Etre invité à la grande fête musulmane, c'est quelque chose qui nous va droit au coeur. Au même titre, à NoËL 2OO4, à St Jean d'Acre en Israël, nous avons été invités au repas de noêl par un arabe chrétien que nous ne connaissions absolument pas et qui ne voulait pas que nous soyions seuls ce jour-là ! Depuis Kanan est devenue un ami, lui et sa nombreuse famille.
Eh bien! Mamadou s'est chargé de nous et nous avons été les invités d'honneur dans sa famille. Rendez-vous à 1O h chez lui après la prière dans la mosquée. Nous arrivons pile-poil à la case lorsque un flot d'hommes en boubous de cérémonie de toute couleur remontent des rizières vers le quartier de Mamadou. Le voici d'ailleurs, superbe dans un immense habit bleu ciel, tout souriant et charmant, heureux de nous voir. P1010007Qui est là aussi, bien sûr, Simon, son neveu, revêtu également de l'habit de fête. On nous présente à un tas de personnages.Les enfants, tout autour, arborent également de splendides boubous. La scène est colorée, sympatique à souhait, avec tous ces gens heureux de la fête.
Puis, Simon est chargé de nous amener au village où tout un chacun s'occupe maintenant d'égorger le mouton. Chez l'iman, son beau-frère, c'est déjà fait. Simon nous présente sa soeur et l'iman. L'acceuil est fort chaleureux.
P1010005J'insiste pour m'arrêter à la petite boutique du village pour acheter des bonbons aux enfants. Le paquet ici est vendu le triple du prix normal. Nous refusons. Simon nous explique que le boutiquier est cupide et applique des prix exhorbitants même pour les locaux. Je suis déçue. Les enfants vont demander les bonbons de la fête et il n'y aura rien.
Lorsque nous revenons chez Mamadou, les deux moutons de la famille ont déjà été égorgés, l'un est pendu par la tête à la branche d'un arbre et l'autre gît sur un tapis de feuilles de palme. Mamadou, cette fois, en bermuda et T. shirt, officie avec les membres de sa famille. Il met de côté des morceaux de viande pour la "charité", cad pour ceux qui n'ont pas les moyens de s'offrir le mouton de la fête. Et nous en faisons parti puisqu'il nous offre bien un kilo de viande qui sera précieux pour les premiers jours de navigation. Les femmes, autour de Mariétou, l'épouse de Mamadou, ont déjà préparé des bassines de pommes de terre bien pelées, d'oignons éminP1010019cés etc. Les agapes vont se passer pour nous avec un groupe d'hommes de la famille, dont Simon et Doudou. Mamadou, appelé par des clients au village, ne reviendra se joindre à nous que vers 16H. L'agneau  entouré de pommes de terre avec une sauce très spéciale est super bon. Nous le mangeons à même la bassine avec du pain en guise de couvert. Il parait que c'est le premier plat. Il y en a trois autres à venir. Mais cela nous est impossible d'aller plus avant et nous passons directement au dessert préparé par mes soins, un immense gateau pour contenter au moins trente personnes; Nous le dégustons avec les femmes dont Belle qui me demande la recette.Simon nous ramène ensuite au village. Il ya danse sacrée sous un grand arbre et tous les jeunes initiés, petits et grands sont de la partie avec un public constitué de toubabs venus du Cap Stiring, clients de Mamadou et du restaurant d'un de ses frères. Simon et Papies du campement se mèlent à la danse qui inaugure les parties de lutte traditionnelle qui vont suivre. D'abord, les tout petits, dans les trois ans, vont s'affronter. Cela s'apparente au judo et les Casamansiers sont réputés bons lutteurs sur tout le Sénégal et sont craints par les autres ethnies en ce sens.

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Puis les champions interviennent, puis les combats entre toubabs et Diolas. C'est super sympa ! Mamadou est toujours à son stand de sculptures et nous en profitons pour écouler pratiquement tous nos derniers cfa.
Ce soir, c'est la fête également au foyer discothèque du village, dont les responsables ne sont autres que Zieng et Simon. Nous y avons rdv avec Mamadou pour un ultime adieu.
Il fait nuit quand nous repassons au campement de Papies qui avec Aurélie nous fait toujours un super acceuil. Nous passons également devant un groupe assis devant la boutique du village. Il y a là, Mamadou, le Flamboyant qui nous fait bon acceuil, comme d'habitude. Puis, un peu plus loin, un groupe d'enfants nous arrête de façon énergique pour nous demander de l'argent avec insistance.
-Mais que voulez-vous acheter avec cet argent.
- kangal,kangal
Des bonbons, mais bien sûr. Il nous reste en tout et pour tout 7oo CFA. Le paquet de 1OO bonbons est normalement à 5OO. Ici il est à 15OO ! Que faire ! c'est alors qu'Hervé a une bonne inspiration. Il revient vers la boutique, prend Mamadou le Flamboyant à part et lui explique la situation lui mettant les 7OO cfa dans la main. Mamadou, flanqué d'Hervé, se présente devant le comptoir du petit boutiquier et lui dit franco :
- Mais alors, tu ne vas tout de même pas nous faire "chier". Le paquet vaut 5OO CFA. Nous t'en donnons 7OO et tu vas le donner car c'est pour les enfants du village.
Le boutiquier plonge alors la main dans son étal et tend le paquet à Hervé. C'est superbe. NOus avons les bonbons. Les gosses sont archi-excités et il faut les calmer pour que la distribution se passe bien. Ah ! ces enfants de Casamance ! comme nous les aimons ! de tout âge, ils viennent vous voir. Bien sûr là où il y a toubabs, il ya demande de Kangal. Mais rappelons-nous lorsque nous étions petits, avec quel plaisir nous serrions la petite pièce qu'un oncle, une tante, une marraine avaient bien pu nous donner, avec quelle célérité nous allions chez la marchande de bonbons. Nous avions nos préférés. Nous en discutions entre nous. Mais au-delà de la demande- et il n'y a pas toujours demande- il y a le contact avec ces
enfants, leur petite main dans les nôtres, faisant route ensemble dans les villages, leur rire, leur spontanéité. C'est pourquoi, il nous était important pour ce dernier jour passé en Casamance, pour ce 31 Janvier, fête de Tabaski, de remercier par un petit geste tous ces petites Fatou, Ami, Marie-Louise, Jeanne .... tous ces Omar, Mustapha, André, Jean-Bernard. Sans oublier que souvent, ce n'était pas des Kangals qu'ils nous demandaient, mais simplement du pain car ils avaient faim.
Nous faisons ensuite un petit tour à la discothèque, faisons nos adieux à Zieng et à Simon, puis à Mamadou le Sculpteur. Retour chez Papies où le tam-tam résonne, adieux.
Sous la lune, nous regagnons Papa-Djo. Demain, à l'aube, le grand départ.