12/11 Kérabane Nioumoune
Le grand voilier de Cécile et Alain avec leurs cinq enfants est parti bien avant nous. Un peu trop tôt à notre avis pour aborder le belon de Nioumoune. Et c'est bien vrai car nous les voyons longtemps stationner à l'embouchure et nous arrivons en même temps qu'eux à Nioumoune. Nioumoune où il fait très très chaud. Aucune brise n'aére. Dans le belon nous retrouvons Alain, de l'île d'Oléron. Il vient en Dinghy avec sa compagne Sénégalaise, Endoya pour nous dire qu'il n'a pas réussi à envoyer un mail à nos enfants quand il était remonté sur Ziguinchor. Mais nous le rassurons, leur ayant téléphoné du Cap Stiring. Endoya, son amie, est fort belle. Hélas, elle a une réunion ce matin et il doit l'amener à terre. Nous n'avons pas le temps de faire connaissance.
Au campement nous retrevons les anciens du belon : Georges, Jean Michel, Gilbert, et un nouveau couple de Formentéra, trois jeunes de Bordeaux venant récupérer leur bateau, sans oublier Yacinthe. De suite, nous sommes pris dans l'ambiance: gazelle fraiche et conversation à tout venant. Séni n'a pas oublié de nous envoyer ici les vêtements qu'il nous a préparé : un superbe ensemble en batik confectionné selon mes instructions. Ca en jette, du vert pour le baobab, du jaune pour égailler sur un shuya de blanc. En plus, il y a un pagne et un haut pour moi et un pantalon pour Hervé.

 

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Avec tout cela nous allons pouvoir tenir l'Afrique. Il est vrai qu'avec nos autres vêtements, nous étions mal pour affronter le soleil cuisant la peau comme le four le fait au pain. Je rêve de tousser, de moucher, d'avoir froid ! Mais nous tenons mieux maintenant. Comme des animaux, nous nous adaptons. Et puis nous dormons ou siestons avec notre ventilo.
Joséphine est d'accord pour me faire mon linge. Ouf ! il y en a une tonne encore. Sacrée Joséphine ! elle est belle, adorable et efficace tant à la cuisine qu'au nettoyage. Son mari qui est décédé était le chef d'un des villages de Nioumoune. J'adore Joséphine qu'on appelle ici Soso. Avec Yacinthe, il forme une équipe qui marche. Paulinias est malade du palu et nous ne le verrons pas. Yacinthe nous donne rdv pour le lendemain à 9h3O pour faire le tour des villages. Il nous faut maintenant regagner le bateau avec nos bidons d'eau de pluie afin de préparer notre départ pour Kalisseye après-demain. 

 

P1010092Nous regagnons notre dinghy sur le Poutou poutou, cad la vase en language local,  Je suis en train de prendre l'amarre au palétuvier lorsque nous voyons venir trois enfants dont l'un tient la queue d'un varan par la main. Ils viennent de le tuer et sont visiblement très heureux. On prend la photo et on les félicite.
Nous revenons à nouveau au campement pour un nouveau chargement d'eau. Le soir tombe. Tous les toubabs sont là avec la gazelle dans le verre et nous avec. Hervé a fait la corvée d'eau et il faut ramener les bidons à bord. Nous laissons tout ce beau monde pour traverser les rizières au crépuscule.
Le lendemain, nous partons donc de bonne heure. j'apporte mon linge à Soso et nous partons avec Yacinthe et un des jeunes bordelais. Ce tour de village suscite tout notre intérêt car Yacinthe nous explique bien des détails qu'il serait impossible de connaître et de comprendre sans l'explication d'un Diola. Nous faisons halte tout d'ab ord devant les immenses runiers, sorte de palmiers. Yacinthe nous explique que les ancêtres ont eu soin de planter des arb res utiles comme celui-là pour leur descendance. Avec le palmier, on fait tout : d'ab ord on se nourrit avec les trois fruits différents qu'il produit selon les saisons. Comme il pousse trés haut, on en obtient des  bois de charpente de trés grande longueur et de grande solidité. Avec les troncs, on  fait des ruches. Les troncs sont laissés à terre. Les termites s'y mettent et creusent l'intérieur. On obtient alors de bonnes ruches pour les abeilles qui s'y installent tout naturellement. Et ici, le miel est fort bon quoique trop liquide. Avec les palmes, on fait des cordages. Enfin, tout sert.
Puis, Yacinthe s'arrête devant les immenses fromagers. Nous savons déjà qu'ils servent pour la confection des pirogues. Mais également on les utilise pour faire des portes en coupant carrément les morceaux du bas qui s'écartent du tronc. Arbre économique : il refait bois là où on l'a coupé et Yacinthe nous montre les soudures faits par l'arbre pour se recomposer. Impressionnant !
Maintenant nous rentrons dans le premier village où réside la famille de Yacinthe. En fait, un groupe de case mitoyennes s'organise autour d'une cour rectangulaire avec deux ou trois accès privatifs. C'est l'ancêtre qui a commencé à implanter sa famille et à organiser l'habitat de cet façon. A l'arrière des cases, toute une organisation domestique est constituée à partir de petits espaces clos de piquets, coiffés ou non de chaume selon l'usage. Il ya le coin cuisine, avec l'âtre rudimentaire fait de pierres, le chaudron et divers ustensiles. On trouve aussi l'enclos pour le cochon, celui des volailles. Tout cela est trés petit mais bien organisé. La maison que nous visitons est celle de la mère de Paulinias à laquelle je demande des nouvelles du fils. Il est sorti. Il doit aller mieux. Lorsque nous sortons de chez Paulinias, nous tombons sur la tante et la cousine de Yacinthe. La tante est ce que l'on nomme ici, une reine, cad un personnage important pour la communauté. Elle a des pouvoirs de type spirituel. Comme Elisabeth de Pointe Georges, celle-ci a des lazers dans les yeux. Elle me permet de la photographier. Ici, tout le monde est content de se voir dans l'écran. Ils n'ont pratiquement aucune photo à part sur leurs papiers d'identité.  Yacinthe nous explique que les femmes comme Elisabeth ont des connaissances ignorées des hommes. Elles sont capables de faire venir les pluies, stopper une épidémie de choléra etc, etc.En fait, elles sont organisées selon une hiérarchie. Une reine principale délègue certains pouvoirs à des reines de rang inférieure.
"Nous ne pourrions rien faire sans elles", me déclare-t'il. Il explique qu'elles ont des endroits sacrés où nul homme n'est admis et où elles pratiquent  des cérémonies animistes. Mais les hommes restent totalement dans l'ignorance de leur pratique. Tout ce qu'ils peuvent constater, ce sont leurs effets. Les hommes de leur côté ont certains pouvoirs. On parle des féticheurs, de bois sacré attribué aux hommes seuls. En fait de bois sacré, il peut s'agir uniquement d'un seul arbre dont l'accès est strictement réservé aux hommes et pour un usage connu d'eux seuls également, qu'il soit hygiénique ou autre.
Nous quittons la case de Paulinias pour rentrer dans celle de la famille de Yacinthe. Il n'y réside que son frère et sa famille mais tout le monde est absent ce matin. Dans le petit vestibule, sont suspendus au mur de pisé, les cornes de vaches sacrées sacrifiées lors de l'enterrement d'un ancêtre. Il y en a une dizaine et Yacinthe y reconnait celles de son père et de son grand-père etc.
" Et toi, lui dit Hervé, as-tu déjà choisi la vache qui va te donner les cornes à ton enterrement". Apparement non, car Yacinthe éclate de rire sans donner de réponse.
Nous quittons l'enceinte familiale pour rejoindre la place du village et Yacinthe nous fait pénétrer par un passage clos de piquets de bois dans une petite hutte qui contient le bimbolo. Cet instrument ancestral y est pieusement conservé et garde une légende soigneusement entretenue. Il s'agit d'un cylindre de deux mètres environ, creusé de l'intérieur et s'ouvrant sur quelques centimètres sur pratiquement toutes sa longueur. Le son qu'on en obtient est très sonore et permet à un village de communiquer avec l'autre. Il y a un language connu par certains. C'est le téléphone de Casamance. Le Bombolo sert également pour les fêtes sacrées.
Le Bombolo de ce quartier de Nioumoune a une histoire bien particulière. C'est celui d'un pendu. L'homme l'avait fabriqué loin dans une forêt entre Casamance et Guinée-Bissao. C'était une fabrication très lucrative et ses secrets en étaient convoités par bien d'autres. Sa femme avait l'habitude d'apporter le repas de son mari à mi-chemin entre le village et la clairière où ce dernier travaillait au Bimbolo. L'endroit devait rester secret. D'autres femmes attirées par le gain, dans l'espoir de découvrir les méthodes de fabrication, incitèrent la femme à découvrir l'endroit où travaillait le mari. Cette dernière poussée par la curiosité suivit son mari jusqu'à la clairière. Mais l'idiote n'était pas seule sur le chemin. D'autres femmes l'avaient suivie et avaient épié le travail. Il en résulta que du malheur : le mari se pendit, sa femme mourut et on jeta un sort aux mauvaises femmes qui les suivirent rapidement dans la tombe. Mais le bombolo est là et appartient au village;
Yacinthe nous amena ensuite dans les rizières pour nous montrer les barrages édifiés par les hommes pour éviter que l'eau salée y pénétre. En fait, Nioumoune est une île entourée de belons. Les barrages forment des rectangles dans lesquelles l'eau salée va et vient selon les marées et souvent sert de pisciculture naturelle où bon nombre de carpes pataugent. Ils servent également de marés salants et la récolte du sel s'y effectue.
Nous traversons ensuite les rizières chassant devant nous les aigrettes blanches et les mange mil jaune et rouge. Nous voici dans le village de Som où résident Solange et Denis mais ils sont absents. En fait tout l'intérêt des habitants du village s'est porté ce matin sur la construction d'une nouvelle case en pisé. Il y a un monde fou tout autour et nous y croisons Jacqueline, la belle-soeur de Solange, puis Solange et enfin Denis qui nous invite à venir chez lui en fin d'après-midi. L'ambiance est très joviale et toutes ces dames dans leurs boubous bariolés  mettent des touches de couleur aussi diverses que jolies; Les femmes de Casamance sont en général très belles, grandes et fines avec de beaux visages expressifs et des sourires spontanées des plus agréables. L'une d'elle que je vois au loin dans un boubou blanc, rose et violet semble superbe. J'essaie de la prendre en photo avec le fond des rizières. Elle approche et je l'ai soudain près de moi avec son seau jaune rempli de beignets qu'elle vient de confectionner. Bien sûr je lui en achète et monneye ainsi une belle photo. Mais ce n'est pas nécessaire car les gens d'ici ne sont pas farouches et aiment beaucoup être pris en photos. Ce serait bien de leur en offrir mais je n'ai aucun moyen ici de faire tirer des photos. Peut-être à Ziguinchor. Nous terminons notre tour avec Yas et retournons ensemble au campement pour le repas de midi qui réunit cette fois-ci les trois jeunes bordelais, un docker au chômage qui a l'accent rauque et l'allure frusque des manoeuvres. En fait, son absence de charme, son bagoût ininterressant va peser sur le repas. Dommage ! d'habitude, ces repas au campement sont d'autant plus savoureux qu'ils sont pris en commun.  Par contre, lorsque nous revenons pour reprendre notre annexe près des grands fromagers du village de Som, quelle n'est pas notre surprise de tomber sur nos petits tueurs de varan. Ils sont à la fête avec une trentaine de leurs copains, tous rassemblés autour du chaudron. Le varan a déjà été cuisiné, bien coupé en petits morceaux pour satisfaire tout le monde et est présenté sur deux plats en métal. Aucun adulte n'est présent. C'est leur varan. C'est leur festin. Je n'ose pas goûter au plat. Il parait que c'est délicieux. Peut-être une autre fois. Je me contente de les photographier à leur grand bonheur. Puis nous les quittons pour rejoindre la case de Denis et Solange. Nous nous retirons à l'arrière de la case et vient s'assoir avec nous une tante et Jacqueline. Jacqueline est triste car elle vient d'apprendre que son papa qui habite Aubac vient de décéder. Denis doit partir prévenir la famille qui habite à Djogue. Nous lui proposons de téléphoner avec notre portable. C'est bon, il a réussi la connexion.
Se joint à nous une superbe femme. Elle s'appelle Fatou. Elle me regarde intensément pour me dire que nous nous sommes déjà vues ce matin. Elle était avec Alain.
- Ah! lui dis-je, mais vous vous appelez Endoya !
C'est donc l'amie  sénégalaise d'Alain, l'entrepreneur des travaux publics de l'île d'Oléron qui est ici en voilier, qui se fait appeler Fatou par commodité. Elle est de la famille de Denis ! ça alors ! le monde est tout petit ici.
- Et c'est moi qui vous ai donné le petit banc à l'enterrement !
Ca, cela fait au moins quinze jours !
Je la regarde stupéfaite. Je ne l'aurai pas reconnue. Cette femme est un vrai caméléon. Enfin, elle est d'une grande beauté et on comprend Alain.
Solange nous raccompagne jusqu'à la mare sacrée. Elle nous demande si nous viendrons à l'enterrement du père de Jacqueline demain. Mais demain, nous partons pour Kalisseye, revoir au loin la mer, sentir les effluves du vent marin, un peu plus de fraîcheur qu'ici et du changement aussi.

 

Nioumoune Kalisseye

 

Changeant d'avis, nous sommes partis par le belon de     Nioumoune afin de rejoindre plus haut celui de Gambie. Un peu d'exploration et de piquant ne fait de mal. Le trajet en valait la peine : paysage de rizières et de grands arbres. Quelques passages donnaient le frisson. Allez-t'on trouver assez de profondeur ?