques 5OO miles du Sénagal. C'est un bonheur ces échanges avec le réseau du capitaine. On se sent entouré là tout seul en pleine mer. La bas au Québec, André, Jean Yves, Pierre s'occupent de nous, avec gentillesse et amitié. Et on sent la présence de tous ces bateaux dans l'Atlantique. C'est un point d'orgue au milieu de la journée. Et le soir Jean Claude à Arcachon peut encore téléphoner à Youenn ou Natacha.
Ce matin, un petit faucon est venu se réfugier sur le bateau. Il tentait souvent de repartir vers l'Afrique mais le vent contraire le repoussait vers nous irrémédiablement. Dans la journée, il a dû essayer à nouveau car nous ne l'avons plus revu.  Nous avons fait du pain pour 5 jours et à midi à nouveau à l'écoute avec les Québécois. Un message de Madeleine ! super ! décidément, la famille bouge. Raté une belle coryphène ! Zut ! l'agneau diminue, diminue. Dans l'après-midi, oh! surprise, un cargo, au loin dans l'espèce d'halo qui noit encore l'horizon. Pas d'écho radar ! bizarre ! Décidément, même si nous nous sentons loin de tout, la veille est une nécéssité. Je le regarde aux jumelles et n'arrive pas à lire son nom ni à voir un quelconque pavillon; Il semble à l'arrêt, là, au milieu de nulle part. Pourvu que ce ne soit pas des pirates ! c'est avec un certain soulagement que nous le dépassons et laissons la houle et la brume l'ensevelir.

 

Jour 9

1°2O Nord/28°11 Ouest
689 miles à parcourir

Et nous voilà à mi-parcours dans cette traversée océanique ! Hier, dans la nuit, nous avons bien pensé que nous étions à la charnière des deux systèmes océaniques, Atlantique nord/Atlantique sud.L'atmosphère moite de ces derniers jours s'était accrue, le vent portant est devenu faible, le baro a baissé et une première pluie est venue faiblement mouiller le pont. C'était mon heure de quart. J'ai réveillé Hervé et nous avons décidé de rentrer le tangon et d'empanner. La nuit était noire d'encre et le vent quasiment nul. Les manoeuvres, toutefois, sont bien rodées entre nous. P1010013Enroulage du génois-Hervé part à l'avant ramener le tangon et le détacher. N'empêche que ce tangon est comme un boeuf, il pèse et il est long. Ces manoeuvres peuvent se révéler dangereuses par mauvais temps ou comme maintenant, de nuit bien opâque. C'est pourquoi Hervé amarre le tangon à l'avant puis au pied du mât au lieu de le rabattre sur le passe à vent, sa place habituelle. Bien nous en a pris ! le vent portant depuis notre départ, a changé de secteur. C'est un vent de Sud maintenant que nous prenons à son travers. Nous bordons notre grand voile. Il sera temps au petit matin de relancer notre génois.
Dans la nuit, Hervé entend un bip : un cargo. Enfin, signe que cette mer est un peu habitée car depuis quelques jours, nous y sommes archi-seuls. Les nuits se passent hyper bien car nous dormons entre chaque sonnerie de veille et quelquefois, les sonneries de notre minuteur ne nous réveillent absolument pas ! On ne se bile pas pour autant ! peu de chances de croiser un intru par ici. Mais tout de même, on s'applique à ne pas s'endormir trop profondément ! exercice difficile où nous sommes tous deux perfectibles, c'est sûr. Enfin, comme ça, on est en forme au petit déj et pendant toute la journée.
D'ailleurs, en forme, nous le sommes; Nos rhumes sont passés à force de jus de fruits et de vitamine en sachet. La mer nous impose son rythme qui est des plus cools et nous invite plutôt à une bonne farniente après tout de même une activité de rangement le matin. A noter qu'il y a de moins en moins à nettoyer dans ces parages où le niveau de pollution est zéro. Pas de poussières. Le sol reste net ! S'il n'y avait pas tant à transpirer, nos corps le seraient aussi.

A midi, rdv avec le réseau du capitaine, toujours aussi sympa ce réseau du capitaine et d'une aide vraiment appréciable. Amidi pile André fait la bande annonce de sa voix toute particulière au fort accent québécois; Puis " Il y a t'il quelqu'un qui veut joindre le réseau du capitaine. On sait qu'il y a cinq à dix personnes qui attendent derrière leur émetteur. tout le monde se tait et on commncence par l'tlantique Nord Est. Bien vite vient mon tour. "alors comment ca va F4DHZ, c'est mon indicatif. Je réponds "comment ca va à bord , quelle est ta positon" Cette question sert de référence pour la lecture des cartes de météo. Suit un dialogue très amical, on prend son temps pour toutes les questions Nous racontons notre nav . Trois personnes sont là qui prennent soin de ta navigation. Et l'on a aussi des renseignements sur les conditions que rencontrent les autres, qui à Dakar, Qui au Venézuella, Qui aux canaries. C'est une grande rencontre.
André de s'exclamer aujourd'hui avec son sympatique accent Québécois:
-ça, Hervé, c'est ce que j'appelle " le coup de Moïse"
Et, oui, Papa Djo se fraie un passage nickel vers le Brésil, les orages du pot-au-noir s'écartant à sa venue, soit à l'Est, soit à l'Ouest. Le vent reste clément dans des parages où il est réputé pour être soit véhément, lors des orages, soit inexistant. Papa Djo avance. Je ne dis pas qu'il va très vite; Il fait son petit cinq de moyenne. Mais en neuf jours, le moteur n'a marché que deux fois et pour quelques heures seulement. La mer est superbe maintenant. Fini le halo brumeux qui ceinturait l'horizon. Elle est d'un bleu éclatant qu'on ne finit pas de contempler. Il y a toujours 31 ° dans le bateau mais ce petit vent donne un peu de fraîcheur et j'ose ouvrir tous les panneaux du bateau pour l'aérer   . Je porte maintenant un bandeau de corsaire blanc sur le front que je mouille copieusement.
Hervé se dit heureux comme jamais ! seule ombre au tableau, nous avons perdu deux prises et rien ramené à bord. Mais nous ne désespérons pas pour autant. Il y a du pastis à bord et apéro après le rdv radio. Il reste une tonne de fruits, 2O kg de patates, des conteners de 5 kg de riz, nouilles et compagnie et de quoi faire encore quelques omelettes sans compter que nous n'avons pas encore ouvert les six bocaux que je réservais pour cette traversée : du poulet cuisiné en couscous ! Donc si le poisson ne vient pas, nos estomacs n'ont rien à craindre.
Tout de même, la mer pourrait-elle faire quelque chose ? Je l'interpelle, un peu dans le sens de sa fierté : ça donne quelque chose comme ça : Eh ! bien, dans cette grande, immense mer, n'y-a-t'il aucun poisson ?
P1010012Il me semble qu'elle a compris rapidement le message : une bande de dauphins entourent le bateau. Le poisson ne doit pas être loin !
Aujourd'hui, André a pris notre message pour Natach et Madeleine.
Nous sommes à 24 H de l'équateur !

 

Jour 10

OOSOO.O17/O29W.O11  PASSAGE DE L'EQUATEUR
521 miles à parcourir

C'est fait, nous sommes passés dans l'hémisphère sud, aujourd'hui, à 18 H RTU. Evénement fêté autour d'un excellent vin qui nous restait de Marta des îles Canaries et du gâteau special "équateur", cuit par Evelyn entre deux trombes.

P1010031

La bouteille a été descendue jusqu'à la dernière goutte et le gâteau mangé jusqu'à la dernière miette. Puis, la bouteille a été lancée à l'eau par le capitaine, avec à l'intérieur tous les détails historiques de l'événement.
Nous sommes heureux. C'est une étape importante dans notre navigation, d'autres continents, d'autres peuples se rapprochent maintenant.
Le pot au noir s'est fait sentir hier nous envoyant dans la nuit fort vent et trombes d'eau. Réveillée par la gîte, j'attrape mes vêtements et me précipite dehors pour retrouver Hervé à la barre.
- Mais qu'est-ce que tu fais, mets tes vêtements, dépêche-toi!
J'ose prendre la veste de quart et lui propose la sienne :;
- Je n'en ai pas besoin. Grouille-toi !
Charming, le macho ! mais je rêve !
Une pluie diluvienne interromp ces brusques propos. Monsieur se précipite pour endosser sa veste de quart me laissant à la barre. Nous avons toutes voiles dehors. IL faut réduire au plus vite, d'abord le génois puis la grand voile. Vue l'urgence, on réduira après le caquet du capitaine. Papa djo quant à lui prend tout cela hyper bien. Il est dans sa ligne, génois, trinquette et grand voile. Il fonce à 7/8nds. Nous ramenons le génois et Hervé va à l'avant réduire la grand voile; Ca y est ! nous sommes parés et tout de même bien trempés malgré les vestes de quart car nos pantalons dégoulinent. Le temps de se changer, on échange aussi nos petites observations : je suis arrivée à une minute d'Hervé et je fais comprendre que je ne suis pas trop d'accord sur la réception. Après, ça devient comme des boulettes de friskies pour mon "petit minou", et tout s'arrange. La pluie cesse, c'est mon quart. Pas le temps de repos. L'écho radar signale un passage. Un cargo à la jumelle. Je me réveille pour découvrir une mer couleur ardoise sous un ciel plombé avec un vent rafraîchissant, presque la Bretagne, au mois de Juillet, dans un jour sans soleil. Les cargos se succèdent maintenant. Il y a un rail dans la zone.
Dans la nuit, Hervé avait endossé ma veste de quart. Il en sort un foulard qu'il pose négligemment près de la table à cartes. Dans l'obscurité, je reconnais un foulard offert par ma fille ainée. C'est fou ! je croyais l'avoir perdu. J'ai mis plusieurs fois ma veste de quart depuis. Et aujourd'hui, ce foulard ressurgit.
objet inanimé, beaucoup d'émotions entourent ton retour !
A midi, j'ouvre le premier bocal de poulet. Nous avons encore raté une prise hier soir. Examiné les hameçons du rapala ! eh bien ! c'est pas compliqué, les poissons se barrent vite fait : il n'y a pas de dard aux hameçons. Hervé a remédié aujourd'hui à la chose. Nous sommes fin prêt pour la quatrième prise qui se fera nécessairement dans l'hémisphère sud maintenant.
Le vent donne bien. Nous avançons 6-7nds, bon plein, dès que le ciel se dégage des lourds nuages pluvieux. Peu de moteur. Ambiance de nav plus musclée. Cela change du vent arrière tout pépère qui nous menait jusqu'à présent.

Droit de réponse.
A propos de l'altercation sur la veste de quart.
Les événements n'ont pas été vécus de la même façon
Je suis arrivé sur les lieux deux minutes plus tôt. La violence des éléments étaient tel qu'il n'y avait pas possibilité de réduire, mais trouver une alllure plus au portant que pourrait tenir papa-djo, d'ailleurs il tenait très bien le travers sous toute sa toile. Ca a la peau dure ces bêtes là. Pour ce faire il fallait choquer je ne pouvais être à la barre et manipuler des voiles dans ces conditions de survente. j'avais besoin de mon compagnon d'équipage, Evelyn.
Je l'ai vu arriver sans rien, ses vêtements dans la main dans sa hate. Je lui ai dit "habille toi", rien de plus
Elle s'est habillée, a vêtu même sa veste de quart et m'a proposé la mienne. Pour moi le temps n'était pas à cela mais mettre le bateau sur ses rails, d'où ma réaction. Non dépêche toi. Et elle avait omis ses lunettes et ne pouvait lire le compas et prendre la barre.
Après les opérations se sont passées comme d'habitude très coordonnées Et quand les choses ont été possibles on a pris un ri et j'ai mis ma veste de quart, les trombes nous ont submergé. Nous étions trempés. Il faisait 30 degrés
Où est le mar cho!

P1010032

 

Jour 11

1.3OS/3O.4OW
4O6 miles à parcourir
Battu d'un jour notre précédent record de traversée -les Açores/Portugal Sud-1O jours.

Nous avons eu du vent toute la nuit dernière et fort heureusement, Papa djo était bien toilé pour ce temps : deux ris dans la grand-voile, tour de rouleau dans le génois mais trinquette entière. Ainsi, aucun souci durant la nuit malgré les accélarations. Nous avançions entre 6 et 7nds. Nuit noire, bien noire avec quelques cargos dont un sans émission d'écho radar !
Ce matin, changement de décor. Quelques résidus de pot-au-noir, pas bien méchants. Papa Djo a refait une bonne toilette et le sable rouge qui l'avait revêtu au large de l'Afrique a complétement disparu.
Par contre, la grisaille, le petit temps, les lourds nuages noirs et la mer sombre ont fait place au super scénario de ciel bien bleu avec nuages blancs et effilochés indiquant le grand vent, la mer éclatante d'embruns, très nerveuse et menant bon train et Papa Djo caracolant à qui mieux mieux avec trois ris dans la grand voile, un petit génois et toujours la trinquette. Le vent est Sud-est. Nous allons bon plein. L'atmosphère a changé. Le bateau gîte et les déplacements sont plus laborieux. Le pain nous manque et malgré l'inconfort, Hervé et moi, nous nous y mettons et le four nous sortira successivement deux gros pains, quatre petits et deux pizzas à l'oignon et au fromage de Casamance.
A midi, rdv radio avec le réseau du Capitaine qui nous confirme ce vent là et nous annonce un vent d'Est de 2O nds pour le 13, du grand larggue qui nous permettra de rallier Cabedelo, au Brésil, confortablement. Par contre, un courant de 1nd nous pousse ao Nord. Il convient de remonter plus au près pour parer les îles de Francisco de Noronha où nous ne nous arrêterons pas car l'escale coûte la peau des fesses. Dommage, c'est un endroit parait-il superbe, réputé pour ses eaux claires et recheché par les plongeurs.
Nous avons un petit rongeur à bord. Serait-ce la chauve-souris qui s'est planquée dans le bateau, ne pouvant revenir en Afrique. En tout cas, ça grignote dans les gâteaux secs, dans les patates et même un des coussins du carré, ce qui ne me plait guère. Attention à la petite pâte  à l'arsenic qui ne manquera pas au Brésil d'éliminer notre rongeuse, à moins qu'elle est l'astucieuse idée, lors du premier mouillage, de déquerpir des lieux.


Jour 13

4.54S/31.O1W
161 miles à Parcourir

Avant dernier jour de traversée. Pendant la nuit avons croisé les îles de Francisco de Norhona. Temps merveilleux où la farniente reprend. Hélas, notre rapala est parti avec un gros poisson. Nous avons la scoumoune question pêche. Les premiers oiseaux sont venus dès hier. Une tourterelle s'est posée pour la nuit sur le roof. Hervé m'a réveillé croyant que c'était la chauve-souris ! C'était comique. Il fallait tout fermer pour qu'elle ne rentre plus à l'intérieur. Au fait, nous supposons que nous avons une chauve-souris chez nous, mais ça semble bizarre tout de même. Comment peut-elle se glisser dans les placards !
Aujourd'hui, nettoyage du cockpit en prévision de l'arrivée. Une douche serieuse est prévue pour décaper le capitaine des pieds jusqu'à la tête. Nous avons étudié l'approche de Cabedelo, notre port d'atterrissage que nous atteindrons normalement vers 23 heures demain soir. Les Canadiens ne se sont pas trompés, nous avons un vent portant Est-Sud-Est qui rend plus confortable la navigation et la vie à bord.
Il y a deux nuits, lors d'un quart, un coup de roulis m'a projetée violemment sur la barre de la table à cartes. Le bras en a pris un sacré choc, mais heureusement, rien de cassé et j'ai vite récupéré la force dans le bras.

 

Jour 15

Arrivée à Cabedelo à 3h du mat, après un rodéo de nuit dans le chenal d'entrée.
Pris in extrémis un thon de bonne taille pour nous sur le plateau continental après avoir perdu 4 prises (honte à nous, nous avions laissé un mauvais hameçon sur le rapala).
Herecca ! la traversée est faite. Equipage et matériel en excellente forme.
Temps de traversée: 14 Jours et 19 heures.